Knnotlii. Pantgynau
G0T11S ET BYZANTINS
comme le lion qui perd sa Férocité quand son ennemi git sanglant à scs pieds, le roi des Hérules mort, celui des Goths se transforma. Le chef à demi sauvage des hordes du Danube disparut, et l'on vit avec surprise sur le trône de Ravenne le plus doux, le plus juste et le meilleur des rois. Rome, qui s'était soumise la première à son pouvoir, s’applaudit alors de l avoir pour maître. Inclinant sa couronne devant la vieille souveraine de l'univers, Théodoric ne songea qu'à réparer ses maux, à la consoler de ses pertes et à relever son prestige. Le sénat n’existait plus que de nom; il lui rendit ses attributions, et le rétablit, en cc qui touchait la ville, dans son ancienne autorité. Les greniers du peuple, si longtemps vides , se remplirent de nouveau : vingt-cinq mille muids de blé furent accordés par an aux frumentaires, et deux cents livres d'or envoyées an préfet pour réparer le palais impérial et les murs.
GouvamaBuiNT du Théodoric. — En nommant à ce poste, qui parait avoir été vacant sous le principat d’Odoncre , des magistrats hommes de bien, le roi barbare leur disait : « Considère! combien il est honorable pour vous de gouverner une ville telle que Rome, dont la tête blanche fléchit sous les lauriers. Appliquez-vous donc à justifier ma confiance par votre zèle et vos bons soins. Fuyez l'avarice, suivez l'équité, chérissez la modération , et ne vous laissez pas emporter par la colère. Une gloire que je vous envie, c’est le bon gouvernement de Rome. ' »
Il écrivait dans le même style, noble et digne, au sénat, tantôt pour lui apprendre à qui il avait confié les faisceaux de la magistrature urbaine, tantôt pour lui notifier le choix du consul qu’il élisait pour l’Occident ( l’autre était créé pour l'Orient par l'empereur de Byzance), tantôt pour lui annoncer la nomination d'un sénateur. Dans ces circonstances , ce chef de peuplades sauvages s’exprimait avec une élévation et un respect pour les travaux de l'intelligence , qu'on trouverait aujourd’hui sur peu de trônes. « La science des lettres est glorieuse, disait-il en nommant sénateur l'écrivain Armentarius, d'abord parce qu’elle corrige les moeurs des hommes, ensuite parce qu’elle égale, en les remplaçant, les grâces de la parole *. • Le droit naturel, né sous la tente des tribus, était gravé au fond de son cœur et lui inspirait les sentiments les plus généreux :
« Mon désir et ma volonté, écrivait-il aux fonctionnaires, est de rendre justice h tout le monde, mais de protéger surtout ceux qui ne peuvent se protéger eux-mêmes. Bienveillance complète donc et large secours aux faibles ! Mêliez la crainte de ma colère devant l'insolence des oppresseurs. Récompenser le mérite , c'est la meilleure preuve du bon sens de ceux qui gouvernent. Je n’approuve pas la croyance des juifs ; mais je n’ai aucun pouvoir sur les religions , car on ne peut forcer un homme à croire. a
Empruntant ensuite ces images de la vie primitive à travers lesquelles passe presque toujours, en a'y colorant de poésie, la pensée du sauvage j
i. Clttiodore. Varia nrm.
i Ossiodore, lib. III.