‹ Rome ancienne et moderneChapitre 192 sur 428 · I. Lefèvre de Morsan, Monnet Usages des Romains, t · texte numérisé non relu

I. Lefèvre de Morsan, Monnet Usages des Romains, t

î. Pline, I. xxvm. En faisant les libations le pontife prononçait celle formule : Marte hoc tino interio eslo. Que ce vin dont je l’arrose augmente U victime : Servies, Commentaires de Ff.ntide.

INSTITUTIONS RELIGIEUSES. i97

pauvres Quintes déposaient sur l’autel. Mais quand les palais furent d’or et les temples de marbre , on voulut un culte plus fastueux. Le safran et la myrrhe mêlèrent alors leurs suaves parfums, et il fallut que le sang d'un bélier et d'un bouc rougit les autels de Janus et du dieu qui figurait la vigne.

Ce jour-là les prêtres d’Isis immolaient aussi à leur déesse , emblème hiéroglyphique de la nature, une blanche colombe, un coq, cl même, par une exception pleine d’ingratitude , la sentinelle vigilante du Capitole. Puis, après un anniversaire historique, celui de la dédicace du temple deJutnme, venaient les Carmentales. Un sénatusconsulle , provoqué par les déclamations chagrines d'un censeur, avait jadis interdit l’usage des chars aux matrones. Pour se venger de leurs époux, la tradition prétend qu’elles résolurent de renoncer au bonheur d’être mères. Le sénat alarmé rapporta l’odieux décret, mais en imposant, selon la légende, aux matrones l’obligation d’offrir tous les ans un sacrifice à Carmenta , déesse tutélaire de l’enfance. La mort d'une victime ne souillait pas cet hommage à la vie , et si un bélier tombait le matin sous la massue du victimaire, c'était en mémoire du changement de nom d’Oclave , qui accepta le titre d’Auguste le jour des Carmentales.

Que la légende fût vraie ou fausse , il est certain que cette fête avait pour but la glorification de la femme. Le flamme carmental chantait des hymnes à sa louange ; les trompettes faisaient leurs publications dans les rues et les places en habits de femme , et après le 14 , jour déclaré vicieux et funeste par arrêt du sénat , on sacrifiait à Porrima et il Postversa , deux gracieuses allégories que le paganisme montrait levant les voiles de l’avenir, afin d’exalter la prévoyance de la femme. Le 91 janvier ramenait les Sementines, l'une des solennités les plus saintes de l'empire. Quand le blé commençait à verdir dans la plaine , et que cependant la pluie, les vents ou le givre clouaient encore le laboureur & son foyer et ses grands bœufs à l'étable , on choisissait ce moment pour mettre la jeune moisson sous la protection divine. A tous les fours rustiques cuisaient ce jour-là des gâteaux que les frères des champs offraient à Cérès; à Rome , on se rendait en pompe dans le temple do la Terre, élevé sur les limites de la quatrième région, et là un des grands flamines, après avoir brûlé sur l’autel extérieur les entrailles d'une truie grasse , implorait en ces termes la vieille mère qui nous produit et sa fille qui nous nourrit :

o 0 Tellus! o Cérès! vous qui, le voyant disputer les glands aux troupeaux , donnâtes à l'homme la gerbe dorée , vous qui fécondez le grain qu'on jette dans votre sein et qui le protégez de votre chaleur éternelle contre l'aquilon et la glace , épanchez sur nos semailles, pour qu'elles germent et grandissent, l'urne abondante du Verseau; écartez les voleurs ailés, fléau du laboureur, et les fourrageuscs fourmis qui vont pillant sa glèbe. Que la rouille néfaste surtout ne ronge point l’épi ! qu’il ne jaunisse ni trop lard ni trop vite ! qu’il ne soit étouffé ni par l’ivraie ni par le chardon , et qu'un froment pur comme l'or paie avec usure sur l’aire les peines de l’agriculteur ' ! »

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