CHAPITRE II
pout ions émigrer dans une ville que venait de nous ouvrir la victoire. Il y avait honneur h oc déplacement, pour nous et pour nos descendants. Aujourd'hui, au contraire , fuir ces nobles ruines , ce serait trahir notre misère et notre honte , et glorifier les Gaulois!
«On ne dirait pas qu’il nous a plu de préférer notre conquête à notre ville; on dirait aujourd'hui que la défaite nous a ôté notre patrie; que la déroute de l'Allia et le siège du Capitole nous ont forcés de quitter nos pénates, et de nous exiler d'un sol que nos bras étaient impuissants II défendre. On dirait, étemel opprobre ! que les Gaulois ont pu renverser Home, et que les Romains n’ont pu la relever!... »
Home rkcoxstruite. — Tous les sénateurs applaudirent , mais le peuple restant impassible le soit de Rome semblait décidé lorsque le hasard la sauva. Au moment où le dictateur invitait le vieux I.uerétius, prince du sénat , à voter le premier, un centurion qui passait avec sa cohorte, dit à haute voix au vexillaire : munie Ion enseigne , noua sommes trop bien ici pour aller plus loin. A ces mots si heureusement appropriés à la circonstance qu’ils semblaient prononcés exprès afin de trancher l'inccrlitudc où l’on se débattait , le vieux Lucrétius, levant les mains au ciel, commença par remercier les dieux, ensuite il dit d’une voix ferme : «Je conforme mon avis à cet orncle sacré ! » Tous répétèrent ces paroles avec un tel enthousiasme, que le peuple vivement frappé de ce rapprochement qui lui parut être un ordre céleste, mit autant d’ardeur à relever ces mines , qu’il venait de montrer d’empressement pour les quitter. U résulta de cette précipitation que chacun bâtissant sans ordre et dans les lieux qui lui semblaient , ou plus commodes ou plus agréables, on n'observa aucun alignement pour les maison î ni pour les rues. La Rome nouvelle, extérieurement reconstruite au bout d'une année, ne fut donc qu'une agglomération confuse de cases groupées çà et là, au hasard, et couvertes, comme le remarque Pline, de planches de pin '.
CoxçcêTE ns l'Itaue. — Cet amas de baraques qui formait un camp plutôt qu'une ville, convenait merveilleusement aux habitudes militaires des fils de Quirinus. C'est de là qu'ils s'élancèrent pour planer comme ces aigles qui allaient remplacer le foin lié sur les lances des vexillaires, depuis les deux rives du Tibre jusqu'aux Apennins. Jamais encore la guerre n'avait pris ce caractère d'acharnement et de grandeur.
Pendant soixante-dix ans les légions renforcées par les hommes de Véies, do Faleries et de Capène auxquels le sénat avait accordé le droit de cité , ne cessèrent de courir do PréncstcàSutrium ou desMaraisPontins auSoracte, battant Tarquiniens etSamnites, Étrusques elMarses, Hemiques et Latins. Pour soumettre les montagnards de l’Algide, pénétrer dans celle forêt Ciminienne, dont la sombre et mystérieuse horreur les avait toujours repoussés, faire passer nus sous le joug ces hardis guerriers de Pontius qui avaient déshonoré quatre légions dans les affreux préci-