I.ES CATACOMBES
infortunés étaient couverts de peaux de l>ù!es sauvages et déchirés par les chiens; la nuit, revêtus de tuniques soufrées et enduites de bitume, ils servaient de candélabres à ses orgies obscènes. Rappelés par les cris des martyrs , saint Pierre et saint Paul se hélèrent de quitter l’Orient et revinrent à Rome se jeter dans la gueule du tigre, bravant la mort qui les attendait , ils élevèrent la voix avec courage et firent des prosélytes jusque dans le palais impérial. Furieux que scs affranchies osassent s'envelopper d’un voile pudique, Néron jeta les deux vieillards dans la prison Mamertine. Ils y continuèrent leur mission : la colonne à laquelle était lié le pécheur devint une chaire , la source qui jaillit dans le souterrain un baptistère; leurs geôliers eux mêmes, Marlinianus et Processus , y reçurent la foi.
Le premier soin des néophytes fut de délivrer les apôtres. Voilà neuf mois que vous êtes dans les fers, leur dirent-ils; Néron vous a oubliés; fuyez! portez ailleurs la parole du Christ. Ixas deux vieillards quittèrent donc la prison Mamertine ; mais leurs pieds étant engourdis et meurtris par les fers, ils ne purent se traîner qu’avec peine à la |iorte Appia 1 . Là saint Pierre, accablé de fatigue, s'endormit un instant, et vit Jésus qui s’avançait vers lui. a Où vas-tu, Seigneur? lui dit-il dans son rêve. — A Rome, inc faire crucifier une seconde fois, répondit le fils de Dieu.» Pierre s'éveille en sursaut ; il raconte le songe à Paul , et tous deux , l’interprétant comme un avertissement céleste , reprennent le chemin de la ville. Au second milliaire ils rencontrèrent les bourreaux. Le bruit de la conversion des gardiens de la prison Mamertine s’était déjà répandu ; Néron avait ordonné le supplice des séducteurs et voulait y présider lui-même. Il parut bientôt suivi d'une foule immense. Mais telle était déjà la puissance de l'idée qu’il venait tenter de noyer dans le sang de ses propagateurs , que ces deux vieillards, couverts de tuniques poudreuses et déchirées, attiraient tous les regards de la fotde, qui ne voyait plus la pourpre impériale , et qui , pour admirer et contempler avidement ces captifs chargés de chaînes, oubliait le diadème d’or et le char d'ivoire de César5.
Leur Martiee. — Avant d’arriver aux eaux Salviennes, mille cris s'élevant à la fois sollicitèrent une faveur de Néron : c’étaient les juifs transtevérins qui, voulant aussi leur calvaire, demandaient à voir crucifier au delà du Tibre le premier disciple de celui que leurs frères avaient crucifié à Jérusalem. Néron y consentit, et la douceur de mourir ensemble fut ravie aux deux apôtres. Quand les bourreaux les séparèrent, saint Paul dit. à saint Pierre : a Paix à loi, fondement des églises et pasteur des agneaux et des brebis du Christ! — Va. lui répondit saint Pierre, va en paix, prédicateur des bons , chef des justes et médiateur du salut ! a Après cet adieu , saint Paul , qui était citoyen romain et ne pouvait périr d’un supplice infamant , eut la tête tranchée dans la plaine des eaux Salviennes le 29 juin de l'an OC de Jésus-Christ. Le même jour, saint Pierre , attaché à une croix , la tête en bas , sur le sommet du Mont Doré (Montorio), au-dessus du cirque de Néron, rendait témoignage à son maître.