‹ Rome ancienne et moderneChapitre 25 sur 428 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

enceinte : la ligna sacrée du pomœrium de Romulus s’était élargie au point qu'elle touchait maintenant la forêt Ciminienne, l’Apennin, la Méditerranée et le centre de la Campanie. Tous les autres peuples, h part les colonies, qui, vivant dans un cercle indépendant, reflétaient en petit l’image de Rome, étaient ou alliés ou tributaires. Pour mieux régir son vaste domaine (ager romanus), le sénat le divisa en quatre provinces dont l'administration fiscale fut confiée à quatre questeurs. Le premier résidait à Ostia, et avait dans son département l’Ëtrurie, le Latium, l'Ombrie et la Sabine : la province du second s’étendait entre le Liris et le golfe do Tarente ; celle du troisième entre les Apennins et l’Adriatique ; quant il la quatrième, elle était formée par le pied de la botte italique. Ces divisions établies, on fit le dénombrement des citoyens, et il se trouva qu’en cette année, SCS ans avant notre ère, Rome possédait deux cent quatre-vingt-douze mille deux cent vingtquatre citoyens en état de porter les armes.

Ce n’est pas avec un pareil élément de force militaire qu'un peuple , né soldat , reste longtemps en paix : quand l'ambition romaine n’eut plus pour barrière en Italie que la ligne du Pô, qu’il n’était pas prudent de franchir pour aller se briser peut-être contre le gais et la lourde épée des Gaulois , elle se tourna vers la Sicile. Cette lie magnifique, la reine de la Méditerranée, séparée à peine de Vager romanus par un petit détroit, brilla aussitôt & ses yeux comme une proie riche et facile. Une troupe d’infâmes mercenaires Campanicns qui , après avoir égorgé ceux qu’ils devaient servir, s’étaient emparés de leur ville , de leurs biens et de leurs femmes, ayant imploré le secours du sénat pour se dérober à la vengeance sicilienne, le sénat, bien qu’il vint précisément de faire passer au fil de lepée les mercenaires de Rhégium pour le même crime, se hâta d'emprunter des barques à toutes les villes de la côte, et envoya quelques cohortes à Messine. A peine cette pauvre flottille, commandée par un tribun militaire nommé Claudius , se fut-elle aventurée dans le détroit, qu’elle vint tomber au milieu d’un cercle formidable de galères à trois et cinq rangs, qui la repoussèrent avec dédain vers Rbégium.

Carthage. — Il y avait de l’autre côté de la Méditerranée, en face de Rome, sur la pointe orientale du croissant au fond duquel se cache Tunis , une ville fondée par les Phéniciens depuis cinq cent quatre-vingt-seize ans, qui poursuivait sur mer, dans un intérêt commercial, le même but que Rome poursuivait sur terre dans un intérêt politique. Maîtresse à l’est de tout le littoral do l’Afrique, elle avait pris l’Europe à revers en occupant les côtes d'Espagne jusqu'aux Pyrénées ; s’emparant ensuite des Iles Baléares, de la Corse, de la Sardaigne et de la meilleure partie de la Sicile, tandis que Rome s’avançait vers la mer, Carthage s’avançait insensiblement vers l’Italie, lorsque les barques du tribun Claudius vinrent se heurter à ses galères : c’est dans le détroit de Sicile que Rome et Carthage se rencontraient pour la première fois.

Comme tous les peuples marchands , les Carthaginois ne faisaient la guerre que pour vendre leurs marchandises : aussi, après avoirchassé les barques des Romains

GUERRES PUNIQUES

du détroit, l'amiral carthaginois offrit la paix. 11 ne savait pas que Rome ne traitait jamais le lendemain d'une défaite. Le consul Appius répondit à scs propositions en se jetant hardiment avec vingt mille hommes sur tous les mauvais esquifs qu’on put réunir, confiant dans son audace et dans la fortune de Rome, qui le portèrent , en effet , à Messine.

CokoiiHti ce la Sicile. — Lit , il ne lui fut pas difficile d’écraser les Carthaginois, fieux-ci prirent, à la vérité, leur revanche l’année suivante sous les murs d’Agrigentum; mais comprenant bientût leur infériorité sur terre , ils se bornèrent & combattre sur leur élément. Ici éclate dans toute sa vigueur l’admirable génie de Rome. Pour lutter avec la première puissance maritime de l’époque, elle n’avait ni vaisseaux, ni marins. En deux mois, grâce à cette magnifique force de volonté qui brisait les obstacles , elle eut improvisé une flotte et des matelots. Une quinquerème ou galère â cinq rangs de rames de l’ennemi échouée sur la côte servit de modèle , et comme Rome ne manquait ni de chênes dans ses forêts , ni d'ouvriers énergiques , au bout de soixante jours cent galères à cinq rangs de rames et vingt à trois rangs furent lancées aux applaudissements du peuple. Pendant qu’on les construisait , les rameurs qui devaient les conduire s'exercaient sur des bancs au bord de la mer, si bien que les galères se trouvèrent prêtes et les marins instruits en même temps. Il fallait, comme dit plus tard Horace, avoir le cœur cuirassé d'un triple airain pour se confier à ces lourdes machines qui faisaient eau de toutes parts, mais les légionnaires ne s'étonnaient pas pour si peu. Partageant la noble audace du sénat, qui ne craignait pas de lutter sur les flots avec des radeaux grossiers et des laboureurs voyant la mer pour la première fois, contre les flottes formidables et les vieux marins de Carthage , ils suivirent gaiement le consul Duilius.

Le cossu. Duiliüs. — En mettant le pied sur sa galère , celui-ci apprit que sou collègue était déjà tombé avec dix-sept quinquerèmes dans les mains dos Carthaginois; les siennes n ‘étaient ni meilleures, ni plus faciles à gouverner; il sentit que le même sort l’attendait s’il courait à l’ennemi dans les mêmes conditions. Le problème à résoudre pour lutter avec avantage c’était de saisir corps à corps cet ennemi si redoutable par la supériorité de sa flotte et de sa manœuvre : l’idée d’abordage se présenta donc à l’esprit du consul et se formula sur- le champ d’une façon fruste et tout à fait en rapport avec la construction primitive de scs navires. Une pièce de bois ronde, de seize pieds de haut et d'un diamètre de dix-sept pouces, fut liée par un fort boulon et mâtée à la proue du vaisseau ; on y adapta une échelle et des planches grossièrement assemblées en forme de pont volant. Les Carthaginois voyant de loin cet étrange appareil dressé sur la proue de toutes les galères romaines, n'en pouvaient deviner l’usage : mais ils furent bientôt éclairés sur ce point; lorsque les Romains, qu’on laissait approcher avec confiance , se trouvèrent bord à bord , ils lâchèrent , au moyen de poulies , les cordes qui retenaient les corbeaux , et ceux-ci , retombant de tout leur poids sur les galères carthaginoises et enfonçant dans le bordage leurs crampons de fer, les tinrent immobiles , et livrè-

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