CHAPITRE XV
en les associant à ses pompes rustiques. Ainsi , après les jeux bruyants des pécheurs sur le Tibre et au Champ-de-Mars , les meuniers laissaient à leur tour reposer la meule, et passaient gaiement la journée à Rome avec leurs Unes couronnés de guirlandes et portant un collier de pains et de roses'.
n eût été aussi sacrilège de troubler le repos de ces animaux qu’au mois de Quinlilis, appelé depuis Julius, à cause de Jules César’, lorsque les calendes étaient passées amenant la fin et le renouvellement des baux des maisons , qu’on avait célébré le Poplifuge, ou retraite du peuple sur l’Aventin, et les jeux Apollinaires au Cirque, d’empêcher les esclaves femelles de fêter les nones Caprotines. n y avait deux traditions sur l'origine de cette fête. « Le jour où Romulus disparut , dit Amyot , le meilleur traducteur de Plutarque , en son vieil et naïf langage , se nomme la fuite du peuple ou autrement nones Caprotines, parce que l’on va hors la ville sacrifier au lieu qui s'appelle le Marais de la Chèvre. Or, les Romailis appellent une chèvre capra, et, en y allant, ils ont coutume de répéter à grands cris plusieurs noms romains , comme Marcus , Cneius, Caius, en mémoire de ce qui eut lieu ce jour-là. D’autres présentent au contraire celte fête comme une parodie de l’enlèvement des Sabines. Pressés par leurs alliés qui réclamaient à leur tour des femmes, les Romains livrèrent, dit-on, des esclaves parées des habits de leurs filles. Celles-ci, mettant une lampe la nuit sur un figuier sauvage, avertirent leurs maîtres du sommeil des Sabins, qui furent surpris et battus. Pour rappeler cet épisode, on fêtait les esclaves femelles sous des huttes couvertes de branches de figuier sauvage ( capri Jlcus), et les matrones les servaient à table.
L'anniversaire de la naissance de César, qui tombait le iv des ides , les Mercuriales ou fêtes simples de Mercure, le festin des pontifes, les jeux solennels de Castor et Pollux, ceux du cirque Maxime, ceux de Neptune, pendant lesquels les chevaux et les mulets couronnés de fleurs se reposaient comme leurs maîtres, et les I. ucaries , célébrées dans le bois sacré ( Lucus) , qu’on trouvait entre la voie Salaria et le Tibre, pour faire souvenir les Romains que leurs pères , battus par les Gaulois, s’étaient ralliés autrefois sous ces chênes, se célébraient entre les nones Caprotines et les Ambarvales. Le 23 juillet, les frères des champs, prenant leur plus belle mitre blanche et leurs couronnes d’épis , sortaient au point du jour de Rome. A la tête des laboureurs qui attendaient leur passage le long des chemins et grossissaient à chaque instant le cortège , ils allaient , en récitant l’hymne à Gérés , jusqu'au sixième milliaire, situé au point le plus rapproché de la voie Nomentane et de la voie Valérie. Là était un champ formant, selon la tradition, dans les premiers temps, les limites du territoire romain. Les frères arvales s’y arrêtaient, et faisaient trois fois le tour de la moisson en chantant cette invocation à Cérès que les villici ou colons, portant des couronnes de chêne , et leurs enfants , le front ceint de couronnes d'olivier, répétaient en choeur à chaque couplet :
i. Ovide, Faut» . Hf, tl.
SU Nomine Casirea Qoiniilem Julins aujcei. ( Arsnxr , Dr Mtntlhu.)
INSTITUTIONS RELIGIEUSES
Cérès, mère de tous les êlres,
Divinité aux mille noms divers,
Auguste, nourrice de la jeunesse,
Toi qui donnes le bonheur et l'or,
Toi qui fais croître les épis,
Qui prodigues tous les biens,
Qui le plais à la paix et aux rudes travaux des champs;
Toi qui répands les semences,
Qui entasses la gerbe sur l'aire,
Qui bénis les moissons,
Qui leur donnes la couleur de l'or :
Aimable et douce divinité,
Toi qui nourris tous les mortels,
Qui, lu première, as fait plier sous le joug le bœuf robuste, et donné à l'homme le plus doux des aliments,
Toi qui souris à la végétation,
Qui portes des flambeaux dans tes mains pures,
Qui aimes la faucille moissonneuse,
Qui dors sous terre et réjouis tout l'univers en t'éveillant :
Mère féconde, vierge sainte ,
Qui te produis sous mille formes et te pares de mille fleurs.
Viens, ô bienheureuse déesse, viens chargée deè trésors de la moisson,
Et amène avec toi la paix, l'abondance, le bon ordre, la richesse et la santé, reine de tous les biens 1 .
Lorsque le chœur rural avait répété ce dernier verset , les frères dps champs immolaient un porc, animal nuisible aux récoltes; les colons entouraient le cou de leurs bœufs, qui ne sortaient pas de l'étable de toute la journée , de guirlandes tressées avec les fleurs bleues et rouges des blés ; on répandait sur des autels de gazon une coupe pleine de miel et de lait, et la lustration des blés se terminait par les Amburbiales, promenade sacrée autour des murs*.
La double aptitude, si caractéristique, de Rome palatine, qui avait une main sur la lance et l'autre i la charrue, se révélait avec éclat dans les fêtes de sextilis, mois dont le nom fut remplacé depuis par celui d'Auguste, qu’il porte encore '. Ainsi, aux calendes on sacrifiait è Mars et à l'Espérance guerrière; le 3 des ides, h Hercule, dans le cirque Flaminius; trois jours avant la fin du mois, à la Victoire; puis se déroulaient gracieusement, comme les perles d'un collier antique, les Limnapésies,
t. I*netnes orptjiqo» anieneors i Nouer, ; eelnt-d est extrait de t’onvraxe de Frédéric Creerer {Retlgiani 4e tAnligmie). irritait et retonda par M. Galgnlant.
S. F estas Virgile, Eglog. ut, — tic ferlé ( CurieeUie de Siwne anctraar el modérée ).