‹ Rome ancienne et moderneChapitre 243 sur 428 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

inencemcnt de l’hiver de 488. Un cher de la noble race des Amales, Théodoric, les conduisait. Comme il n'avait pas de vaisseaux, il fut forcé de fairele tnur de la mer Adriatique en côtoyant la rive gauche. Tel était l’ordre de la marche : la jeunesse, plus agile et plus légèrement armée, courait h l’avant-garde; venaient ensuite 1rs cavaliers d’élite; et le gros de la nation, femmes, enfants, vieillards, après lesquels roulaient lentement ces grands chariots hauts comme des maisons, et qu’on appelait plnmtra , se trouvait avec les boeufs et les troupeaux , entre les cavaliers et les vétérans, dont plusieurs avaient suivi Attila.

Ces masses lentes et profondes, refoulant les Gépides qui voulaient leur barrer le passage, arrivent au pied des Alpes Juliennes. Ou haut des remparts d'Aquilée , Odoacre voit se dérouler la longue file de leurs chariots couverts de neige : l’hiver était dans toute sa rigueur; une âpre gelée durcissait la plaine; les cheveux, la barbe des hommes et les crinières des chevaux étincelaient, aux rayons du soleil, de glaçons et de givre. Odoacre juge le moment favorable ; sans leur donner le temps de se reconnaître, il sort de la ville et va droit aux Goths, qui allumaient leurs feux. Aussitôt les trompettes sonnent. Les chefs se pressent autour de Théodoric, dont la voix mâle et fière remue tous les coeurs, et qui porte déjà au front avec la joie du combat la certitude de la victoire. Son coursier hennit de bonheur devant la tente, et, creusant du pied la neige, en fait voler un tourbillon autour de lui. A ce moment suprême accourent la soeur du roi et sa vieille mère. Elles approchent muettes et cachant leurs larmes ; mais Théodoric , en les voyant :

« Tu sais, ma mère, s’écrie-l-il, que celui qu’ont porté tes entrailles n'est pas inconnu aux nations. Voici uu jour qui te rendra fière de ton fils. Il faut se précipiter au milieu des flèches pour que l’honneur de nos aïeux ne meure pas en ma personne ; car on ne peut se parer de la gloire des morts si l’on n'imite leur exemple. Mon père est là devant mes yeux agitant son épée et me montrant la plaine. Hâtetoi donc , ma mère ; vite, mes plus beaux vêtements ! mes ornements les plus précieux et les plus riches I Que j’aille , magnifiquement paré , au combat ! Que ceux qui ne me connaissent pas encore par ma vigueur me reconnaissent à la splendeur de mes habits! Que le brave qui m’abattra s’applaudisse de sa fortune!* »

Mort d'Odoacrb. — On combattit, et Odoacre fut vaincu; il le fut sur l’Adda; il le fut encore à Vérone, et n’eut bientôt plus d'autre asile que les murs de Havenne. Mais la ville était imprenable; il s’y défendit trois ans et n’en ouvrit les portes que lorsque les deux peuples du Nord firent la paix. L’Italie devait être partagée également entre les Goths et les Hérules; les deux races se fondaient sur le terrain de la conquête ; mais la fusion ne pouvait devenir complète et durable que par la mort de l’un des chefs. Égorgé dans un festin en 493, Odoacre laissa la couronne et l’itnlie à l’heureux vainqueur de Vérone.

Ge meurtre fut le dernier battement de la barbarie dans le coeur de Théodoric :

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