‹ Rome ancienne et moderneChapitre 225 sur 428 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

le temple de Jupiter Tnrpéien, les aqueducs, les thermes, les amphithéâtres furent les première objets de son admiration. Ensuite on lui montra le Panthéon , le Théâtre de Pompée, celui de la Paix , et enlin le Forum de Trajan, une des merveilles du monde. Là, en avouant qu'il était impossible de rien imaginer de plus beau , il dit au persan llormisdas qui l’accompagnait qu’il avait envie de faire exécuter une statue équestre pareille à celle de Trajan. « Tu le pourrais sans doute, lui répondit le philosophe, mais il faudrait auparavant lui bâtir une écurie aussi belle, s

Constantius resta un mois à Rome. Tous les jours, conduit par le Sénat qui marchait devant lui la joie au front , car on le voyait subjugué , il parcourait les rues, visitait les temples, lisait les inscriptions gravées en l’honneur des dieux, se faisait raconter l'histoire de ces monuments, et donnait des louanges aux fondateurs. Rome paienne triomphait : il célébra des jeux, assista et applaudit aux courses du Cirque, maintint les Vestales, conféra le sacerdoce à plusieurs patriciens , conserva intact le fonds destiné aux sacrifices, et pour ajouter quelque chose aux magnificences de la ville , il résolut de faire dresser un obélisque dans le grand Cirque. Apporté d’Égypte, dans un navire que manoeuvraient trois cents rameurs, ce monolythe remonta le Tibre jusqu'au neuvième milliaire : là on le mit sur des rouleaux, et il fut traîné lentement par la porte d'Ostie jusqu'au Cirque Maxime, où des milliers d’hommes parvinrent , à force de bras , à l’enlever au milieu d'une forêt de mâts et à le dresser sur l'épine monumentale.

Réaction païknnb. — Les païens triomphaient, et les chrétiens frémissaient de colère de voir le fils de Constantin , oubliant la croix, donner la main à l'idolâtrie et rallumer le feu de ses autels : ils se tinrent donc à l'écart, maudissant l'hérétique, et laissèrent faire les femmes. Parées comme aux jours solennels, cellesci coururent au palais redemander leur évêque banni. Devenu clément , sans reconnaître qu’il avait été injuste, l’empereur consentit au retour de Libérius pourvu qu’il approuvât l’arianisme , condition que l'exilé se hâta d'accepter, à la grande surprise des orthodoxes.

La conduite de Constantius avait prouvé une fois de plus combien il est difficile d'échapper à l'influence des hautes classes quand on n’a pas un génie supérieur : entraîné par le courant de l'opinion, sauf le rétablissement de l’autel de la Victoire , il avait tout accordé au paganisme : il en résulta que la vieille religion du Capitole se retrempa dans cette adhésion inattendue. En 359, le préfet Orfitus, qui voulut bien accepter le pouvoir urbain une seconde fois, à la prière du Sénat et du peuple, dédia un autel à Apollon.

Julien empereur. — L’année suivante apporta un autre bonheur au parti païen. Toujours prêles à se lever contre l’autocrate de Constantinople , qu'elles ne connaissaient que de nom, les légions de la Gaule venaient de choisir un autre empereur. Elles avaient proclamé Julien dans le palais de Lutèce. Julien était un débris de cette famille imperiule égorgée par l'armée. Échappé par miracle avec son

PREFETS DE LA VILLE

frère Gallus, il avait eu jusqu’alors & défendre tous les jours sa vie conlre les inquiétudes et les soupçons de Constantius. Son frère venait d'étre assassiné par les ordres de ce tyran à qui l’avenir faisait peur, et lui-ntèine aurait péri depuis longtemps, si une main invisible n’avait sans cesse écarté le poignard de son sein. L'impératrice Eusébia, le couvrant de cette vigilance si active et si tendre dans la femme qui aime, lutta avec une persévérance infatigable contre les marnais desseins de l’eunuque Ensèbe qui gouvernait le faible empereur et le poussait au crime. Après le meurtre de Gallus, elle l'eloigna du danger par un exil en Grèce, pays qu’il chérissait; et quand elle fut parvenue à désarmer un moment la haine de son époux, elle en profita pour obtenir qu’il fût créé César, et envoyé dans les Gaules.

Une influence d'un grand poids dans les conseils de l’empereur avait secondé en celte circonstance les efforts d'Eusébia et décidé peut-être le succès dont ils furent couronnés. Le parti païen tout entier, c'est-ù-dirc l’élite et la majorité de la société romaine, fondait en effet les plus hautes espérances sur Julien , et s’occupait sans relèche de le porter au pouvoir. Guidé par un rhéteur, ce jeune homme avait reçu à l’école philosophique d'Ecébole , de Nicoclès , et de Libanius, l'éducation la plus propre à le rendre un instrument aveugle de la réaction que méditait le paganisme. On l'avait imbu avec soin de toutes les idées des sophistes, qu'il adopta sincèrement dans l’enthousiasme irréfléchi de la jeunesse. A ces premières semences les païens mêlèrent habilement les ferments de la vengeance et de l'ambition ; et enfin , lorsqu’ils furent certains de manier selon leurs vues cette âme façonnée de leurs mains, ils lui laissèrent entrevoir leurs projets. Julien , s’y étant associé comme le voulaient ses maîtres, avec le dévouement d'un disciple et la ferveur des convictions qu’ils lui avaient inspirées, devint César, et, sous ces auspices, partit pour la Gaule , où son entrée fut saluée par ces paroles prophétiques d'une vieille aveugle de Vienne : a Celui qui passe ici relèvera nos temples, a

Rome paienno accueillit donc avec enthousiasme la nouvelle de sa proclamation; elle battit des mains à la lecture de la lettre qu’il avait écrite au Sénat, et reçut son préfet comme elle l'aurait reçu lui-même. Le César philosophe , la remercia de la sympathie qu’elle lui montrait en achetant de ses deniers assez de blé pour que la famine ne reparût pas de longtemps dans ses inurs. Aussi quand il voulut partir pour sa fatale expédition de Perse , Rome reconnaissante le conjura d'y renoncer. La sibylle, lui écrivit-elle, te menace d’un grand péril, si tu sors avant une année de Constantinople. Bien qu'il professât le respect le plus sincère pour les dieux et leurs ministres, Julien n'écouta pas celle fois la sibylle, et mal lui en prit, car, le 26 juin 363, il fut tué par une flèche qui n'était pas partie, dit-on , des rangs ennemis. On apprit presque en même temps â Rome sa mort et celle de Jovien son successeur, et que le fils d'un confier de Belgrade, Valentinien le Blond , avait été proclamé Auguste.

Émeutes. — Les chrétiens de Rome recevaient de temps en temps le conlre-

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