‹ Rome ancienne et moderneChapitre 216 sur 428 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

saint Jérôme, ne s'élait recrutée que dans lu vile multitude (ti/i plebiculâ).

Par sa doctrine de liberté, d'égalité et de réhabilitation, l’évangile groupait autour du plus infâme instrument des supplices, devenu l’arbre triomphal de la nouvelle religion, ces millions d’esclaves et de frumentaires que l’aristocratie tenait à si grande distance dans la misère et l'oppression. Après les palinodies impériales et lorsqu’ils regardèrent autour d’eux pour se compter, les réfugiés de Rome souterraine se trouvèrent au bas de l’échelle sociale, et ils y restèrent. Pendant la lutte ils avaient été forcés de se rallier étroitement pour s'entendre, se prêter secours, et résister avec ensemble. Or, cette organisation fraternelle et vivement hostile à la religion , aux lois et aux moeurs de la métropole des faux dieux , ils s’empressèrent de la fortifier quand ils jouirent de la tolérance.

Les heux Sociétés en phésesce. — 11 y eut donc des ce moment à Rome deux peuples, deux gouvernements, deux intérêts opposés en présence. La société antique, composée des nobles, des chevaliers, des magistrats de la classe sacerdotale, des prétoriens, des corporations qui, occupant le haut de l'empire, possédant presque exclusivement la propriété, l’or, le pouvoir, le prestige des souvenirs avec César pour couronne vivante, représentait les douze siècles de jouissances et de triomphes : la société nouvelle recrutée chez les plébéiens, au fond des classes sacrifiées, dans cet immense troupeau d’esclaves qui, sous le fouet du maître, attendant toujours un autre Spartacus, possédant peu, mais formidable par le nombre et la communauté d'idées, et de but, représentait avec son symbole infamant , la croix , douze siècles de pleurs et de supplices. Mortellement ennemies après la trêve accordée par Galerius, elles allaient recommencer ce combat qui durait depuis deux cent soixante ans et qui devait finir par la transformation ou l'extermination et la ruine de Rome ancienne.

Le polythéisme en effet, blanchi de vieillesse, ne pouvait que mourir; ardent et jeune, le christianisme voyait devant lui la conquête du monde. L’un s'attachait avec ténacité à toutes les ruines du passé, il niait le mouvement violent qui faisait tourner le globe romain en sens inverse du midi au nord et persistait à proclamer l’autocratie universelle et unique de Rome lorsque Rome gardait â peine dans ses murs un tiers de l'autorité, un seul pan de la pourpre impériale. L'autre , au contraire, maudissant les temps et les institutions antiques, soutenait que les uns devaient être mis en oubli et les autres changées ; qu’il fullait renouveler la face de la teiru et reformer l'empire à moitié dissous, non plus avec la force et la guerre, mais avec la fraternité et l'amour. Pour appliquer ces idées et remplacer par la civilisation de l'Évangile la civilisation païenne qui se mourait, comme Galerius, rongee d’ulcères, il ne fallait aux chrétiens que le pouvoir. L’ambition d’un César le leur donna.

Coxstxkti» , empereur. — Tous les partis sont doués d’un merveilleux instinct pour deviner et choisir le chef qui doit les faire triompher. Rome avait alors un empereur nommé Maxence qui , se voyant sacrifié comme son père Maximien Hercule à la fortune de Galerius, profita, en 306, de l’éloignement de ce dernier

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CONSTANTIN

pour s’élever au trône des Césars sur les bras des soldats du prétoire. Aussi brave que son père, il battit successivement le neveu de Galcrius et le tyran Alexandre qu s’était emparé de l’Afrique: Rome lui dut les thermes du Palatin, la construction du cirque de la voie Appienne, qu'on a toujours improprement appelé de Cnracalla et que son fils Romulus dédia en 310 le beau temple de Vénus et de Rome, et la basilique élevée en face du versant oriental du Palatin.

Odieux au peuple sur lequel il lançait ses prétoriens au moindre murmure, et abhorré des patriciens dont il déshonorait toutes les femmes, il montrait la plus grande indulgence aux chrétiens, dans l'espoir de se les rendre favorables. Mais, malgré ses avances, ceux-ci, que révoltait son paganisme, se détournaient de lui avec horreur. Tous leurs regards étaient fixés sur son beau-frère. Constantin, fils du César Constantius, l’un des meilleurs lieutenants de Dioclétien, avait été acclamé & la mort de son père par les légions de la Grande-Bretagne et de la Gaule. Continuant habilement la politique de son père qui, par une tolérance très-adroitement ménagée lors de la persécution dioclétienne, s’était acquis la reconnaissance de l’Église, il était devenu en peu de temps l’espoir du christianisme, formidable alors dans l'empire.

Sûr de voir les chrétiens se presser autour de ses aigles, et appelé d’autre part sous main par le sénat , quand eut il dompté les Bretons et refoulé les Franks dans leurs forêts, Constantin tourna sa pensée vers Rome. Mais à ce moment s'éleva pour lui une question très-grave, & la solution de laquelle tenaient non-seulement son triomphe ou sa chute, mais ce qui importait bien plus aux générations futures, le nouveau destin de l’univers. Deux puissants partis se partageaient Rome : oii prendrait-il son point d’appui? — dans celui du passé, ou dans celui de l’avenir?... Si l'on encrait le vieil Eusèbe, la délibération fut longue. Les titres des dieux du Capitole furent l’objet d’un mûr examen, et la préférence de Constantin ne se détermina que par des motifs purement personnels. Car, se disait-il en prenant ce parti , mon père, qui adora un seul Dieu, jouit d'un bonheur constant jusqu’à la fin de sa vie, tandis que les empereurs qui en reconnaissaient plusieurs, après avoir éprouvé de grandes infortunes, sont morts misérablement. Constantin en conclut que pour vivre heureux comme son père il fallait imiter, s'attacher au culte d'un seul Dieu , et aller combattre Maxence sous les auspices de celui des chrétiens 1 ; mais rien ne transpira de cette grande résolution.

Bataille di Coxstahtih corrms Maxexce. — Trop habile pour s'aliéner le paganisme la veille du combat, Constantin cacha ses desseins avec soin en marchant contre Maxence : chrétien au fond du coeur , il était pour les chrétiens un ami et un futur

*. Dans les fouille de IS2\ on trouva l'inscription dédicaloire au nom de Roailoi, Sla Se Maience : elle est maintenant encastrée «ou rare de la porte principale et confirme le passage Se l’anonyme édité par Eckard. — En 182A, dan, un bloc détache dn temple de Home, on trouva une médaille d'argent qui présentait de tare ta tète ornée de laurier, do Mateulies, avec ce, mou eu légende : Masculin, P. F. Augovt-, el au revers le temple de Home ; et cette Inscription : Cornerr- l'rtii, sue.

X Eu-ébe Pamphile, évéqae de Césiféc, le 4e Ceaefearia , Itv. t.

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