‹ Rome ancienne et moderneChapitre 228 sur 428 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

L'Empereur Théodore. — Mais Théodosc était chrétien : la seule réponse qu'il fit A Symmaquc fut l’ordre donné à son successeur d'agrandir et d’orner la basilique de Saint-Paul. Symmaquc ne se rebuta pas; quatre ans après il allait, au nom du Sénat, porter la même demande à Milan, où Théodose avait fixé sa résidence. Irrité de sa véhémence et de son opiniâtreté , Théodose lui donna des fers, et, déterminé à mettre dans la balance sa couronne impériale & la face de Rome pour la faire enfin pencher du côté du christianisme, il prit le chemin de la ville de Jupiter avec Valentinien II et Honorius. Le 13 juin 389 fut le jour de son entrée et de son triomphe ; il alla d'abord au Sénat présenter aux clarissimes Honorius, son fils, qui n’avait que cinq ans; de lit, il passa au Forum, où , du haut des rostres, il jeta de l'argent au peuple. Les jours suivants, il entendit dans la curie le panégyrique de Pacatus l'Agcnais, qui fit de ses exploits et de sa victoire contre l’assassin du fils de Valentinien I" un tableau étincelant de mouvement et de couleur. Puis, après avoir vu Rome sans autre escorte que le peuple, il réforma par des décrets divers abus, et entre autres un que le hasard lui signala.

Depuis longtemps les usuriers, qui usurpent tout, s’étaient emparés des pistrines publiques; obtenant des criminels pour en tourner les meules, ils faisaient des gains énormes. Mais il arrivait souvent que ces misérables, épuisés par un travail forcé, la mauvaise nourriture et le manque d'air, périssant trop vite au fond des souterrains, des milliers de chaînes étaient vacantes. Pour suppléer alors aux criminels qui manquaient, et aux esclaves qui coûtaient trop cher, les usuriers s'avisèrent du moyen suivant : ils ouvrirent à côté des pistrines des tavernes vinaires; là ces louves, que par respect pour la débauche l’œil des préfets faisait semblant de ne pas voir lorsqu'elles erraient la nuit dans l'ombre des amphithéâtres, attiraient souvent des passants vicieux ou avinés. Mais & peine avaient-ils posé le pied dans ces bouges, que des trappes s’ouvrant tout à coup les précipitaient dans les souterrains. Surpris sans défense et mis à la chaîne, ils étaient condamnés à tourner la meule dans ces ténèbres , sans espoir de revoir le jour. Le hasard fil découvrir cette abominable exploitation. Un des soldats de Théodose, pris au même piège, tombe dans les caveaux, et s’y voyant entouré de spectres accourus pour le garrotter, se jette sur eux le poignard à la main; il en tue plusieurs, et force les autres, au milieu des cris de joie des victimes, de le laisser sortir. L'empereur, instruit aussitôt, punit sévèrement les auteurs de ces barbaries, et en prévint le retour par les prescriptions les plus rigoureuses.

Il propos* au sénat d’abandonner les dieux de Roxe. — Après ces réformes , il en vint à l’objet principal de son voyage. Le Sénat fut réuni , et l’empereur lui proposa d’abandonner le paganisme. A cette déclaration , prévue cependant , un long murmure s’éleva dans la Curie : le préfet , Aurélies Victor, recueillit ensuite les voix, qui toutes furent négatives, et résuma en ces termes l'opinion du sénat :

a Le culte que tu veux proscrire est aussi ancien que Rome : notre ville subsiste avec gloire, depuis plus de 1300 ans , sous la protection de nos dieux ; il y aurait

PRÉFETS DE LA VILLE

donc (le l’imprudence à les abandonner pour adopter une religion nouvelle, dont les effets seraient peut-être moins heureux. »

Théodose n'insista pas; mais en partant il lança la flèche du Parthe au paganisme dans un édit qui désormais défendait au Trésor de faire les frais des sacrifices. Redoublant alors de zèle pour sauver leurs dieux, les païens ne s’en montrèrent que plus ardents et plus fidèles. Deux ans plus tard, le préfet Olypius livrait un mnrtyr aux gladiateurs , et , en 392, Rutilius Lacliauius, père du poêle, ranimait la ferveur du vieux culte et inondait de sang ses autels. Irrité de ces manifestations qui ressemblaient à un défi , Théodose , en 39i, envoya Stilicon. le meilleur de ses généraux, annoncer à Rome qu'il venait d'associer son fils Honorius à l'empire. Celui ci , pour plaire aux chrétiens et assouvir sa cupidité, eulevn les lames d’or qui décoraient les portes du temple de Jupiter Capitolin. Aussi avide que son époux , Séréna, femme de Stilicon et nièce de l’empereur, s'empara d'un collier magnifique dont la statue de Rhéa était ornée, et fit chasser du temple une vieille vestale qui lui reprochait son impiété. Ces profanations consternèrent les païens, et le préfet Caïus Patruinus, pour détourner la colère des dieux, éleva, en 397, un autel à Jupiter Stator. Le peuple, ainsi bravé, murmurait depuis longtemps, lorsque la faim appela la révolte. L'empire commençait sa triste agonie. Théodose était mort laissant le monde romain à deux enfants.

Arcadius , avec un tuteur, devait gouverner l’Oiient ; Honorius , pupille de Stilicon, l'Occident. Lecomte d’Afrique, Gildo, méprisant tuteurs et pupilles, résolut de se rendre indépendant , et commença par retenir la flotte qui nourrissait Rome. Une insurrection était imminente, si Stilicon ne l’eût prévenue en flattant la vanité romaine. Honorius écrivit sous sa dictée une lettre au Sénat pour lui expliquer les faits et lui demander conseil. Fier d’un honneur qu’il ne recevait plus, le Sénat prit la ruse au sérieux , déclara Gildo banni de la république , et décida qu’il serait poursuivi à main armée. II restait à écarter la famine de Rome. Le sénat vota des prières publiques. Par bonheur, la ville avait un bon préfet , et tandis que les pères conscripts s’en rapportaient aux dieux, Florentinus ne s’en rapportait qu’à luimème, et diminuait autant que possible les rigueurs du fléau.

Jubenlius, le meilleur, à ce qu’il parait , de ceux qui le suivirent , éleva , en 399, un monument pour apprendre à la postérité que son invincible empereur Honorius avait vaincu le rebelle Gildo par l’épée de ses lieutenants, et deux ans après Honorius fil ériger à son tour, dans le forum de Trajan , une statue dorée en l’honneur du préfet Peregrinus Saturninus , qui depuis sa première jeunesse avait dignement servi la république dans la paix et dans la guerre, comme tribun militaire , comme comte de premier ordre, et comme juge des choses sacrées. Cette manie monumentale était un des symptômes de la mort prochaine de l’empire. On n’avait jamais plus tourmenté le marbre et l’airain que dans ce siècle de faiblesse et de décadence. Au lieu de faire des choses grandes , les hommes d’alors dédiaient des autels votifs ou coulaient des statues. On eût dit qu’ils voulaient cacher derrière les monuments

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