CHAPITRE XX
une des grandes statues du couronnement. Trouvant ce moyen bon, ils continuèrent à remployer en brisant tous les autres chefs-d'œuvre, pour en faire rouler les débris sur la tête des ennemis; et ce que la statuaire antique avait produit de plus rare et de plus parfait périt anéanti en un clin d’œil par une poignée de soldats qui appelaient les Goths barbares.
Wiligis fut moins heureux encore que son lieutenant à l'attaque du Vivarium ; mais les échecs ne le rebutaient pas : toujours prêt à combattre, il repoussait avec vigueur les assiégés quand ils osaient paraître. Ce brillant courage, que rien n'altérait, était relevé par une générosité que bien des généraux modernes n’imiteraient pas. Quand le pain manqua dans la ville , Bélisaire n'y voulut plus du bouches inutiles. Une multitude de femmes, de vieillards , d'enfants et de gens sans ressource, fut chassée sans pitié. Wiligis pouvait l'arrêter aux portes et augmenter ainsi la détresse des assiégés. Il la laissa passer et se diriger vers Naples par la voie Appia, que ces malheureux couvraient tout entière. Ce sentiment chevaleresque animait les soldats comme le chef. Dans une sortie, un Romain, serré de près, tomba en fuyant auprès de la porte Salara dans une crypte profonde, d’où il ne put sortir. N'osant crier, car il entendait les rumeurs du camp ennemi établi à peu de distance, il passa la nuit au fond de cette fosse. Le lendemain , un Golh, fuyant les traits des remparts, y tomba il son tour. Le danger commun les lit amis. Après s'être juré que le plus heureux sauverait l'autre , ils poussèrent tous deux des cris perçants. Les Goths, dont les tentes étaient voisines, accoururent à ce bruit. Leur compatriote leur ayant appris ce qui lui était arrivé, ils s’empressèrent de jeter une corde que le Romain saisit. En voyant apparaître un soldat de Bélisaire, les Goths reculèrent de surprise. Mais lorsqu’il eut raconté le pacte fait avec leur frère d’armes et que celui-ci retiré de la fosse eut confirmé le récit du Romain , les épées se baissèrent , les rangs s'ouvrirent , et le chef, montrant les murs, lui dit : « Va ! tu es libre ! 1 »
Le pape Vigil. — Treize mois se consumèrent ainsi en assauts infructueux, en combats, ou en surprises déconcertées par la vigilance de Bélisaire. Au bout de ce temps, soit que le découragement eût gagné ses troupes ou qu’il reculêt devant la |>este qui ravageait Rome, Wiligis leva le siège et reprit la route de Ravennc. Il n'avait pas fait un mille sur la voie Elaminia, que le maitre de la milice, fier de son triomphe , montrait aux Romains , en exécutant militairement les ordres du César byzantin, quel tyran ils s'étaient donné. Le pape Silverius lui avait ouvert les portes de Rome. Sans les conseils du pontife, le sénat, incertain et temporiseur par nature, se serait difficilement décidé à trahir les Goths. Pour reconnaître ce service, Bélisaire le déposa. Un diacre de Constantinople, nommé Vigil, lui était venu avec une lettre de l'impératrice Théodore, qui, séduite par la promesse de deux cents livres d’or, priait le mari de sa favorite de faire un autre pape. Bélisaire n'hésita pas.