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CHAPITRE XIX

des Barbares. Cette dernière humiliation ne leur fut pas épargnée. An premier bruit du meurtre de Maximus, le général des deux milices, Avitus l’Arverne, chargé de défendre avec une poignée de soldats ce que l’empire possédait encore dans les Gaules, s’était empressé de se rendre à Toulouse, auprès de Theudrich , roi des Golhs de l'ouest et son ancien disciple.

Theüdbich. — Ce prince, qui avait fait monter sur le trône les mœurs simples des Goths, alla au-devant de lui avec son frère, et ils entrèrent tous les trois dans la ville en se tenant par la main. La nuit fut employée à répéter les rôles d’une comédie politique certainement arrangée d’avance. Au point du jour Theudrich réunit le conseil des douze vieillards. Ces chefs, courbés sous le poids des ans, mais d'un esprit encore vert , portaient les sales vêtements qui caractérisaient la nation. Une toile noire et grasse luisait sur leur dos amaigri; les peaux dont ils étaient couverts descendaient à peine & mi-jambe, et leur hosan ou bottine était noué autour du genou avec une corde. Lorsque ces conseillers, décorés d’une pauvreté si honorable, se furent assis, Avitus demanda la parole, et dit :

« J’aurais désiré , je l’avoue, vivre libre de tout souci dans les champs de mes pères , et jouir enfin de ce doux repos que j’ai peut-être mérité , après avoir rempli trois fois la charge de maître des milices, et quatre fois celle de préfet du Prétoire. Mais Maximus, notre prince, m'ayant nommé de nouveau , à mon insu, j’ai accepté avec joie l’office qu’il m’a conféré , parce qu'il me fournissait l’occasion de venir vers vous. Je demande que les traités anciens soient maintenus comme ils l’auraient été au temps où je me mêlais des affaires des Goths. Jamais, ô Roi ! je n’ai donné un conseil qu’on n'ait suivi; mais la fortune m’a enlevé mon bon génie : il est mort avec ton père. Tu étais bien jeune lorsque mes avis le tirèrent d’un mauvais pas sous les murs de Narbonne. Ces vieillards qui m'écoutent t’ont vu tout enfant dans mes bras, et ils me voient aujourd’hui te demandant un gage de cet amour d'autrefois. Si tu n’as plus ni souvenir ni amour, ferme ton cœur et refuse-moi la paix que j’implore '. a

Un murmure peu favorable sans doute accueillit ce discours ; mais Theudrich se hflta de l'étouffer en répondant :

a Soit dans le sénat , soit dans le monde , je ne connais pas , noble général , d’homme plus illustre que toi. J'accorderai donc la paix , je m’efforcerai même de réparer le mal que mon aïeul Alaric a fait à Rome , mais à une seule condition, c’est que tu prendras le litre d’Auguste. Pourquoi baisser les yeux? Nous ne voulons pas te faire violence, nous discutons. Si tu deviens son chef, je suis l’ami de Rome ; si lu es son empereur, je la sers. Songe bien que tu n’enlèves le pouvoir à personne. 11 n’y a plus d’Auguste dans le palais impérial, et tu es forcé d’accepter l’autorité pour ne pas la laisser périr ’. a

Avitus feignit de sortir du conseil accablé de tristesse, et se plaignit de sa des-

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