CHAPITRE XX
de découvrir l'admirable temple de Jupiter Capitolin; mais tous les autres, quoique fermés pour la plupart et nus, survivaient à leurs dieux et à leurs prêtres. Les édifices sacrés du Capitole continuaient à surpasser, selon l'expression des Barbares eux-mêmes, ce que l'esprit humain avait pu créer de plus beau1. Ils avaient pillé, mais ils n'avaient pas détruit le temple de Cérès et de Proserpine, le premier qui fut décoré par les artistes grecs; le temple de Vénus et de Rome, dont les murs et le toit de marbre, éclatants de blancheur, bordaient tout l'escarpement de la voie Sacrée, ni cet élégant et poétique sanctuaire de Vcsta et de Cybèle, qui s'élève au bord du Tibre, comme le type du bon goût et de la perfection antique.
Les lignes monumentales des aqueducs n'étaient rompues sur aucun point : alimentés avec la même abondance que la veille des invasions, les thermes ne portaient pas la moindre trace des désastres de Rome. Les thermes Antonin ou de Caracalla présentaient dans son intégrité cette voûte magnifique du bain commun , qui était regardée comme l’une des merveilles du monde ; les deux chevaux de marbre et les colosses qu’on attribua longtemps à Praxitèle et à Phidias, indiquaient les thermes de Constantin, et, quoiquo lors de l'incendie des jardins de Salluste par Alaric, le vent eût porté quelques étincelles sur les thermes de Dioclétien, cette masse colossale qui se développait de l’est à l'ouest sur une ligne de treize cents pieds de long, et du sud au nord sur une largeur de douze cents pieds, semblait indestructible comme ses grandes colonnes de granit.
Les thé&tres et les amphithé&tres ne renfermant rien qui pût tenter la cupidité des vainqueurs, avaient aussi échappé aux ravages de l’invasion. Au lieu de les briser, le public étranger s’était assis sur leurs gradins, non pour écouter les scènes de Térence ou de Plaute qu'il n’aurait pas comprises , mais pour assister dans le Colisée à la chasse des bêtes féroces. Nul doute que les gladiateurs n'eussent ému les Goths et. les Vandales; mais ces spectacles sanglants, qui avaient résisté & l'édit de 325 et au décret impérial de 397, étaient abolis depuis 401. Ce que l’autorité de Constantin , de Julien et d'Arcadius n'avait pu faire , fut obtenu par le dévouement d'un pauvre moine du nom de Télémaque. Il était venu d’Orient à Rome exprès pour arrêter cette effusion de sang humain qui baignait l'arène depuis tant de siècles. Se jetant dans le cirque au milieu des gladiateurs, il s'efforcait, par ses discours et par ses larmes, de les empêcher de combattre. Les spectateurs furieux le tuèrent à coups de pierres, et son cadavre fut le dernier qui sortit par la porte des morts.
Les Goths et les Vandales avaient ouvert les portes de bronze des tombeaux ; mais quand ils eurent pris les urnes d’or, d’argent ou de matières précieuses qui s'y trouvaient , ils les refermèrent et ne touchèrent surtout ni au mausolée d'Auguste ni à celui d'Adrien , le plus magnifique monument funèbre du monde. Rome était pleine des trophées de leurs anciens vainqueurs, ils les respectèrent, et les dix arcs
I. CapiiolU relu conscendere hoc est bornant ingénia soperaia vidisset. ( C.assiodore, , lib ni, Ef. 0.)