‹ Rome ancienne et moderneChapitre 190 sur 428 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

d’abord, le cou serré par une fourche comme le parricide, expirait sous les verges, puis la coupable était enterrée vive dans le caveau du champ Scélérat. H&tons-nous d’ajouter que ce sacrifice barbare s’accomplissait rarement. Bien qu’un historien ail prétendu qu’attacher le destin de Rome à la chasteté de ses vestales, c’était vouloir suspendre à un fil le colosse de Néron, il y eut peu de coupables. Pendant les onze cents ans de leur existence religieuse , on ne peut citer qu’un petit nombre d’exceptions , et de Numa qui les institua , jusqu’à Théodose qui les abolit , la lectique noire et muette des morts ne déposa que dix-huit victimes dans le lugubre souterrain de la porte Colline.

Elles n'avaient là pour attendre la mort qu’un peu de pain, d'eau, de lait, d'huile et une lampe, qui s’éteignait probablement faute d’air avant que l’esclave public eût achevé d'aplanir la terre qui comblait l’entrée du caveau. Par compensation , autant la punition de leurs erreurs était rigoureuse, autant les privilèges des vestales étaient grands et glorieux. Si quelqu'un eût osé manquer au respect dû aux vestales, il aurait été sur-le-champ puni de mort. La vénération dont on les entourait était telle, que les magistrats, les consuls même, s'écartaient à l'instant sur leur passage et faisaient baisser les faisceaux. Elles ne sortaient que précédées de licteurs, portées dans des litières magnifiques, et si le hasard jetait sur leur chemin un criminel allant au supplice , elles avaient le droit de lui donner sa grâce, en jurant que celte rencontre était un effet du hasard.

Leur serment comme leur témoignage avait le plus grand poids auprès des juges. Quant à leur équité , les Romains la mettaient si haut , que tous les différends survenus entre patriciens dans les vieilles familles étaient soumis à leur arbitrage. Messagères de paix et de clémence, dans les jours sanglants elles arrêtèrent souvent par leur influence le bras prêt à frapper, et arrachèrent au farouche Sylla lui-méme la grâce de César. Leur sanctuaire inviolable et resté pur de toute insulte , quand les légions en délire ne respectaient rien, devenait un asile sacré au pied duquel se brisaient sans murmure les flots de la guerre civile ; et tel dont la tête fut exposée au Forum sur la pique sanglante, trompa l'avidité de ses bourreaux et laissa ces biens qui le proscrivaient à ses enfants , parce qu’il avait eu la précaution de confier son testament aux vestales. Le matérialisme païen, au reste, qui ne concevait de bonheur que dans les jouissances physiques, regardant leur vœu de virginité comme l’un îles plus grands sacrifices de la vie, s’efforcait de dédommager la femme de tout ce qu’elle perdait du côté du cœur par les satisfactions de l'orgueil, l'éclut et la liberté de la vie et les plaisirs du luxe.

Elles habitaient un palais à côté du temple situé dans la région du Forum : bâti sur l’emplacement de l’ancienne maison royale ( Regia ) de Numa , le roi aux longs cheveux', ce palais, nommé Atrium, s'ouvrait tout le jour aux hommes et à toute

Me locus eiignus. qui sustinet airia Vesue,

Jam fait inionsl IUf ia parta Numa;.

Ovide, Fat! et, 6.

Fu qoesio airlo eoogittato al lenipio tua (abbnea alfau sqtaMla. (Nartllni, Huma an t ica, (. Il, p. 840.)

INSTITUTIONS RELIGIEUSES. S95

heure aux femmes. Il leur était permis d'aller souper chez leurs parents et d’assister aux jeux du théâtre et du cirque, où elles occupaient une place d’honneur auprès des magistrats. Le lin de Cahors le plus fin et le plus éclatant de blancheur était tissé pour la tunique des vestales ; Tyr n’avait jamais de pourpre d'un incarnat assez vif pour le paludamentum qui flottait sur leurs épaules.

Tels étaient les ministres du sacerdoce païen , qui avaient en outre sous leurs ordres, comme aides et comme servants, les Camille s, enfants nobles des deux sexes dont nous avons déjà parlé en décrivant la pompe; les œditui ou gardiens des temples, les scribes des pontifes, les adjutcurs des aruspiccs, les hérauts sacrés, les joueurs de flûte et les clairons des sacrifices, les gardiens des poulets atiguraux, les popes et les victimaires chargés de parer et d'égorger les victimes, et les licteurs des flamines et des vestales.

On ne pouvait concevoir une organisation plus forte à la fois et plus simple : aussi grands législateurs au point de vue religieux qu’au point de vue politique, les anciens Komains revêtirent ensuite le côté liturgique et théâtral du paganisme des plus fraîches et des plus splendides couleurs. Tout en laissant luire comme une étoile du fond de chacun de ses rites le but que s'étaient proposé les fondateurs de la société romaine en la constituant sur une base religieuse, le culte reflétait dans toutes ses fêtes tes rayons si brillants, si poétiques, du vieux symbolisme et de la riante imagination des Hellènes. .C'était l'azur du ciel athénien , avec ses nuages de pourpre et les gerbes d'or du soleil levant, réfléchi tantôt dans les eaux jaillissantes de Tibur, tantôt dans le sein large et calme du Tibre. Ce culte retraçait de plus avec tant de fidélité la plupart des faits historiques importants, qu’il forme aujourd'hui comme un vaste miroir dans lequel nous allons contempler pour la dernière fois cette grande et magnifique image de Home ancienne.

Le mois de janvier, dédié à Janus, et appelé le mois sacré, commençait par des sacrifices à Jupiter, à sa sœur, à Esculape et à Janus. On offrait d'abord a ce dieu symbole de l'éternité, qui, ayant deux visages, voyait fuir l’année écoulée et arriver l’année nouvelle, des figues, des dattes, du miel et le gâteau janual, composé de farine nouvelle et de sel nouveau. Vêtus de leurs plus belles robes, les citoyens se livraient franchement à la joie et remerciaient les dieux, qui daignaient prolonger d'une année le bienfait inestimable de la vie. On échangeait des présents, des vœux et des palmes, et l'on se gardait bien surtout de rien dire qui ne fût d'un bon augure pour l'avenir. Puis , au milieu d'un nuage d'encens brûlé sur les autels des Lares, on suivait les nouveaux consuls qui allaient, précédés des faisceaux et en toge de pourpre, prendre possession de leur dignité.

Arrivés devant le temple de Jupiter, ces magistrats s’arrêtaient pour le sacrifice à l'autel , élevé comme toujours à l'extérieur et en plein air, et décoré d’une triple bandelette de laine et de branches de verveine; les popes amenaient alors les grandes victimes, c’est-à-dire deux taureaux blancs du Clitumne aux cornes dorées, qui n'avaient pas subi le joug, et qu’on avait parés de couronnes, de guirlandes de

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