‹ Rome ancienne et moderneChapitre 246 sur 428 · jssiodore, Vorianm · texte numérisé non relu

jssiodore, Vorianm

GOTIIS ET BYZANTINS.

remparts et les édifices : les monuments, en effet, que la sagesse a élevés sont éternels quand la vigilance les conserve. ' »

Mort or Théodoric. — Lie pareils hommes devraient vivre des siècles et ne jamais vieillir : l'Age fut fatal à Théodoric; sa raison se troubla en arrivant à la vieillesse. L'illustre Boëtius, auteur de la Consolation de la philosophie, qui avait été consul et pat iec, devint l'objet de ses soupçons. Celui qui avait dit : a Nous détestons les oppresseurs , ce n’est pas la force qui doit régner , c'est la justice, » rêvant des complots qui n’existaient que dans son imagination, livra Boëtius aux bourreaux. Le philosophe eut le crAne serré si violemment avec des cordes, que les yeux lui sortirent de la tête ; les bourreaux l'assommèrent à coups de bAton et décapitèrent son beau-père Symmaque. Celui-ci était l’ami particulier du roi ; sa mort dut achever d'cbranler le moral de Théodorich, car peu de jours après, dans la tête monstrueuse d'un poisson qu'on avait servi sur sa table , il crut voir celle de Symmaque , dont les regards furieux le menaçaient , dont les dents semblaient prêtes à le mordre. A cette horrible hallucination il se sent saisi d'un froid mortel, on l'emporte dans la chambre royale, on l’accable de couvertures pour rappeler la chaleur; soins inutiles ! Malgré l'art et l'empressement de son médecin Eipidius, le vieillard frissonnant expire en détestant sa cruauté1.

Théodoric ne laissait qu'une fille. Amalasonfha, femme d'une haute intelligence et d'un grand cœur, tout à fait digne de son père , mit son jeune enfant Athalaric sur le trône , et après avoir, en 526 , annoncé l’avénement de ce roi de dix ans à l'empereur d'Orient , an sénat et au peuple de Rome , elle gouverna en son nom avec l'énergie de Clovis, son oncle, et la sagesse de son père Théodoric. Malheureusement pour la paix de l’Italie ce gouvernement ne dura que huit années. Son fils étant mort, elle donna le trône avec sa main A l’un de scs parents nommé Théodat, qui n’eut rien de plus pressé quo de la reléguer, en 534, dans une lie du lac de llolsène , où on l'étrangla par ses ordres.

L'exi-eriur Justinien. — Ce forfait épouvanta Rome : tremblants déjà, mais pour leur propre sûreté , les sénateurs envoyèrent des évêques en députation à Ravenne ; ils rapportèrent une réponse peu rassurante. Théodat se plaignait avec hauteur, traitait les craintes de la population de puériles et blâmait amèrement le sénat. «Chassez, leur disait-il, ces soupçons qui n'auraient jamais dû naître dans votre ordre. Il est fAcheux d'être obligé de rappeler à ses devoirs un corps chargé de gouverner le peuple, s A ce peuple aussi effrayé que le sénat, car il entendait parler de guerre , il promettait do continuer et d’augmenter même la subvention frumentaire; mais ni ses promesses ni scs encouragements ne ramenèrent la sécurité dans les esprits. On venait d'apprendre vaguement que l’empereur de Byzance Justinien se disposait, sous prétexte de la venger, à profiter de l'assassinat d’Arna-

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CIIAPITIIE XX.

lasontlia pour envahir l'Italie et reprendre Home. Bientôt celte nouvelle fut publique, et Théodat , qui , fils dégénéré des Amales, pAlissail à l’idée du combat et avait épuisé tous les moyens de conjurer ce péril , recourait, comme dernier espoir, A l’intercession des Clarissimes. Les pères conscripts de 536 écrivirent donc à sa prière et envoyèrent à Justinien la lettre suivante, où s’est peint au naturel dans son avilissement et sa bassesse le sénat du vi* siècle :

a A Justinien Auguste le sénat de la ville de Rome.

« Il nous parait convenable et nécessaire de supplier aujourd'hui un prince clément pour la sécurité de la République. C'est à vous en effet que nous devons nous adresser pour sauver notre liberté , car de tous les biens que vous ont donnés les dieux il n’en est pas de plus grand que ce pouvoir d’accorder tout ce qu'on vous demande. Nous vous conjurons donc, très-clément empereur, et nous tendons vers vous du sein de la Curie nos mains suppliantes pour que vous accordiez la paix h notre roi et que nous ne vous devenions pas odieux nous jadis si fiers de votre bienveillance. Votre faveur sera notre bouclier : assurez par une alliance la paix de l'Italie. Nous en deviendrons l’orgueil et l'amour, si vous exaucez notre prière. Si elle ne peut toucher votre cœur, écoutez l'humble supplique de la patrie :

« Si je te fus jamais chère, ô le plus pieux des souverains , aime mes défenseurs; ceux qui me gouvernent doivent se concerter avec loi pour m'épargner des maux dont tu gémirais le premier; ne sois pas cause de ma mort, toi qui as toujours été la joie de ma vie. Ne viens pas ruiner par la guerre ceux que tu devrais plutôt défendre avec toutes tes armées. J’ai eu plusieurs rois, mais je n'en ai eu aucun aussi lettré que Théodat. J'ai été conduite par des hommes sages, mais jamais par un homme aussi fort d’intelligence et de savoir. Je chéris cet Amale , nourri par mon sein , homme énergique , formé par mes leçons , cher aux Romains par sa prudence , respecté des nations étrangères par sa valeur.

o Écoute donc mes vœux et ma prière. O noble triomphateur, dompte les mouvements de ta colère. Il est plus beau de céder au cri général qu'à son ressentiment. » Voilà ce que Rome vous dit par la voix de ses sénateurs : si ce n'est pas assez, relisez la très-sainte lettre de saint Paul et de saint Pierre; vous ne refuserez pas aux instances de ces bienheureux défenseurs de la ville , ce que leur ont tant de fois accordé les Barbares eux .mêmes1.

Réussi ne. — Justinien répondit à cette prosopopée en envoyant Bélisaire avec une flotte en Italie. Avant de le faire partir, fidèle à la vieille politique de Byzance qui, fondée par la ruse, consistait à battre des Barbares avec les Barbares, il s'était assuré le secours des Franks. a Les Goths, avait-il écrit aux chefs, non contents de nous avoir enlevé violemment l’Italie, viennent de nous accabler d’otLtrages : forcé de prendre les armes pour venger notre dignité , nous comptons sur vos bras et sur vos armes, car vous êtes nos frètes catholiques, et il convient que

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