CHAPITRE XIV
que <lf*s hommes (le la vile plèbe, sans éludes, sans lettres, étrangers il tout art qui n'élail pas méeauique, eussent l’audace de penser autrement que les patriciens, de refuser de l'encens à leurs Dieux , de ne pas fêter le jour natal de César, et de faire, par la pureté de leurs mœurs, la critique la plus amère du sensualisme romain.
Ce dernier grief, qui semblait le plus grave aux yeux des patriciens et des empereurs , sera l’élemel honneur du christianisme. En effet , depuis que les deux cités juives disparurent dans le lac de soufre , jamais la corruption humaine n’avait débordé à ce point. Le palais impérial était devenu un lieu infâme , chaque maison monumentale une école de vice, chaque esclave un ministre ou une victime de la débauche de ses maîtres. Plongée dans des excès sans nom , l’aristocratie s’efforçait d'oublier sa dégradation politique dans la dégradation morale , et depuis trois siècles elle épouvantait le monde païen lui-même par l’impudeur de son matérialisme et l'audace de ses passions. Cet abrutissement bestial devait créer tôt ou lard une réaction. Au spectacle de ces désordres , les milliers d'hommes retenus à la porte des palais patriciens par la chaîne de l’esclavage et le collier de fer de la misère , finirent par s'indigner. Leur âme se révolta contre ce long et odieux avilissement de la créature de Dieu. A ce moment les disciples du Christ parurent. Pauvres et opprimés comme ceux qu’ils venaient instruire, le pêcheur de Césarée , le tailleur de cuir de Tarse , jetèrent à ces masses déjà détachées de leurs maîtres et frémissantes d'un vague espoir l’idée qui allait régénérer le monde et qui se résume en ces mots : opposer l’âme à la matière!
« Frères, leur disait saint Paul, nous savons que toute créature soupire après un temps meilleur, comme si elle souffrait les douleurs de l’enfantement ; mais je vous le dis : ceux qui vivent pour la chair ne peuvent plaire à Dieu ; il faut vivre par l’âme. Si vous respectez l'esprit de Dieu qui est en vous, vous vivrez ; mais si vous vivez selon la chair, vous mourrez sans espoir de résurrection. Tuez par l’âme les actes de la chair, et vous vivrez de la vie éternelle; car tous ceux qui suivent l’esprit sont fils de Dieu et héritiers de Jésus-Christ. Frères, la nuit s'avance, le jour s’approche, dépouillez la robe des ténèbres et prenez l'armure de l’aube '. »
Saikt Pierre et s\ist Paul. — En prêchant ainsi aux hommes le dédain des choses matérielles et l’excellence des biens de l’âme oubliée jusqu’alors; en disant que le corps , comme tout ce qui tient à la terre, est de la lmue, que l’âme seule émane des deux comme la lumière, les apôtres arrachaient les deux gonds antiques sur lesquels tournaient la religion et l’empire. Les patriciens ne s’y trompèrent pas; car, au premier mot de la doctrine évangélique, sénat, empereur et clergé s’unirent à l’instant contre l’ennemi commun , bien décidés à l’écraser. L'incendie de Home sous Néron offrait un excellent prétexte; on l'attribua aux chrétiens, et ce monstre eut deux voluptés bien dignes de lui , le tableau de la ville en flammes et les tortures de ceux qui vivaient chastement. Le jour, ces