‹ Rome ancienne et moderneChapitre 194 sur 428 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

collines couvertes de bois, le prêtre de la horde primitive remerciait Faune d’une expédition fructueuse en égorgeant une chèvre sur la pierre qui lui servait d’autel; les guerriers luttai nt nus au soleil pendant que les chairs de la victime tournaient devant les feux du camp sur des broches d’érable. Tout à coup ce cri retentit : a Les Saliins I les Sabins ! ils emmènent nos troupeaux I » A ce cri du berger les lutteurs saisirent leurs armes, et, s'élançant tout nus, pour ne pas perdre un seul instant , à la poursuite des voleurs , ils reconquirent leurs troupeaux. Le sacrifice de la chèvre aux Lupercales rappelait donc celui du Palatin; le couteau sanglant , le carnage qu'on fit des Sabins ; la laine imbibée de lait avec laquelle on essuyait le front des jeunes patriciens , les troupeaux repris sur les maraudeurs , et les deux jeunes patriciens eux-mêmes , Rémus et Romulus ; car, afin de montrer que la fête était calquée pas à pas sur l’histoire ou la tradition qu'elle consacre , les luperques le nommaient, comme les compagnons de Romulus, Quintilii, et comme ceux de Rémus, Fabti '.

Le souvenir du fondateur revivait dans les Quirinales, célébrées le surlendemain. Immortalisé par un anniversaire pieux , le mensonge de Proculus, qui prétendit si à propos, afin d'apaiser les murmures du peuple, avoir vu par un beau clair de lune le fantôme de Romulus sur le chemin d’Albe, voilait devant la postérité, des lauriers de l'apothéose, l'assassinat du marais de la Chèvre. La fête des Fours, solenniséc le même jour, liait cet hommage onze fois séculaire aux Fornacales. Avant de passer de l’état sauvage aux premiers rudiments de la civilisation , l’homme , encore aussi rude que l'écorce des forêts natales , broyait le grain avec ses dents comme les animaux; une femme, car l’humanité n'a jamais confondu les sexes dans sa reconnaissance, une femme, que la légende appelle Fornnx, trouva le moyen de faire du pain avec ce froment que les tribus errantes, depuis la création, écrasaient entre deux pierres. Durant des siècles ce bienfait fut présent à l'esprit des peuples : la fête des Fours symbolisait en conséquence à Rome la folie ou plutôl l'ignorance de l'homme aux temps qui suivirent immédiatement le déluge , et le sacrifice offert devant les fours , le souvenir sacré de celle qui les inventa.

Le 21 février, ou pour parler comme l’esclave-monitcur, le 11 des calendes de mars, tandis que l’ateule, inclinant sa tête ridée sur un brasier où cuisait une tète d’oiseau enduite de menthe et de poix et traversée d’une aiguille, cachait trois grains d'encens et avalait trois fois trois lentilles , afin d’apaiser Muta ou Larunda , déesse du silence, tous ceux qui se croyaient encore loin du tombeau honoraient la mémoire des morts. Le riche couvrait les pierres funéraires de ses proches de mets, d’offrandes précieuses et d'encens: le pauvre apportait sur la terre où dormaient ses morts des couronnes , un vase cassé , emblème de la fragilité de la vie terrestre, du sel, image de la vie céleste, quelques gouttes de lait et quelques-unes de ces violettes qui brillaient modestes et mélancoliques sur les berceaux et les tombeaux

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