CHAPITRE XV
réjouissances faites en l'honneur de Diane par les pécheurs d'étangs, qui dansaient le front ceint de joncs; les Portumnalcs, fêtes des ports du Tibre; les Consuales, jeux commémoratifs de l'enlèvement des Sabines; les secondes Yinalies , où le tlamine commençait les vendanges après avoir offert à Jupiter une seule brebis; les Vulcanales, hommage grave au dieu du feu, auquel on immolait un veau roux; les Opiconsives, supplication à la blonde Gérés au moment des semailles, et la fête du Soleil de Rome, qui éclairait tous ces jeux et ces allégories religieuses de ses magnifiques rayons.
Les solennités de septembre reflétaient au contraire les teintes jaunissantes de l’automne On fêtait la douce influence des rosées, les vendanges et le départ des hirondelles. Une brebis noire immolée & l’Érèbe, et la cérémonie historique du Capitole, où le préteur feignait d'enfoncer un clou sacré, rappelaient la peste effroyable qu’on crut avoir arrêtée jadis par ce moyen. Enfin les Méditrinales fermaient ce mois, que les poètes avaient personnifié sous les traits d’un homme à demi nu, ayant à ses pieds deux cuves, et s’amusant à faire sauter un lézard attaché par le pied. Inventées pour honorer Méditrina, symbole de la médecine, les Méditrinales étaient en outre la glorification du vin nouveau. Quand il avait coulé à flots vermeils dans les dolia, le prêtre de Mars en remplissait sa coupe, présentait les prémices à la déesse, et la vidait après sa libation, en disant : « Je bois du vin vieux et nouveau, et remédie à la maladie vieille et nouvelle. » Vetui novum vinum bibo, veleri novo morbo medicor *.
Ramenant toujours les esprits, par la reconnaissance, vers cette essence divine, vers cette force de production de la terre, si grande, si inépuisable et si mystérieuse, qu’ils appelaient Gérés, aux calendes du mois suivant, les pontifes montraient les ornements de la déesse : on couvrait ensuite les puits et les fontaines de guirlandes. Ces fleurs donnaient le signal des jeux de Jupiter Libérateur et du sacrifice du Champ-de-Mars. Aux ides, l’un des chevaux vainqueurs en septembre, dans les jeux romains, qui duraient huit jours, ou dans ceux du grand cirque, était égorgé au milieu du Champ, sur l’autel du dieu de la guerre. Quatre jours plus tard, chevaliers, centurions et soldats foulaient ce gazon teint de sang en allant faire l'Armiluslre, ou purification des armes sur l'Aventin. L'Armilustre consistait dans une danse en rond, exécutée au son des trompettes, pendant le sacrifice autour de la tombe de Tatius, par les soldats armés de leurs boucliers *.
Ce souvenir lointain du second chef militaire de Rome était suivi des jeux de la Victoire, des fériés de Vertumne, dieu des jardins, et des courses de chars au bruit desquelles arrivait le mois que les peintres représentaient la tête chauve, habillé de toile de lin comme les prêtres d'isis, et appuyé contre un autel. On ne pouvait dire avec plus de vérité et de poésie, que novembre était le mois des grandes cérémo-
I. Auiomnum Poroona tcinm september opinau ( Aosont , De Memtêhu.)
S. Varron, t L. ».
8. Artiti lustritim fesinni crai apud Roman»* qoo rta divin** armali faciebant ac dure sacrifie* rent lobri* ra urbain (Paul Diacre , dans l’Kplome de Fetiu.)
INSTITUTIONS RELIGIEUSES 309
nies religieuses. Les pontifes donnaient des banquets sacrés en l’honneur de Jupiter et de Cyliéle ; on célébrait pompeusement les Brumales , ou fêtes d'hiver, et les septemvirs-épulons dressaient les lits des dieux majeurs pour les Lectistemies.
Pour conserver la mémoire de la peste de l'an 386, les statues des dieux à l’intervention desquels on attribua la disparition du fléau étaient descendues, aux ides de novembre, de leurs niches dorées, et couchées dans les temples devant des tables festinales. Les statues des déesses y étaient placées également, mais assises. Tout dans cet usage antique, emprunté, comme l'a prouvé le savant Casaubon, à la Grèce ', respirait d'ailleurs la simplicité religieuse de la première époque. Étendue» sur des leclislemes de marbre , où une brassée de verveine leur relevait la tête , les statues n'avaient devant elles, sur la vieille table de bois, que des g&teaux, du pain d'orge, des olives, des raisins et des fruits servis dans des vases de terre. Les libations de vin infusé de plantes amères s’y faisaient avec une coupe de bois, et malgré la pauvreté du festin, Rome païenne tout entière passait, pieuse et recueillie, devant ces emblèmes, une couronne sur la tête, un laurier & la main, jonchant les pulvinaria de guirlandes, et balayant, comme Athènes, avec ses longs cheveux, la poussière des temples
Ou allait ensuite assister au sacrifice expiatoire fait sur cet horrible tombeau du forum du Bœuf, où, dans le grand trouble du désastre de Cannes, la politique du Sénat, pour relever le moral du peuple, avait enterré et muré vivants, avec un Grec et une Grecque, un Gaulois et une Gauloise. Ce devoir accompli (et la caste sacerdotale, qui gardait seule, comme le feu mystique de Vesta, les hautes traditions de l'humanité, l'avait rendu saint), l’encens qui fumait sur l'autel de la Fortune féminine et de Minerve, et le vin dont ruisselait celui de Faune, annonçaient la fin de l’année. Sur les trente et un jours du mois de décembre, seize étaient consacrés aux solennités religieuses. C’étaient les Ambroisianes , fêtes de Bacchus ; les Agonales, les Brumales, les Equiries, les Consuales, les fériés de Jupiter, les Angeronales, dédiées à la déesse du Silence, Angeronne; les Compitales, les Larentales, fêtes en mémoire d’Acca Larcntia, nourrice de Komuhis; les Juvénales, jeux de la Jeunesse, institués par Néron, et enfin les Saturnales.
Quand ces brouillards, tant maudits par Horace, noyaient la ville dans leur vapeur grisâtre, à l’aube du dix-septième jour de décembre, une immense clameur éclatait sur les sept collines : « lo Salurnalia! t'o Saturnalia! » Ces cris, poussés par des millions de voix, réveillaient Rome. Aussitôt chacun, passant à la hâte la robe courte de la table (synlhésis), s'élançait de sa couche. En un clin d'œil toute la population était sur pied ; dès la première heure, places, basiliques et rues étaient inondées par les flots de cette mer vivante. La plus complète égalité régnait dans la foule : plus de robes brodées de pourpre, de laticlaves, de croissants d'argent au cothurne I Plus de patriciens, de chevaliers, de plébéiens ni d'esclaves à tête rase! On eût dit
, . Spon [ Voyngf n G rire) vft encore > Athènes le lectistenie d'Itu et Se Script,.
*. Tllc-Uft, ch. xiii. — Vilfrre Maxime, M. — Arnobe, kl.