CHAPITRE III
GUERRES PUNIQUES
Colonies militaires — Organisation (les colonies militaires. — Cartilage, — Conquête (le U Sicile. — Le consul Paillée. — Bataille de Cljpea — RCgelus. — Mort de Begolos. — llannihal. — Sagcnte. — Songe d'Hanelbal, — Il francliil les Pyrénées. — Passage des Alges. — Fabtns . nonne dictateur. — Bataille de Caanee. - Lenteurs d'Hanniltal. — Hennltasl nue portes de Rome. - Retraite d’Heanibal. - Il retoorne h Carthage
Rome pouvait se réjouir et faire fête à Dentatus : le lendemain de ce triomphe elle s'élevait sans rivale au-dessus de toutes les cités et de tous les peuples italiques , depuis les Alpes jusqu'au détroit de Sicile , et depuis les Apennins jusqu'à la mer. La conquête était magnifique : il ne s'agissait plus que de la rendre stable : or, c'est dans l'œuvra de consolidation , plus difficile encore peut-être que la victoire , qu'on vit sc déployer avec toute sa prévoyance et son génie la grande pensée du Capitole.
Colories militaires. — Une première ligne de colonies militaires, jetées comme des sentinelles perdues aux postes les plus dangereux, fermait déjà les débouchés de la forêt Ciminienne , les gorges volcaniques du Montc-Cavo et 'es défilés de l'Algidc aux Étrusques, aux Rutules, aux Volsques , et , bordant le Liris , couvrait le Latium contre les Samnites. Pour appuyer cette première ligne de défense , on en éleva une seconde qui, enveloppant le Latium tout entier, remontait ensuite obliquement vers le nord par Narni et allait se rattacher à l'Apennin. Vingt autres colonies , occupant des positions excellentes dans l’Omhrie , la Campanie, l’Apulie, la Calabre actuelle, et sur le littoral des deux mers, soutenaient ce double rem|iart comme autant de forts détachés, cl maintenaient, au milieu de toutes ces populations frémissantes encore sous le joug, la terreur et le respect de Rome.
Mais il ne suffisait pas d'avoir muni ces citadelles de bons murs et de garnisons
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d’élite ; il f, (liait encore les relier dç telle sorte qu’au moment du danger, il leur fût facile de se prêter appui ; il fallait surtout pouvoir transporter rapidement les légions sur les points menacés. C’est dans ce but que furent tracées les voies militaires. Appius l'aveugle avait déjà donné une première idée de ce genre de travaux quelques années auparavant, mais la route que jeta ce grand homme au travers des marais pontins pour atteindre Capoue ne consistait que dans une simple levée de terre que recouvrait un lit de gravier contenu entre deux files de grosses pierres. Voulant construire pour l’éternité, les Romains d’il y a deux mille ans s’y prirent d’une autre manière. On forma d’abord une chaussée en terre ou en gravier assez haute pour dominer les eaux et les terres voisines. Sur cette base solide fut étendu le statumen, première couche de grosses pierres rangées à la main et liées par du ciment. Une seconde couche de pierres plus petites, noyées dans un bain de mortirr, composa, en se superposant à la première, ce qu’on appelait la ruderatio. Enfin, on recouvrit tout le massif d’un pavé en pierres larges et irrégulières fortement liées entre elles, et le lit inférieur par des flots de ciment. Ce pavé , nommé nucléus, encadré dans deux rangées de grosses pierres posées de champ, présentait une surface convexe, large de trois à quatre mètres, très-unie, d’un parcours assez doux et d'une telle solidité , qu’au bout de vingt siècles, et quoique le peu de largeur de la voie fil porter tout le poids du roulage sur une étroite zone, elle n’offre presque pas de traces d’altération. Quaire voies principales, construites de cette façon, rayonnèrent bientôt autour de Rome. La première , appelée Valéria , se dirigeait au sud-est vers l'Apennin, par Tibur et Corfinium ; la seconde, nommée Aurélia, longeait la Méditerranée , à l'ouest vers Centumcellæ , aujourd'hui Civita-Vecchia: la voie Flaminia, partant du Champ-de-Mars, montait au nord vers le Soracte , et après avoir dépassé Rimini, prenait le nom d’Æmilia; et la voie Appia, qu’on borda plus tard, suivant Scamozzi, de deux trottoirs pavés en petites pierres de diverses couleurs, allait, en ligne droite, au sud, entre son double raug d’arbres, de la porte Capène à Capoue.
Orgakisatiox dks coloxies militaires. — C’était un grand point que d'avoir pourvu à la défense et à l’attaque par la construction de ces routes et d’avoir détruit l’isolement de ces terribles montagnards de f Algide et de l’Apennin, aussi rudes et aussi sauvages que les peaux de chèvres et de moutons qui couvraient leurs épaules; toutefois , le sénat ne crut avoir rempli que la moitié de sa tâche. A chaque victoire, Rome s’était fortifiée en s’ouvrant, pour ainsi dire, au peuple conquis. Fidèle, en cette circonstance, à la politique du fondateur, mais la pratiquant sur une grande échelle , elle appela dans son sein tous ses vieux ennemis, et de ces Étrusques , si longtemps hostiles, de ces Volsqurs acharnés, de ces Æques, que rien ne pouvait dompter, de ces Latins sur lesquels son glaive était retombé tant do fois, elle composa douze tribus nouvelles. Par cette adoption, qui n'altérait ni le caractère national, ni l’influence purement romaine, puisque les nouveaux citoyens, quoique bien supérieurs en nombre à ceux de vingt-trois vieilles tribus, n’avaient que douze voix sur trente-cinq . Rome donnait tout à coup une étendue immense à son