‹ Rome ancienne et moderneChapitre 189 sur 428 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

de Mars où ils se réunissaient était situe sur ce mont, pour les distinguer des Salicns de la Colline établis par Tullus Hostilius. Vêtus de tuniques de differentes couleurs et d'une toge de pourpre sur laquelle brillait du cêté du cœur un plastron d'acier, les saliens, agitant leurs bonnets de forme conique et suivant leur maître ou Prœtul, chantaient des hymnes guerriers et dansaient par les rues et dans les cérémonies solennelles au bruit d'une verge de fer dont chacun d’eux frappait son bouclier en cadence.

Ces joies bruyantes, commandées par le rituel, animaient aussi les luperques. Prêtres particuliers de Pan , que les peuplades primitives du Latium adoraient comme le destructeur des loups , les luperques durent avoir longtemps pour tâche d'exterminer ces animaux , la terreur des hercails. La nécessité les avait créés , la reconnaissance les conserva , et bien des siècles après Ëvandre , lorsque les loups de l’Aveutin et de Tibur ne hurlaient plus que dans les lieaux vers de Virgile , les luperques, classés dans trois sections hiérarchiques, celle des Fabiens, celle des Quinliliens et celle des Juliens, couraient le 3 des ides de février dans les rues de Home avec leurs peaux de chèvre et leurs lanières , à la grande édification du peuple et des matrones.

Pendant plus de quatre siècles, deux familles patriciennes, la gens Potizia et la gens Pinaria , avaient joui du privilège de fournir les prêtres d'Herculo. La première s’etant éteinte l'an de Rome itl , l'autre recueillit seule cet héritage sacré , bien que, pour continuer la tradition, les prêtres du fils d'Alcmène s'appelassent toujours Potizii et Pinarii. Ceux de Cybèle, qui n'étaient plus des hommes quand ils se consacraient au culte de la mère des dieux , portaient le nom etranger de Galles, en mémoire du fleuve phrygien Gallus, au bord duquel, pour chasser Annibal d'Italie , Rome était allée chercher la dresse.

Des galles aux vestales il y avait loin dans l'opinion publique. Réputés pour ainsi dire infâmes â cause de leur célibat forcé et do leurs habitudes de débauché, les prêtres de Cybèle étaient au bas de l'écbelle sacerdotale du second ordre , tandis que les prêtresses de Vesta en occupaient le sommet. L'institution des vestales remontait très-haut. Si l’histoire pouvait prendre sou point d'appui sur les légendes, là où les éléments de certitude manquent, il est évident qu'elle placerait l’établissement des vestales avant la fondation de Rome , puisque , selon la tradition , le chef fondateur eut pour mère une prêtresse de Vesta. Sans attribuer à ces échos si vagues du passe plus de valeur qu'ils n'en mériteut, on peut affirmer néanmoins que le culte seul de ces vierges, très-vieille réminiscence de l'Orient, attesté leur antiquité. Hans l'origine , elles étaient quatre , représentant probablement les quatre saisons. Tarquin l'Ancien porta ce nombre à six , sans motif connu, mais en respectant sur tous les autres points le règlement religieux de Numa. Ce formulaire, plein de prescriptions minutieuses, nous a été fidèlement transmis par Labéo’.

f. A. Cf llil, Softlum alticarwN, Itb. i.

INSTITUTIONS RELIGIEUSES. SM

Nulle vierge romaine ne pouvait entrer dans le collège des vestales avant six ni après dix ans. Il fallait qu’elle fût pnlrime et matrime , c’est-à-dire qu’elle n’ci'it perdu ni son père ni sa mère ; qu'elle eût la parole libre , l’ouïe saine , le corps sans défauts, et qu’elle sortit d’une race exempte des souillures de l’esclavage ou du commerce, profession dégradante aux yeux de ce peuple soldat. Quand elle réunissait toutes ces conditions , qu’elle n’avait pas de soeur vestale et qu’elle n'élait fille ni d’un septemvir épulon, ni d’un flamine , ni d’un augure, ni d’un quindéccmvir, ni d’un salien , ni d’un pontife, ni d'un joueur d'instruments sacrés, ni d’un citoyen domicilié hors de l’Italie ou père de trois enfants, la vierge de six à dix ans était prise par ordre du pontife et conduite dans le temple de Vesta. I.à , quand le grand pontife en avait réuni vingt remplissant toutes les exigences du rituel , il tirait au sort celle qui devait être consacrée et l’arrachait des bras de ses parents 1 en prononçant cette formule sacramentelle : « Amata, je te prends pour être vestale, pour avoir soin des choses saintes et pour veiller sur elles au nom du peuple romain et des Quintes’. » Après ces paroles, les pontifes s’emparaient de la novice; on coupait ses cheveux, qui étaient suspendus aux branches du lotos planté devant le temple, et l’infortunée Amata était enchaînée pour trente ans par un inflexible vœu de chasteté aux autels de la déesse, dont le feu ligurait l’Aine du monde. Les dix premières années de ce rigoureux et long célibat, elle les employait à apprendre les devoirs de son ministère ; les dix suivantes , à les pratiquer, et les dix dernières, A les enseigner à son tour. Ces devoirs consistaient dans des vœux , des prières , des sacrifices pour le salut et la prospérité de la République, dans la garde du Palladium, statuette symbolique de Vesta, snns pieds et sans mains , et surtout dans l’entretien du feu sacré.

Conservé avec le plus grand soin dans des vases de terre , ce feu devait être éternel : s’il s’éteignait parla négligence des vestales, le fouet punissait les coupables; et comme cet accident , quoique bien naturel , prenait dans les idées superstitieuses des Romains les couleurs les plus sombres, il était mis au rang des calamités publiques. Quand il arrivait, toute affaire cessait aussitôt, et ce n’était qu’après que les lanières vengeresses du fouet pontifical avaient fait jaillir le sang des chastes vierges et que le feu rallumé aux rayons du soleil , A l’aide d’un miroir ardent , brillait de nouveau dans l’atrium de Vesta , que Rome commençait à se rassurer.

Mais s'il sufiisait d’un événement de ce genre pour la consterner, qu’on juge de son émotion quand les pontifes venaient lui dire d’une voix glacée d'horreur : « Nous ne répondons plus du salut de l'empire : une vestale a enfreint ses vœux !» La terreur enveloppait alors la ville comme un linceul funèbre. L'immense population se levait tout entière; implacable dans ses frayeurs et impatiente de vengeance, elle réclamait le ch&timent des sacrilèges, qui était prompt et sans pitié. Le complice

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