‹ Rome ancienne et moderneChapitre 20 sur 428 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Retour dr Camillus. — Après le départ des Gaulois, Camillus arriva, ramenant foule cette foule qui s’était enfuie à leur approche. Qu'on juge de sa joie, quand elle retrouva vivants les défenseurs du Capitole ! Ceux-ci étaient accourus avec empressement A la rencontre de leurs concitoyens , et tous s'embrassaient en versant des larmes et remerciant les dieux de cette délivrance inespérée. Mais A ce premier et rapide éclair de bonheur succédèrent bientôt la tristesse et le désespoir. N’apercevant que des cadavres à demi putréfiés, des monceaux de cendres et des ruines , le peuple cria qu’il valait mieux aller s'établir A Véies , dont les remparts étaient intacts et les maisons en nombre suffisant et parfaitement construites, que de s’épuiser, quand tout le monde avait besoin de repos, A relever ces malheureux débris. I.es patriciens avaient beau leur montrer les tombeaux de leurs pères, les emplacements vénérés des temples, les lieux consacrés par Romnlus et Numa ; ils avaient beau leur rappeler celte tète sanglante trouvée dans les fondements du Capitole, qui signifiait que la ville bâtie près de ce mont serait un jour la capitale et la reine du monde : sourds A la voix des sénateurs , indifférents A la magnifique destinée promise A la cité des sept collines, quand les prêtres leur demandaient s’ils voulaient que le feu sacré qui, après cette épouvantable catastrophe, venait d’élre rallumé par les vestales s'éteignit une seconde fois, les plébéiens , poussés par les tribuns , ne murmuraient qu'un mot : Véies ! Lorsque les consulaires les suppliaient A mains jointes de ne pas abandonner celte patrie si (0kre aux bergers du Latium , qui feraient paître les troupeaux sur les ossements de leurs pères, Véies était leur unique réponse.

Le peuple veut quitter Roue. — Emporté par ce courant d’opinion tous les jours plus impétueux, et en même temps ému des lamentations de ce peuple qui, déplorant ses malheurs et son indigence, répétait avec désespoir, toutes les fois qu’on le pressait : a Échappés nus de cette guerre comme du naufrage , ne nous forcez pas A périr de fatigue et de faim dans ces ruines, quand vous avez une autre ville toute prèle A nous recevoir.» Le sénat se réunit dans le Forum pour délibérer sur fa vie ou la mort de Rome. Le moment était solennel : aussi, lorsque Camillus se leva, il se fit un profond silence; et le dictateur, qui , fidèle en cette occasion aux traditions de l’aristocratie romaine, aurait donné son sang pour réveiller dans les coeurs l'amour de la patrie, parla ainsi d'une voix émue :

Discours de Camillus. — a II m'est si pénible, Romains, de disputer avec les tribuns du peuple, que la seule consolation de mon triste exil, tant que je vécus dans Ardée, était de me voir loin de ces débats; et, dans cette pensée, j’avais résolu que jamais, dùt-on me rappeler par un sénatus-consulte et par un plébiscite, je ne reviendrais au foyer domestique. Ce n’est doue poiul ma volonté qui nt’a ramené, mais votre mauvaise fortune. Car il ne s'agit pas pour moi de reprendre ma place A Rome , mais il s'agit pour Rome de reprendre la sienne parmi les nations. Et, maintenant, j'aurais plaisir A vivre heureux dans le repos et le silence, s'il ne fallait pas livrer encore cette bataille pour la patrie. Mais lui manquer , avec une vio

CONSULS PATRICIENS , TRIBUNS DU PEUPLE. 35

à lui offrir, ce seruil une houle pour tout autre, et un crime pour Gamillus.

«Q :c demandions-nous donc?., n’élait-ce pas de l'arracher au fer de l'ennemi’ et après l'avoir reconquise on parle de l’abandonner!... Quand les Gaulois foulaient en vainqueurs cette enceinte, quand leurs tentes se déployaient sur toutes nos collines, le Capitole a eu pour lui les dieux et nos guerriers, et lorsque la faveur divine et le courage des hommes l'ont sauvé des llarbnres, nous abandonnerions le Capitole ! et nos victoires laisseraient plus de solitude sur cette terre que nos malheurs! Helas! hélas! une pensée aussi impie ne serait pas tombée dans nos cœurs, si nous étions moins insoucieux du respect des dieux et de l'éclatante protection dont ils ont couvert la patrie. Mais l'impiété fait gronder et fondre sur nous tous ces tonnerres et toutes ces tempêtes.

■ Vaincus, asservis , rachetés des mains des Barbares , nous devrions , après avoir servi d'enseignement aux peuples , nous incliner sous la main toute-puissante de la Divinité , et voilà qu'à peine arrachés à ce premier naufrage de nos fautes , nous cornons droit à un abîme plus grand encore ! Nous avons une ville fondée sur la foi des auspices et des augures ; pas un lieu dans ces murailles qui ne soit plein des dieux et de leur culte; leurs autels sont immuables comme les jours des sacrifices. Et vous, Quirites, vous abandonneriez ces dieux de la patrie et du foyer’...

• Que vous seriez loin, citoyens, de cet adolescent de la famille Fabia, qui sorti seul du Capitole, ne craignit pas d aller, sous une grêle de flèches, accomplir les rites sacres de sa race sur le mont Quirinal. Ainsi, les horreurs mêmes de la guerre n'ont pu enchaîner le zèle pieux d'une famille , et la religion de la patrie, les temples et les dieux de Rome seraient délaissés en pleine paix! et les pontifes et les flamines auraient moins de souci des saintes solennités de la république, qu'un enfant des rites particuliers de sa maison ! Les tribuns murmurent qu'à Voies nous remplirons tous ccs devoirs; les tribuns se trompent, citoyens!...

« Dans les banquets de Jupiter, le pulvinar peut-il être placé ailleurs qu'au Capitole’ et les éternels foyers de Vesta? et cette statue, gage de la durée de l’empire, gardée en son temple ? et vos boucliers , Mars Gradivus, Quirinus père, ces boucliers, plus anciens que la ville même, les abandonnerons-nous ici à l'outrage et aux profanations?...

«Il n'était pas besoin de porter, après la conquêted'Albe, sur l'Aventin, cette Junon, reine qui a sauvé le Capitole ; il n’était pas besoin d'élever un temple au dieu Aius Locutius, en mémoire de la voix céleste entendue dans la nie Neuve, puisque nous devions suivre les Gaulois et déserter les murs de Rome, puisque c'est malgré nous que npus sommes restés sept mois au Capitole, puisque la peur de l'ennemi nous a retenus seule dans ses murs !

«Mais la nécessité même nous force , dit-on , d'abandonner une ville en ruines, et d'émigrer à Véies, cité toute faite, pour épargner au pauvre peuple la peine de rebâtir ici. Objection spécieuse ! prétexte menteur ! car la proposition d'aller à Vcics fut lancée sur ce Forum avant l’arrivée des Gaulois. Alors, en effet, nous

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