‹ Rome ancienne et moderneChapitre 23 sur 428 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

à ses tentes quelques bandes de montagnards : ils lui avaient peint les habitants de cette petite ville, naguère pillée par les Gaulois, comme des Barbares étrangers à la discipline et è la tactique militaire, et dès la première bataille, qu'il perdait sans ses éléphants, la moitié de ses Épirotes étaient tombés au pied du mur de fer des légions.

Epouvanté de sa victoire, Pyrrhus envoya Cynéas, son ministre et son ami, chercher à Itome un prétexte honorable de regagner l'Épire. En arrivant dans ces pamres murs avec une escorte éblouissante de tout le luxe qu’affectaient alors les vainqueurs de l'Asie, et en passant devant ces maisons de terre battue ou de pierres grossièrement jointes auxquelles un trou carré au-dessus de la porte servait de fenêtre, l’ambassadeur crut sa mission remplie. Il se trompait étrangement. Rome n’était pas là : elle l’attendait au sénat. Quand il y fut introduit, la dignité calme de ces patriciens, qui ressemblaient à des rois sur leurs trônes, frappa Cynéas d'admiration et de respect; et lui, si dédaigneux quelques instants auparavant à la vue de ces chétives demeures, eut à peine assez de présence d’esprit pour répéter devant les chefs des hommes qui les habitaient, les propositions de son maître. Pyrrhus offrait sou alliance et la rançon de ses prisonniers, pourvu qu'on respectât le territoire des colonies Ioniennes et qu'on replaçât les peuplades du Soracte et du Cimino dans l’état où elles se trouvaient avant la guerre.

Un murmure favorable ayant suivi son discours, Cynéas croyait le traité conclu lorsque le consul se mit à recueillir les opinions en commençant, selon l’usage, par les anciens du Sénat : alors une voix faible et creuse, qu’on entendait à peine malgré le grand silence qui s’était fait aussitôt , articula lentement ces paroles :

a Que Pyrrhus sorte d’abord d'Italie, ensuite on parlera de paix, a

C’était l'aveugle Appius , dont les années étaient aussi nombreuses que les clous sacrés sur les poteaux du Capitole , qui rappelait aux hommes des générations nouvelles la vieille maxime des aïeux : Ne jamais traiter avec l'ennemi qu’il n’eùt évacué le territoire envahi. Une acclamation unanime accueillit l'avis de l'aveugle, et Cynéas reçut ordre de quitter Rome le jour même. Il était venu les mains pleines de présents pour les sénateurs et pour leurs femmes : on repoussa ses présents comme on avait repoussé ses offres. Ainsi ferme et incorruptible, Rome ne pouvait être vaincue. Après six ans d’une lutte si acharnée qu'on avait armé jusqu'aux prolétaires, ilotes exclus depuis trois siècles de l'honneur de porter les armes, Pyrrhus se rembarqua laissant vingt-trois mille cadavres sur le champ de bataille de Dénévent, et Curius üentatus revint triompher au Capitole.

TaioarHK de Clans Dbxtatus. — Ce fut un doux et beau spectacle pour le peuple de Rome. Toutes les rues et le3 places que devait traverser le cortège étaient jonchées de fleurs : des chœurs d'adolescents chantant des hymnes guerriers, et des musiciens, qui remplissaient la ville du bruit de leurs instruments, ouvraient lu marche. Les bœufs du sacrifice , aux cornes dorées, aux tètes ornées de guirlandes, s'avançaient ensuite à pas lents, suivis par les Epirotes, les Thessaliens et les (ils

CONSULS PATRICIENS, TRIBUNS DU PEUPLE

des anciens soldats d’Alexandre chargés de chaînes. Après les captifs se déroulait une longue file de chars sur lesquels étaient entassées leurs armes et leurs dépouilles ; et pour leur faire vider jusqu'à la lie la coupe de la honte , des pantomimes masqués en faunes et en satyres insultaient à leur malheur par des gestes indécents et de brutales railleries.

Souriant à cet éternel malheur aux vaincus contre lequel ses aïeux avaient si douloureusement et si vainement protesté à la mime place , apparaissait bientôt dans un nuage d’encens Curius Dentatus. Debout sur un char traîné par quatre chevaux , il portait la robe de pourpre brodée d'or et la couronne de laurier , et avait les joues fardées de vermillon comme les statues des dieux ; quelques éléphants, les premiers qu'on eût vus à Rome, marchaient derrière le char, et les légions victorieuses, chantant des hymnes et poussant de temps en temps les cris de : Triomphe ! triomphe ! que le peuple répétait avec enthousiasme, formaient le reste du cortège. On monta, dans cet ordre, par la voie triomphale jusqu’au temple de Jupiter Capitolin, laissant en passant aux licteurs du Forum quelques captifs qui devaient être immolés avant les bœufs du sacrifice, et quand le sang humain eut rougi la terre et que les victimes aux cornes dorées furent abattues aux pieds du triomphateur, Dentatus alla s'asseoir & ce festin offert par la patrie , d’où l'on ne sortait que pour retourner dans sa maison précédé d'un flambeau et suivi du joueur de flûte.

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