CHAPITRE XVI
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se multipliait de plus en plus, le bruit se répandit que l'apôtre de l’Orient, le célébré Paul , arrivait à Rome chargé de chaînes. Tous les membres de la société fraternelle, Prisca et Aquila, ses disciples, Phœbé, l'esclave corinthienne qui avait apporté en l'au 58 son épltre aux frères de Rome, Mario, Tryphena et Tryphosa, pleines de zèle pour la foi, Andronicus et Junia, ses parents, Herodion, son cousin, Amplias, Grachys, Philologue, Hermès, Urbanus et Rufus, ses amis, allèrent au-devant du saint sur la voie Appienne, jusqu’à la station des Trois-Tavernes. C’est au milieu de ce cortège d’élus que Paul fit son entrée à Rome, par la même porte que saint Pierre. Conduit devant le préfet du prétoire Uurrhus, le tailleur de cuir de Tarse obtint la faveur de louer un logement dans la ville et d'y vivre à son gré, sous la garde d’un licteur attaché à sa chaîne. Pendant cette demi-captivité qui dura deux ans , il pouvait recevoir tous ceux qui accouraient pour l’entendre, et annoncer, comme Pierre dans le Traslévéré, le royaume du Fils de Dieu.
Effroi de la Caste sacerdotale. — Calomnies païennes. — Quand les deux apôtres regagnèrent l’Orient, le grain évangélique avait germé dans Rome paienne, et déjà sept églises , toujours pleines de ceux que le patricial foulait aux pieds , s’élevaient, humbles et pauvres, sur les sept collines; mais bien qu’on les aperçât à peine au pied des temples étincelants de marbre et d'or des Dieux, la caste sacerdotale et le sénat s’alarmèrent. Le christianisme naissant leur apparut comme un monstre plus horrible encore que dangereux. Au Théâtre, au Cirque, au Champde-Mars, dans les thermes, dans les temples, on ne parla bientôt plus que de la folie des Galiléens. «Une secte a surgi, disait-on, qui prêche ouvertement le mépris des Dieux et le renversement de leurs autels. Ces athées repoussent comme impie la religion de nos aïeux , parlent d’un roi appelé Christ avec lequel ils doivent tous régner un jour, refusent de prier pour le salut de César, de lui donner le nom de seigneur, de jurer par son génie. C’est une race adonnée aux maléfices, étrangère, barbare , ténébreuse ; muette en public , elle est pleine de paroles dans les lieux obscurs. Ces imposteurs, ces désespérés, ces séducteurs, ces sophistes, ces conteurs de paraboles, ces mauvais démons, ces hommes coupables de tous les crimes, sacrilèges, perdus, ennemis de la nature entière, ne connaissent pas le mariage, se plongent dans d’infâmes débauches, et, ce qui est horrible à dire, vivent de chair humaine. Malgré la peine de mort portée contre tous ceux qui tiennent des assemblées nocturnes, ils se réunissent le soir du Jour du Soleil pour initier leurs prosélytes. Un enfant, couvert de pâte faite pour tromper les yeux de ceux qui ne connaissent pas ce mystère, est placé devant l’initiateur. Le prosélyte, frappant aveuglément , tue cet enfant sans le savoir. Alors, ô crime épouvantable! ces tigres altérés boivent son sang, se partagent ses membres , et scellant leur pacte avec le meurtre , se garantissent mutuellement le silence par la complicité du crime.
a Rien n’approche de leurs banquets, dont tout le monde parle. Le Jour du Soleil, ils s assemblent secrètement avec leurs frères , leurs mères, leurs sœurs. Là , tous
LES CATACOMBES
les Ages et tous les sexes sont mêlés. Là, dès que le festin s'échauffe et que la ferveur de l'ivresse allume les désirs impurs, un chien, attaché au candélabre, et qu'on excite en lui jetant des morceaux de viande, éteint, en s’agitant, la lumière, et crée des ténèbres monstrueuses. Voilà pourquoi ils s'efforcent de cacher avec tanl de soin, de dérober à tous les yeux la divinité qu’ils adorent; voilà pourquoi ils n'ont pas de temples , point d’autels , point de simulacres visibles ; voilà pourquoi ils se gardent bien de parler en public et de se réunir au grand jour.
a Ce n’est pas seulement une idole absurde qu’ils honorent, mais un mort, Christ, qui, après une fin ignominieuse, a été fait dieu. Aussi la croix est pour eux un objet sacré, c'est l’autel de tous les scélérats qui encensent ce qu’ils ont mérité. Ajoutant à ces chimères les visions les plus insensées, tous disent qu'ils ressusciteront après la mort, et que des cadavres sont déjà revenus à la vie. Ils défendent de brûler les corps, comme si en les dérobant aux flammes, on empêchait le temps de les dissoudre dans la terre. Ils ne veulent pas mettre de couronnes sur les tombeaux; ils fuient les spectacles et les festins publics, cl ont horreur des mets consacrés et des libations. Contempteurs de Jupiter, ils maudissent son culte, et vont prier sur les tombes des suppliciés; magiciens, de quelques forfaits qu’un pervers soit souillé, s'il vient à eux et se confesse, ils répandent sur lui un peu d'eau , et soudain ce criminel est absous. Vil ramas d’apprêteurs de laine, de tisserands, de cordonniers, de misérables sortis du fond le plus infime de la plèbe , les Chrétiens, ainsi s'appellent ces hommes flétris de tous les opprobres, se déclarent audacieusement les ennemis des Dieux, de César, du sénat, des lois, du genre humain 1 . s
Peüsbcutioss. — Qu’on se figure le sentiment de stupéfaction et d’horreur que dut produire une définition semblable sur la société païenne I Elle s'émut comme un seul homme, et voua tout son mépris, toute sa haine à ces ennemis publics, l’exécration du monde, oïlium generis humant. La multitude, dont le jugement s'arrête toujours aux objets extérieurs, ne vit, dans les chrétiens , que les contempteurs de ses idoles et de ses prêtres; elle crut sincèrement tout ce que lui disaient ces derniers, et détesta les hommes de la foi nouvelle , comme impies, comme incestueux , conime vivant de chair humaine. Mais tandis qu’elle écoutait avec stupeur les récits du sacrifice de l’enfant, et des incestes nocturnes, tandis que sa colère s’exaltait à ces crimes imaginaires, les patriciens qui avaient, pour ainsi dire, le monopole de l’intelligence, étaient préoccupés plus sérieusement. Maîtres de la société, et accoutumés à la guider en aveugle par la religion , c'est avec de vives alarmes qu'ils durent voir se lever des hommes qui proclamaient le vide de cette religion et en démontraient l’absurdité. D'un coup d'oeil, l'aristocratie entrevit les conséquences du christianisme. Elle comprit avec promptitude que ces idées nouvelles amèneraient, tût ou tard, l’insurrection des classes serviles, et qu il était urgent de les étouffer au berceau. Ce qui l’irritait le plus dans la perspective de ce péril, c'état