CHAPITRE XX
o Les oiseaux, disait-il aux Romains pour les engager h effacer la trace des invasions , les oiseaux errants sans cesse dans les airs ont des nids qu'ils aiment ; les bétes fauves chérissent leurs sombres repaires; les poissons eux-mémes se plaisent dans les creux de leurs rochers, et vous n'aimeriez pas Rome, vous qui avez le bonheur d'être ses enfants! a L'admiration que la grande cité inspirait aux Barbares éclate dans les discours de Théodoric, étonné et presque honteux d'être le souverain d'une telle ville. « Rome est le miracle du monde ; qu’on relève ce qui est abattu, que les ruines disparaissent; tout doit être grand et beau dans son sein. Je ne veux pas que mes yeux soient blesses par le spectacle de murs détruits à moitié ou noircis : ce qu'on ne verrait pas dans une ville ordinaire, choque et indigne dans Rome. Je ne veux rien souffrir d'informe ni de médiocre dans la cité qui mérite toujours les éloges de l’univers. ' »
Grèce à l'ardeur qu’il déploya pendant sept ans pour réparer, lui le descendant d'Alaric, les ravages de scs ancêtres, Rome secoua ses débris et ses cendres; elle se repeupla, et lorsqu'il y vint, en l'an 500, il la retrouva dans toute sa magnificence. « Que Rome ne soit ingrate pour personne », avait-il dit un jour; elle ne le fut pas pour lui. La population tout entière ayant à sa tête les magistrats et le clergé, sortit à sa rencontre comme au temps des triomphes. Au lieu d’aller au Capitole, Théodoric se rendit d'abord à la basilique de Saint-Pierre; on le conduisit ensuite au sénat, où l’orateur Ennodius lut un panégyrique pompeux de forme, mais d’une vérité rigoureuse quant au fond. Puis il donna des jeux splendides dans l’amphithéâtre Flavien. Les magnificences de Rome le frappèrent vivement; il s’arrêta avec une admiration qui n'était pas feinte devant le forum de Trajan et les sommets illustres du Capitole ; mais comme la nature barbare perçait toujours sous cette enveloppe polie de civilisation gréco-romaine, ce qui excita surtout son enthousiasme , c’est la perfection avec laquelle les chevaux étaient représentés. • Ces coursiers de bronze , disait-il , ont les naseaux ouverts , les muscles contractés , les oreilles hautes comme s'ils allaient prendre le galop. On croirait qu’ils sont au moment de partir , même en voyant que ce n'est qu'un métal inerte. 1 s Un quart de siècle après ce voyage Tbéodoric songeait encore à l’embellissement de Rome. Les deux édits suivants, adressés aux Goths et aux Romains, montrent sa vigilance à cet égard et sa sollicitude. « Veiller à l’entretien des villes est un soin qui honore l'autorité royale, car il est glorieux de réparer dans les vieilles cités les ravages du temps. On les embellit ainsi pendant la paix, et l’on pourvoit d’avance à la nécessité des guerres. Nous ordonnons donc par le présent édit à tous ceux qui ont des matériaux ou des pierres taillées dans leur champ de les livrer sans retard pour la réparation des murs de Rome , parce que rien ne doit être plus précieux à l'homme que l’intérêt de sa cité. Tu exigeras , disait-il au préfet Saliinianus , une prestation annuelle de vingt mille briques pour le port, les