CHAPITRE XVII
CONSTANTIN
Effets de l'cdit des Césars. — Joie des proscrits. — République chrétienne. — Les deux sociétés eu présence. — Le César païen et le César chrétien. — Bataille des Roches rouges. — Arc de triomphe. — L’Empereur ne vent pas sacrifier à Jupiter. — Le Labarum et la Victoire. — Oracle sibyllin. — Fureur de Rome. — Constantin iji-ittc l'Occident.
Ewb de l'Iidit des Césars. — Après ccttc palinodie des empereurs, les chrétiens ne se cachèrent plus. Ils sortirent des catacombes, en dégagèrent les issues secrètes et montrèrent avec orgueil cet obscur berceau de l'Église baigné pendant trois siècles de larmes et de sang. Home païenne alors resta frappée de stupeur en voyant , tout à coup cette autre Rome dont les régions souterraines s'étendaient sous toutes ses voies , minaient tous ses faubourgs , et l'enveloppaient de leurs réseaux ténébreux. Tremblante pour les dieux de ses pères, elle se serra avec plus de zèle et d'amour autour de leurs autels.
Les chrétiens , de leur côté , profitèrent de ce premier rayon de liberté religieuse pour sc reconnaître et s'organiser publiquement à la face de Jupiler. lis avaient fait de grandes pertes. Des trente chefs qui s’étaient mis successivement à leur tète après la mort de saint Pierre , et qui partageaient la paix des martyrs au fond di s catacombes, dix-neuf dormaient dans des linges sanglants '. La première pensée des chrétiens fut pour ces généreux athlètes, auxquels ils devaient leur triomphe ; ensuite ils laissèrent éclater toute leur joie. Jamais pareil bonheur n'avait brillé
I. Linos. Clctus. F.ramle, Aleuodre. Sixte i«f, T rirspAo. r, 1.I..GS , Pim, Anima*. Vicier. Caljxtt. qui répara et urna. sot» lleliogibale et Alexandre Sévère, les caiacombcs connues sous son nom. - Pontljuos, le |»arrai«i de celles du J tonie Vente; Fabtonus, qu'une colombe avait désigné aux suffrages de ses frères en venant se poser sur sa télé; — Cornélius; Lucius. son ami, Sixte II, le maître cliérl de uiut Laurent; — Félix, qui avait prépare sa fosse dans les catacombes de Sau-Pancrazio ; — Eulitli:anu$, qui avait enseveli à lui seul trois cent quarante-deux martyrs; — Narrdlus. étouffe par l'ordre de Calcnus, sous 1rs immondices du palais wipciial.
CONSTANTIN
sur leurs visages. Aux rayons de ce soleil de paix qui venait de dissiper tout à coup l'affreuse nuit dans laquelle elle était plongée, l'Église du Christ apparut illuminée et souriante comme la colline Hortulane dans les blancheurs de l'aube. Les voies, les rues et les places étaient couvertes d'une foule innombrable, que l'allégresse enivrait. Partout on entendait chanter avec transport ces hymnes et ces psaumes si longtemps murmurés à voix basse dans la terreur des souterrains.
Joie ses Pboscbits. — Réfcbuqoi curétienxe. — A chaque pas on rencontrait des groupes de proscrits, les uns sortant des mines, les autres arrivant de l'exil. Lajoie du retour avait effacé toutes leurs peines. Heureux et fiers du passé, confiants sans réserve dans l’avenir, ils reprenaient possession de leurs demeures avec un front si rayonnant, que les païens eux-mfimes, qui naguère avaient demandé leur mort, étaient les premiers à les féliciter de leur courage. Justement rigoureuse, la voix du peuple séparait alors l'ivraie du bon grain. Les confesseurs, dont le cœur n’avait pas fléchi devant les bourreaux, et qui revenaient mutilés ou meurtris par les chaînes, étaient reçus avec enthousiasme, pressés dans les bras de tous et reconnus unanimement pour chefs. C’est à leurs pieds que venaient se jeter, en versant des torrents de larmes, ceux dont la foi avait fait naufrage, et que les frères ne reconnaissaient plus.
Mais il est rare que les succès inespérés n’entralnent pas hors des limites de la modération ceux qui les obtiennent. Dans la première effervescence du triomphe, les chrétiens, qui osaient à peine se regarder la veille, étaient continuellement réunis en public après l’édit, et déjà ils ne songeaient, par cet esprit de réaction et de vengeance qui révèle une des faiblesses de l’humanité, qu’il rebâtir sous les yeux des païens des églises plus belles et plus hautes que celles qu’on avait rasées Il eût paru naturel qu'une sorte de reconnaissance accueillit les bienfaits de Galerius : ce fut le contraire qui arriva. Un an avant sa mort , l’empereur signa un nouvel édit de paix, dans lequel il confirmait le premier et ajoutait les dispositions les plus favorables aux chrétiens : tous les biens confisqués par les proconsuls , réunis au domaine impérial ou donnés à leurs créatures par les empereurs précédents, devaient être restitués. Cet édit qui accordait une liberté de conscience absolue, n'excita qu’un frémissement de colère. Un si large fleuve de sang avait coulé entre le christianisme et le paganisme , que les hommes des deux croyances étaient séparés à jamais. La vieille question du riche et du pauvre, du maître et de l’esclave, cachée dans l'enseignement chrétien, contribuait encore à la rendre irréconciliable. Nous avons vu de quels éléments se forma le christianisme. La prédication primitive n'avait germé que dans les derniers rangs du peuple. A l’exception de quelques patriciennes , qui prouvèrent par leur héroïsme avec quelle promptitude le cœur de la femme s'ouvre aux grands sentiments et bat sous l'aile des idées généreuses, l’Église du Christ , comme le rappelle avec orgueil
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