CHAPITRE XV
(leurs, de bandelettes cl de housses de pourpre à franges d'or. Dès qu’ils touchaient l’autel, le pontife s'approchait à pas lents, et son héraut, le kolator, après avoir sommé les profanes et les impurs de s'éloigner, avertissait les assistants de se recueillir par ces mots sacramentels : Hoc aqe , attention ! — L’auditoire , à dater de ce moment , gardait un profond silence. Cependant le pontife, la tête couverte d'un voile, avait commencé le sacrifice par une prière à Janus, qui enseigna, disait-il, le premier aux hommes à rendre grâce à la Divinité ; on allumait les torches résineuses (Ma), et, après une autre prière il Jupiter et à Junon , le pontife répandait son vin sur l’autel avec la patère d’or et jetait sur les victimes une pâte faite de farine de froment et de sel. Celte cérémonie s’appelait immolation '.
Le vin de la patère d’or versé de nouveau entre les cornes de la victime, le sacrificateur lui arrachait quelques poils qu’il jetait dans le feu allumé sur l’autel. Aussitôt le victiinairc , nu jusqu’à la ceinture, s’avançait tenant la hache haute et demandait au pontife s’il était temps d’agir... Sur la réponse affirmative de celui-ci, la hache ou la massue (malleus) tombait assommant la victime; les popes l’égorgeaient, et les camilles recevaient dans des patères le sang coulant à gros bouillons, qui devait plus tard purifier l’autel. C’était & ce moment que l'aruspice interrogeait le destin dans le coeur, le foie, le poumon et la rate extraits de ces chairs palpitantes. Après cet examen, on découpait les prémices dans les entrailles et dans les membres, et on les présentait sur des corbeilles au sacrificateur, qui les livrait aux flammes en y ajoutant de l’encens et des aromates. Tant que la fumée des prémices n’ondoyait pas sur l'autel, on pouvait rompre le silence; mais quand l'odeur des chairs brûlées se répandait au loin et que les flammes chantaient leurs hymnes au son des trompettes sacrées, ouvrir les lèvres eût passé pour une impiété *.
Le 3 des nones du même mois , on célébrait les Minervales , fêtes en l'honneur de Minerve , qui duraient cinq jours. Les premiers étaient consacrés à la prière et aux voeux qu’on adressait à la déesse; des jeux scéniques, des sacrifices, des combats de gladiateurs, remplissaient les autres. C’est pendant ces fêtes qu’on donnait le prix fondé par Domitien en faveur du meilleur ouvrage de science et que les écoliers payaient û leurs maîtres le tribut appelé minerval
Le 6 des ides, l’encens brûlait encore au pied des statues de Janus, et le lendemain les Agonales , luttes où se déployaient un jour l'esprit , un autre jour la force physique, témoignaient du respect de Rome pour ce dieu au double visage. Dans les premiers siècles cette fête avait le caractère simple et rustique des mœurs : du seigle, quelques grains de sel blanc, du laurier pétillant dans les flammes qu’étouffait à moitié la fumée de la résine et de la Sabine des champs, et parfois, comme offrande de luxe, une couronne de jonquilles et de primevères , voilà tout ce que les