‹ Rome ancienne et moderneChapitre 235 sur 428 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

passé; Pyrrhus n’eut l’honneur de te vaincre que pour fuir ensuite devant toi; Annihal pleura sur scs triomphes. Semblable à ces corps qui remontent toujours sur l’eau, victorieux des efforts qu'on fait en vain pour les submerger, out elle qu’un flambeau qui jette une lueur plus grande à mesure qu'on l’incline, tu te relèves plus glorieuse que jamais de l'abaissement où l'on t’avait réduite. Tes lois régleront l'univers jusqu’aux derniers Ages : toi seule es à l'abri du ciseau d. s Parques, quoique tu touches à ton douzième siècle ; ta durée égalera celle de la terre et du ciel , j car ce qui détruit les autres empires sert à fortifier le tien. On dirait que tu reçois de tes malheurs une naissance nouvelle. Il en est temps ! immole h ta gloire une nation sacrilège ! fais enfin fléchir les perfides Goths sous le joug, et remplis ton trésor des richesses de ces Barbares ! i>

On respira ainsi trente ans à l'ombre des lauriers d’Aétius. En U2 seulement, un tremblement de terre troubla un instant cette longue trêve. Un grand nombre d’édifices sacrés et de monuments s'écroulèrent, et les portiques de l'est, le podium et les gradins de l’éternel Colisée lui-même, furent renversés. Le préfet Hufus Cécina Lampudius répara l’amphithéâtre, et son successeur, Perpenna Magnus Quadratianus, suivant cet exemple, releva, l’année suivante, et rétablit dans leur splendeur première les thermes de Constantin , qui ne formaient depuis Alaric qu’un monceau de cendres et de ruines. Tel était l'état de la ville lorsque les mauvais instincts de la fille de Placidia rappelèrent les Barbares en Italie.

Les Huns. — Attila. — Il y avait alors dans les steppes du haut Danube, un peuple que sa laideur et sa férocité rendaient l’effroi et l’horreur du monde. Petits, noirs, et hideux avec leurs yeux imperceptibles et leur nez de singe, les Huns ajoutaient encore à la difformité particulière de leur race en coupant dès le berceau les joues aux mâles, pour qu’en ensanglantant chaque jour le sein de leurs mères ils s'habituassent à la douleur. Effrayants avec ce visage plat et cicatrisé, ils excellaient & conduire un cheval et à tirer de l'arc, et déployaient une intrépidité qui tenait plus de la bête féroce que de l'homme. Le chef de ce peuple était Etzel , ou Attila. Agé alors de cinquante-six ans, le célèbre fils de Mnndros offrait bien le type de sa race : sa taille était courte, sa poitrine large, sa tête énorme. 11 avait des yeux de sanglier, peu de barbe, un nez aplati, et, sous une forêt de cheveux blancs, le teint hideux et noir du Kalmouck. Ce fut â ce monstre qu’Honoria , bien digne de sa mère, envoya secrètement son eunuque pour lui offrir son lit et l’empire. Attila, qui avait déjà rançonné l'empereur d'Orient, accourut â cet appel en Italie, et préluda, comme le tigre, k son hymen par la dévastation et le carnage. Rome tremblait : elle en fut quitte pour trois années d'angoisses, il ne vint pas; non que celui qui s'appelait dans son message la Terreur du monde et le Fléau de Dieu eût reculé devant les prières de l'évêque Léon : en faisant massacrer à Troycs Memorius et ses compagnons , le chef païen des steppes avait montré l’accueil réservé aux chrétiens. Il n’alla pas â Rome parce qu’il savait qu’il trouverait en chemin Aétius, le terrible adversaire des champs catalauniques; et

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LES BARBADES. 3fi5

surtout, comme le dit Paul Diacre, parce qu’il avait peur d'éprouver le sort d’Alaric, et de mourir après avoir pille la ville.

Il est des familles maudites, nées pour être la honte et la ruine des peuples qui les soutirent. Depuis un demi-siècle, celle de Théodosc dégradait et perdait l'empire. Aussi lAche qu’Honorius, le fds de Placidia ne se servit qu’une seule fois de son épée : ce fut pour assassiner par derrière le grand homme qui depuis trente ans imposait aux Barbares, comme son oncle avait assassiné Stilicon. Les conséquences de ce crime ne se tirent pas attendre. Les vétérans d’Aétius ayant rencontré le meurtrier au Champ-de-Mars , se jetèrent sur lui et l’égorgèrent : le préfet Maximus prit sa pourpre et sa veuve; mais celle-ci, qui était de la trempe d'IIonoria et qui préférait l'énergie brutale des Barbares à la mollesse efféminée des Romains, sachant que le chef des Vandales, Genseric, venait de renvoyer sa femme à son père, après lui avoir fait couper le nez, lui envoya offrir sa main et le pillage de Rome pour dot. C'était montrer une proie au vautour. L’eunuque qui porta ce message fut devancé à son retour par la (lotte de Genseric. Parti de Carthage sans perdre un instant, il traverse la Méditerranée, aborde à Ostie, en brise les portes, et court à Rome avec des hordes innombrables de Maures et de Vandales.

A cette nouvelle , l'effroi gagne tout le monde : on ne songe pas à la défense , mais II la fuite. Riches et pauvres se hèlent de quitter la ville; les voies ne sont pas assez larges pour cette multitude de fuyards. L'empereur lui-méme, entraîné par le torrent, se hâte de quitter le Palatin; mais en descendant du Palais Auguslal, il est saisi par ses propres officiers, qui le massacrent, le mutilent, et vont jeter ses restes sanglants dans le Tibre, auprès du temple de Vesta. Le jour même, 12 juin 435, Genseric entrait à Rome. Saint Léon était vainement allé à sa rencontre sur la voie Ostiense ; bien que les Vandales fussent chrétiens, leur chef repoussa le pontife et n'épargna pas plus les églises que les temples. Pendant quatorze jours et quatorze nuits Genseric pilla tranquillement la ville. Tout ce qu'elle contenait encore de précieux , tout ce qui avait échappé il la rapacité des Goths, tous les ornements des temples païens et des basiliques, tout, jusqu'aux vases d’or du temple de Jérusalem, conservés dans le palais impérial, jusqu'aux tuiles de bronze doré qui recouvraient encore la moitié du temple de Jupiter capitolin , tout devint la proie des Barbares. En quittant la cit * vide et désolée, Genseric chassait devant ses hordes qui pliaient sous le poids du butin et devant la longue file de chars où étaient entassées les vieilles dépouilles du monde , toute la partie valide de la population réduite en esclavage. La misérable Eudoxia, cause de tout le mal, menait, avec ses deux filles destinées à la couche des chefs barbares, ce lugubre convoi parti de Rome qui , par un de ces retours dont la Providence a seule le secret , allait aborder à Carthage.

Après ce désastre, Rome se trouva sans habitants et l’empire d'Occidenl sans chef : il ne manquait plus h l’une et à l'autre que de recevoir un maître de la main

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