‹ Rome ancienne et moderneChapitre 213 sur 428 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

rocher, des oiseaux prenant leur vol vers les doux, et quatre fleuves, heureux emblèmes des quatre évangélistes, qui inondaient la terre.

Caractère mystique des feintcres. — Jésus-Christ réveillant Lazare à la prière de Marthe, des colombes allant manger dans une corbeille de fleurs, et les vierges sages des catacombes de Sainte-Agnès, symbolisaient l'espoir de la vie future; de même que le bon pasteur, ayant une brebis sur les épaules ou des agneaux à ses pieds, était la personnification de ce chef céleste et adoré pour lequel mouraient les chrétiens. Une croix entourée de perles, de fruits, de guirlandes, où douze colombes figuraient les Apôtres; des esquisses de la Vierge tenant dans ses bras l'Enfant Divin ou ag» nouillée devant l'ange, Moïse adolescent, la Samaritaine, les portraits de saint Pierre et de saint Paul , ornaient en mille endroits ce panthéon chrétien. Les [icintres des Catacombes représentaient saint Paul avec un front chauve et une longue barlie, tantôt h la droite, tantôt à la gauche de saint Pierre; ils leur mettaient à tous deux un rouleau de papyrus dans les main3 et les séparaient par une couronne de laurier ou le monogramme du Christ ; souvent ils les plaçaient, le pécheur au gouvernail et le tailleur de cuir è la poupe, sur un navire agité par les flots, dans lequel le néophyte le moins instruit reconnaissait nïglise.

Tels étaient les monuments et les ornements de Home souterraine. Par leur caractère , simple et sombre , ils s'harmonisaient bien avec la vie et la religion que venaient y cacher leschrétiens. Cette vie funèbre et cette religion évangélique étaient là sublimes, l'une de résignation et de courage , l'autre de pureté et d'amour. Quand l’orage des persécutions forçait les fidèles de s’enterrer dans les catacombes, ils y souffraient un martyre plus lent et non moins cruel que celui des bourreaux. Aux tourments de la faim et de la soif (car peu de cimetières possédaient des sources, et les frères avaient beau imiter le zèle de Palmatius, le pain manquait sans cesse ), s’ajoutait le spectacle des douleurs de ceux qui leur arrivaient mutilés, le manque d’air, et l’épouvantable putréfaction des cadavres. Malgré les précautions des fossoyeurs, qtti se hâtaient de remplir de terre les galeries mortuaires, et quoique les réfugiés se retirassent aussitôt dans les régions éloignées, la décomposition di s corps, hâtée par l’humidité du terrain, viciait si vite le peu d'air rcspirable, que la plupart trouvaient au fond des cryptes une mort plus affreuse que celle qu'ils avaient cru fuir

Le christianisme dans lks catacombes. — Quand la persécution se ralentissait, Home souterraine, avec son grand silence, son obscurité et ses morts, prêtait une admirable poésie à la religion nouvelle. Dans les ténèbres des calacomlies, le jeune christianisme contrastait singulièrement, par sa simplicité, avec la pompe et l’éclat des cérémonies païennes. Les chrétiens descendaient dans les cimetières, le Jour du Soleil, qu ils appelèrent du Seigneur ( (lies dominica, dimanche), parce que Dieu

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LES CATACOMBES

se reposa le septième jour , après avoir créé le monde. Pour éviter jusqu’aux apparences de cette promiscuité monstrueuse que les païens, dans leurs calomnies reprochèrent aux saints deux issues opposées s’ouvraient dans chaque région cimétériale. A l’heure des réunions communes, les hommes arrivaient d'un côté, et les femmes, couvertes d'un voile, de l’autre. On priait d’abord, tourné vers l'orient, ce qui faisait dire aux idolâtres que les chrétiens adoraient le soleil; les prières, adressées à Dieu pour soi et les hommes en général, finies, les égoumènes, nommés indifféremment clercs , diacres, épiscopcs, bénits, parfaits ou serviteurs de Dieu, célébraient les baptêmes et les mariages. Ensuite celui des clercs qui présidait l’assemblée présentait le pain et la coupe pleine d'eau et de vin. Tous les frères participaient à cette communion , même les enfants è la mamelle, auxquels les païens , qui n’ignoraient pas cette particularité, faisaient sucer, pour les souiller, du pain trempé dans le sang des victimes.

Après avoir rapporté à Dieu le père la gloire et les louanges de toutes choses, le i clerc offrait, au nom du Fils et du Saint-Esprit, Y eucharistie , c’est-à-dire la reconnaissance pour les grâces que les chrétiens avaient reçues de leur bonté. Alors les frères témoignaient leur approbation, en criant d’une commune voix : Amen/ Les diacres distribuaient le pain et le vin consacrés, quêtaient pour les pauvres, et allumaient d’autres (lambeaux pour l’agape. Uagape, ainsi appelée d’un mot grec qui veut dire amour, était une cène que les fidèles faisaient ensemble avant de se séparer. Venus souvent d’une grande distance, ils fortifiaient leur coeur, selon l'expression de l’Écriture, avec un morceau de pain, et ne sachant s’ils se retrouveraient vivants dans les cimetières, en se quittant ils échangeaient un baiser d’adieu. C'était ce repas frugal que les calomniateurs du christianisme transformaient en orgie, parce qu’ils ignoraient qu'on n’y buvait pas même de vin; et en festin de Thyeste, parce qu’ils entendaient dire à leurs esclaves qu'ils venaient de manger le corps et de boire le sang du fils de Marie; en débauche monstrueuse, parce que les chrétiens, se regardant tous comme des frères, s’en donnaient le nom, et se saluaient au départ par des baisers mutuels, d’autant plus purs, comme l’écrivait Octavius dans sa Réponse aux Païens, que la plupart de ceux qui célébraient l'agape avaient fait vœu de chasteté.

Ses d. iulsurs , sa beauté , sa victoire. — Foulé , pendant près de trois siècles, aux pieds de ses bourreaux , et devenu un objet d'horreur pour la société romaine, le christianisme souffrit ces calomnies de tous les jours, ces persécutions de tous les règnes, ces angoisses de toutes les heures, avec un calme qui ne se démentit pas un insant. Se transmettant fidèlement la même haine, les douze Césars les plus absolus et les mieux obéis de Rome , employèrent tous les moyens de répression imaginables pour étouffer, disaient-ils, cette exécration publique. Ce fut en vain, l’idée évangélique se trouva plus forte que leur pouvoir, et après deux cent soixante ans de proscriptions, après des siècles de supplices, après l’avoir poursuivie avec rage et frappée presque sans relâche et sans pitié, partout où elle avait,

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