CHAPITRE XVIII
coup de ces schismes affligeants , de ces divisions déplorables qui avaient allumé pour des mois, en Orient surtout, une guerre furieuse dans l'Église du dieu de paix. En 308, l'Espagnol Damas et le diacre Ursicinus, élevés tous deux & la fuis par les suffrages du peuple sur la chaire de saint Pierre, se la disputèrent les armes à la main. Le combat fut sanglant : dans la seule basilique de Sicininus, on ramassa cent trente-sept cadavres. Désespérant de rélablir la paix , le préfet Juvenlius , qui possédait toutes les qualités du bon magistrat et qui avait tout fait pour prévenir les troubles, abandonna Home et remit l’autorité dans les mains plus vigoureuses de Prétcxtnlus. Celui-ci , dont Ammieu Marcellin a dit que par un rare privilège il se faisait craindro sans se faire haïr, chassa Ursicinus de la ville, et sut inspirer une telle crainte aux deux partis, qu’i's ne remuèrent plus. Il avait eu le bonheur de calmer la sédition, un lieutenant de Valentinien fut chargé de la punir. Malheureusement Valentinien ignorant comme tout homme élevé alors sous la tente, croyait sérieusement à la magie et aux malélices. Il nomma Maximinus, un Barbare comme lui d'origine et de nature, vicaire du préfet, et lui donna pour mission de poursuivre à outrance ceux qui s'adonnaient aux enchantements.
Macicuss et kmvoisosneubs. — Maximinus s'adjoignit un ancien gladiateur hongrois appelé Léon, et les bourreaux manquèrent bientôt à la tâche. Après avoir frappé les chrétiens sans pitié et versé des torrents de sang, ces deux Barbares se précipitèrent à leur tour sur les païens comme deux tigres échappés des souterrains du Cirque. L’avocat Marinus eut la tête tranchée parce qu’il avait , disait-on , invoqué l’art magique pour se faire aimer de la belle Hispanilla; le sénateur Céthégus eut le même sort , parce qu’il était accusé d'adultère. Une légère faute fit bannir l'adolescent Olypius; Aymétius fut condamné à une amende qui lui emporta tous scs biens; Amantius, son ami, moins heureux, perdit la tête; Lolliauus, fils de l’ancien prefet Lampridius, envoyé en exil, en appela à l’empereur, qui l'envoya au supplice. Deux sénateurs, convaincus d’avoir composé des philtres, furent exécutés malgré les réclamations du Sénat; et ce peuple, nourri dans le respect des grands, vit avec stupeur deux illustres patriciennes, Flaviana et Clarile traînées au bûcher sans pouvoir même obtenir, malgré leurs cris et leurs prières, un voile pour couvrir leur nudité : barbarie que le bourreau expia quelques jours après dans les flammes. Le fer qui fauchait les têtes les plus liantes tombait avec plus de furie encore sur les plébéiens, et n’épargnait pas même les délateurs. Quand ces misérables tenaient leur salaire, comme on leur avait promis de les garder du fer et du feu , on les tuait à coups de fouets plombés : les chevalets de la torture étouffaient les plaiutcs, le fer toujours levé du bourreau glaçait les cœurs, et cette Rome, jadis si impétueuse et si Gère, courbait la tête et tremblait devant un bout de corde lloltant au balcon du prétoire '.
L’année suivante heureusement, la douceur d’Olybrius fit oublier cette tempête, bous Principius, en 370, et surtout sous Ampélius d’Antioche, en 372, l'autorité