‹ Rome ancienne et moderneChapitre 214 sur 428 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

paru, il fallut retirer le glaive des flancs tout meurtris de l’Église. La chair avait brisé le fer, l'Ame avait vaincu la matière, la plus grande autorité qui ait dominé le monde fléchissait devant une conviction, et, pour la première fois, les maîtres de Rome faisaient la paix après une défaite.

Dioclétien, qui avait maintenu durant vingt ans, d’une main ferme, l’influence romaine et repoussé vigoureusement les Barbares , ne pouvant exterminer les chrétiens, que le plus énergique de ses trois lieutenants, Maximien Hercule, a figurés sur ses médailles par une hydre écrasée sous sa massue, et s'apercevant d'ailleurs que les satisfactions d’orgueil que donnent le pouvoir suprême ne valent pas le bonheur d’une vie paisible, venait de quitter l’empire, en 304, pour son jardin de Salone. Sa retraite imitée par Maximien Hercule laissait le premier rang aux deux Césars qui portaient la [lourpre derrière eux, Galérius et Constance, surnommé Chlore ou le Pâle. Ceux-ci se partagèrent l'empire, mais Galérius se fit, dans ce partage , la part du lion , car, en abandonnant à Constance les Iles Britanniques et la Gaule, il gardait l'Italie, l’Afrique et la meilleure partie de l'Orient. Comme ses prédécesseurs, il abhorrait les chrétiens et s'était toujours montré leur persécuteur violent et implacable : or, par une sorte d'expiation providentielle , c’est lui qui leur donna la paix. Forcé par le progrès de l’idée évangélique, de descendre jusqu'à cette plèbe infime, qualifiée naguère le rebut de l’espèce humaine, l’autocrate du Palatin signa, l’an 311 , et fit signer au César des Gaules un édit conçu en ces termes :

« L’empereur César Galérius Valérius Maximinianus, Auguste, souverain pontife, l’invincible, le Germanique, le Sarmatique, ['Égyptien, le Thébain, le Persique, le Carpiquc, le Médique, qui a été vingt fois tribun, huit fois consul, père de la patrie j et l’empereur César Valérius Flavius Constantinus, Auguste, pieux, heureux, invincible, grand pontife, empereur et tribun pour la cinquième fois, consul, père de la patrie ; aux habitants de leurs provinces, salut :

Édit dk Galkrius , qui ldi pkshet de voir le jour. — a T outes les fois que nous prenons une mesure dans l’intérêt de la République , elle a pour but de rappeler les hommes au respect des mœurs et des institutions de nos aïeux. Fidèles à ce principe, nous avons fait tous nos efforts pour inspirer des idées plus saines aux chrétiens et les ramener aux autels de leurs pères. Us étaient pris en effet d'un tel vertige de folie et d’orgueil, qu'on les voyait non-seulement déserter le culte des dieux de la patrie, mais que chacun d’eux, selon son caprice, inventait un nouveau mode d’honorer la Divinité et prétendait former une secte. Voulant rétablir la paix qu’ils ne cessaient de troubler par leurs disputes, nous rendîmes un édit pour qu'ils eussent à retourner au culte des ancêtres. Il y en eut alors un grand nombre qui souffrirent avec opiniâtreté des tourments cruels et la mort, et qui ne fléchirent pas, comme nous l'espérions, devant la crainte.

a Considérant donc aujourd'hui que la plupart de ces insensés, persistant dans leur égarement , refusent aux dieux immortels l’encens qui leur est dii et ne peu-

LES CATACOMBES

vent célébrer les cérémonies du culte chrétien, pour leur montrer notre humanité et les admettre aux bienfaits d'une clémence qui brille sur tous, nous avons résolu de donner dans cette circonstance une nouvelle preuve de douceur et de philanthropie'. Nous permettons en conséquence aux chrétiens de se réunir librement dans les lieux où ils avaient coutume , avant nos édits, de tenir leurs conventicutcs ; et nous défendons qu’on les force à t’ avenir de faire ce qui est contraire à leur discipline. De leur côté, ils reconnaîtront cette faveur en adressant des prières à leur Dieu pour notre salut et celui de la llépubliquc, et pour que l'ordre n'étant plus troublé dans l’empire ils puissent vivre en paix dans leurs maisons*.

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