CHAPITRE XVI
Vis-à-vis les catacomlres du nionl Verdoyant (Monte Vcrde) se déployaient, de l'autre côlé du Tibre, autour du tombeau de saint Paul , celles de Lucine, l'illustre patricienne qui l'ensevelit; de Timothée, son disciple bien-aimé; de Commodilla, de Saint Zenon et de Cyriaque. Le vaste cimetière de Lucine rayonnait sous toutes les collines des eaux salvicnnes et sous les voies Ardéatine et d'Ostie. Il touchait aux cimetières de Sainte-lîalbine, de Saint-Marc, de Saint-Uamase, de Saint-Mare et de Saint-Marcellin, de Sainte-Domitilla, nièce de üomiticn, et de Nérée et Achillée, ses esclaves; et par leurs étroits corridors, tous entrecroisés, il se rattachait aux régions du midi de la voie Appia, qui étaient au nombre de dix-huit, dédiées aux premiers athlètes de l'Église militante
Un cimetière percé dans les entrailles du Cocliolus (monte d'Oro), prolongement du mont Ccelius, et qui passait à côté du tombeau des Scipions en obliquant sous la voie Latine, servait de communication entre les régions de celle voie consacrées à saint Apronien , à sainte Eugénie, aux martyrs Gordien et Epimaque , Simplicius et Servilianus, Tertullinus, Spartus et Quintus, et celles de la voie Appia.
Sous la voie Labicane, qui venait après la voie Latine et la porte triomphale de Claude, il y avait au lieu appelé infer duas lauros (entre les deux lauriers) le cimetière de Saint-Marcellin et de Saint-Pierre l’Exorciste, devenu plus lard celui d’Hélène, mère île Constantin, et celui des quatre saints couronnés ; puis on trouvait sous la voie Prénestine le cimetière de Saint-Castol , qui poussait scs couloirs obscurs par delà la voie de Tibur jusqu’aux rameaux inextricables des catacombes de Saintc- Cyriaquc au champ Véranien ( campus Vcranus) et de Saint-Hippoiyte. A partir de ce point, le cimetière de Saint-Nicomède s’allongeait au nord du camp du prétoire, entre la voie Tiburline et la Nomentane , et aboutissait à celui de Sainte-Agnès. En face, mais assez loin et au delà de l’Anio, avaient été creusées les régions, dites ad Kymphas, de saint Alexandre, pape, de saint Primus et de Félicien, auprès des arcades Nomentanes.
Celles de sainte Félicité, de saint Saturnin, de saint Chrysante, des sept Vierges saintes, de sainte Hilarie, du Giordano et de saint Sylvestre, rampaient à l’est sous la voie Salara. Elles s'entrelaçaient avec les catacombes de Priscilla, composées de six régions cimetériales qui avaient été excavées le long de la pente occidentale du mont des Jardins, dans la partie où le plateau s'éloigne des murs, et descendaient, en suivant le tuf granulaire de la colline jusqu’au cimetière de Saiutj Valentin. Celui-ci, placé au nord sous la voie Flaminia, complétait cette ligne ténébreuse de circonvallation en faisant face au Tibre et aux catacombes du Vatican , en amont du fleuve, comme les catacombes de Saint- Paul faisaient face en aval à celles du mont Verdoyant.
Telle était l'enceinte de Home souterraine, dont on peut se représenter l'étendue
I. Prciexial, faillir, Cécile, Sebastien, Sixte, Lutine. Zcphirlnus, Soter, Eusébe, Marcello*, Urbain, Janvier, Felh elsiimiis, Agajsiio*, Tibtiriiu», Valerianus. Maximus cl Cirinua.
LES CATACOMBES
par ce seul fait que ses voies cimèiérialcs égalent douze cents kilomètres'. Dans chacune de ces régions, ou catacombes, il y avait place pour cent mille cadavres ’. Or, les Césars persécuteurs fauchant les martyrs comme l'herbe et chaque néophyte voulant reposer & côté des saints, ces ruches de la mort se remplissaient vite : d'un autre côté, comme les chrétiens refoulés daus les cryptes par le fer et le feu n'avaient ni d’autres tombes, ni d’autres toits, ni d’autres temples, il en résulte que l'intérieur des catacombes présentait le tableau le plus saisissant, le plus majestueusement empreint d'une grandeur sublime et sombre que l’imagination humaine ait révé.
Dans les deux parois de ces galeries ténébreuses et muettes, où il ne peut passer qu’un homme de front, les morts étaient ensevelis horizontalement et murés. Du sol à la voûte il y avait d’ordinaire six rangs de tombeaux, quelquefois quatre seulement li où le tuf granulaire manquait d'épaisseur ; on trouvait sur d'autres points, comme au cimetière de Sainte-Callépode, sept et neuf rangs, et même jusqu’à treize, comme à celui de Sainte-Agnès. Tous ces tombeaux , excavés régulièrement et mesurés au compas, présentaient la même hauteur et la même longueur, et n'étaient coupés de distance en distance que par quelques rayons de tombes de deux ou (rois pieds , destinées aux enfants et aux adultes. En parcourant avec la lampe ces noirs corridors dont le silence et l’éternelle nuit glaçaient le cœur de saint Jérôme, les nouveaux chrétiens lisaient sur les lombes de leurs prédécesseurs toute l'histoire de l'Eglise.
Inscriptions. — a Perpetuus, qui a bien mérité de Christ, son Dieu; il vécut xxv ans : Léontia, sa mère, l'a déposé à cette place en paix. — Julia, en paix à côté des saints. — Protus dort ici dans le Saint-Esprit. — Pierre, qui vécut xtx ans en Christ, fut déposé ici en paix sous le consulat de Philippe, a Voilà les inscriptions gravées le plus ordinairement sur la plaque de marbre ou la chaux des sépulcres. Celles des martyrs n’étaient ni plus longues ni plus pompeuses. Sur les tombes au-dessus desquelles apparaissaient des coquilles incrustées , des ampoules vermeilles de sang, des palmes, des colombes ou de petites couronnes dessinées à la pointe du style, on lisait avec émoliou :
« Primilius, qui vécut ixxm ans, après avoir, martyr inébranlable, souffert plusieurs épreuves, repose en paix. — Les martyrs Simplicius et Kaustinus, dont la passion a fini dans les eaux du Tibre, ont été déposés dans ce cimetière. — Alexandre n’est pas mort; son corps est daus ce tomlieau, mais lui vit au dessus des astres.
I. Mille dngenui rbiloroeiri de lungbeua. Ciaseun clmetero a una enipte/ia <li veutl cbUometri cun cenlamil* sepolwi. (P. Giuseppe Marrbi, ilanmunti délit arli erntiane primaire nella Mttropoli del crUfianumc. )
Ihrouius, tome 11. an 3:26. donne, d'après 1rs manuscrit* du Vatican cl le livre des Pontifes, on aperçu géographique des cime îeres souterrains. A l aide des dcrouverie* faites depuis et des Martrroioges, le Père Marrbi a pu dresser iih tableau plus étendu et plus eouiplei. Nous adoptons donc entièrement sur ce point l'opinion de l'illustre savaul, et imn» sommes heureux de sabir celte occasion pour lui exprimer loute notre reconnaissance de l'euipre»seu>ent bienveillant qu'il a mis i nous guider lui-même dans ce* obscurs régions et des rcuseign im-nts précieux qu'il uous a donnés, k la lueur du ceru», dans les cr)pte* de Sainte-Agnès.
S. Aniuuio llosio, Homa a oUerrauett. — Il Sctcraoo. Aringbi, Doldetii, Maiangoni, Rotlari.