CHAPITRE XVIII
depuis trois ans, dut leur inspirer un sentiment d'horreur qui ne tarda pas h se changer en mépris quand elles reconnurent son incapacité, et en rébellion quand elles virent qu’au lieu de marcher aux Barbares et de défendre vaillamment les frontières de l'empire, il donnait tout son temps aux chasses et aux festins. Entendant leurs murmures, les chefs conspirèrent, et le 18 janvier 350, à un repas que donnait Marcellinus , comte des largesses sacrées . pour célébrer l’anniversaire de la naissance de son fils , Magnentius parut tout à coup dans la salle avec le diadème impérial.
Magnentius, chef des Joviens et des Herculiens, deux légions d’élite formées par Dioclétien et Maximien Hercule, naquit dans ces camps d'au delà du Rhin placés au milieu des Barbares. D’abord soldai, il avait passé par tous les grades de la milice , et s'était élevé par son mérite aux plus hautes dignités militaires. C’était un chef ferme et vaillant, aussi énergique avec ses propres troupes que devant les Barbares, et qui, dans ces temps d'anarchie et de dissolution sociale, ne craignait pas , au péril de sa vie , de faire sentir à ces farouches légions le frein de la discipline militaire. Opposer un tel homme à cette effigie d'empereur nourri par des eunuques et énervé avant le temps sous le doux ciel de Constantinople , c'était être sûr du succès. En voyant revêtu de la pourpre le seul de leurs chefs qui fût digne de la porter, les légions applaudirent. Constans, abandonné de tous, voulut fuir en Espagne , et fut tué nu pied des Pyrénées , comme il avait tué son frère au pied des Alpes. L’Afrique, la Sicile, l’Italie et Home proclamèrent le César que la Gaule avait proclamé , et presque au même instant .Magnentius se trouva maître de l'Occident. Il choisit aussitôt pour préfet de la ville éternelle un patricien nommé Titianus , aussi remarquable par sa capacité que par son courage.
Le seveu de CoaSTABTia it Macsentics. — A peine ce nouveau préfet avait-il pris la trabée, que voici la guerre civile qui éclate aux portes de Rome. Un des neveux de Constantin appelé Mépolianus, échappé au fer des légions, en apprenant la révolution des Gaules , crut que le moment était favorable pour réclamer l'héritage de son oncle. Il rainasse à la hâte tous les bandits , les gladiateurs , les insolvables que les édits des préfets avaient chassés de Rome, et, portant la pourpre et la couronne d'or, il se présente audacieusement, le 3 juin 350, sous les murs de la ville , à la tête de ces brigands demandant qu’on lui ouvrit les portes et qu'on le reconnût pour l’héritier de Constantin. Les citoyens coururent lui porter eux-mêmes la réponse du Sénat et du peuple. Mais dédaignant de pareils ennemis, ils étaient sortis en tumulte et mal armés : les bandits de Népotianus , qui se battaient avec le courage d'hommes qni n’ont à perdre et qui peuvent gagner un magnifique butin, refoulèrent au premier choc les défenseurs delà cité. Ceux-ci étaient conduits par un préfet du prétoire nommé Anicetus, homme indigne de su charge , qui, perdant la tête à la vue de ce désordre, rentra dans la ville avec les premiers qui avaient fui , et en lit précipitamment fermer les portes. Ainsi abandonnée au fer ennemi, l'armée civique fut écrasée : impitoyables comme à l'amphithéâtre,
PRÉFETS DE LA VILLE
les gladiateurs égorgèrent tout. I.a trahison leur ayant ouvert le lendemain ces portes que la peur avait fermées trop vile , ils portèrent leur chef au palais des Césars et réalisèrent ensuile le rêve de Catilina. Pendant vingt-huit jours , les rues , les maisons , les placrs, les temples, furent inondés de sang. Tandis que ses sicaires égorgeaient et pillaient, Népotianus prenait le nom de Constantin II et croyait déjà , dans les rêves de son orgueil . à la durée de ce pouvoir surpris.
A la nouvelle de ces événements, un vaillant lieutenant de Magnentius avait fran chi les Alpes. Quand il parut aux portes de Rome, l'empereur des gladiateurs en sortit pour l’attaquer. Mais cette fois il n'avait pas affaire & des soldats urbains et au faible Anicétus . l'impétuosité présomptueuse des bandes de l'aventurier enorgueillies de leur victoire^, se brisa sans les ébranler sur les piques des légions. Le lieutenant de Magnentius vengea cruellement les morts, et entra le soir même il Rome au milieu de ses vétérans qui portaient au bout d'une pique la tête de Constantin II.
Macxsstii s. — Peu de jours après Magnentius arriva. Malgré son énergie, il ne put d'abord retenir ses cohortes, composées en grande partie de Gaulois et de Germains qui abhorraient le nom de Rome. Pour détourner le coup qui le menaçait le sénat s’empressa de s'agenouiller aux pieds de Magnentius, s’appelant le libérateur de Rome, le restaurateur de la liberté , le conservateur de la République. L'habile soldat de fortune, qui avait & sauver l’Occident de la guerre civile et de la guerre étrangère, profita de cet enthousiasme pour obliger les patriciens et les chevaliers à verser au trésor public la moitié de la valeur de leurs propriétés. Ce décret lui aliéna tous les riches. Tant qu’il n’avait frappé que les personnes, le patriotisme patricien ne s'était pas ému ; mais quand il toucha, dans l'intérêt du salut commun, aux fortunes, tout ce qui possédait lui devint hostile. Aussi, deux ans plus tard, en apprenant que ce chef héroïque, luttant sur les bords de la Ilrave avec trente-six mille Gaulois et Germains avait été accablé par le nombre, les mécontents firent soulever Rome où il ne restait pas un soldat , et le sénat proclama mattre de l'empire le dernier fils de Constantin , adolescent, faible et chétif, qui , lors du combat de la Iïrave, s'était tenu blotti toute la nuit, tremblant de peur, dans une église avec son évêque arien. Constantius le remercia par deux décrets où reparaissaient la duplicité et le double jeu politique de son père : dans le premier, il prescrivait sous des peines sévères le respect des tombeaux qui, depuis seize ans, étaient l’objet de dégradations incessantes de la part des chrétiens surtout. Pour empêcher cette impiété et mettre fin aux violations nocturnes, Constantius replaçait les tombeaux sous la garde des pontifes païens et les recommandait à leur vigilance. Dans le second édit, en revanche, il ordonnait de transporter hors de la curie où se réunissait le Sénat cet autel de la Victoire qu'Auguste y avait élevé et qui était regardé comme le palladium de Rome païenne.
Rigukvr dss Préfets. — Si le peuple ne se révolta pas, c’est que le préfet, Céréa-