‹ Rome ancienne et moderneChapitre 251 sur 428 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Ihousiasme pour l'Ulvsse de Byzance est complètement démenti par les faits, l.a soumission particulière de Witigis et de quelques-uns de ses chefs ne modifia en rien l'état des choses. La masse de la nation était pour la guerre , et lu guerre continua. Deux chefs, dont la tête tomba violemment sous l'épée gothique, eu laissèrent à la fin de 541 l'honneur à Baduela.

IUiicru. — Baduela qu’on avait justement surnommé l’énergique (Totila), semblait être né pour caractériser la valeur brillante , la noblesse (finie et la poétique beauté des races danubiennes. D'une taille élégante et élevée , il était remarquable, comme tous les Amales, par son front large et entouré d’une forêt de cheveux blonds bouclant naturellement, ses yeux bleus et ses longs cils qui en se baissant ombrageaient la moitié de ses joues. Un nez d’aigle , des lèvres fines et vermeilles, la fraîcheur et le coloris de la pomme sauvage fondus sur une peau plus blanche que le lait , ajoutaient au charme de sa physionomie douce et Hère tout i la fois.

Tel était le nouveau roi des Goths. La fortune militaire aime les jeunes chefs. Cinq nus après qu’on l’eut acclamé, Baduela , vainqueur sur tous les points , avait repris aux Byzantins, avec Vérone et Naples, la plupart des villes qu’ils occupaient, et il arrivait devant Rome. Bloquée plus étroitement que la première fois, la ville manqua bientôt de vivres. Une famine affreuse, augmentée par l'avarice du gouverneur grec Bessns, qui accaparait et cachait le blé pour le vendre sept pièces d’or la livre, réduisit lu population aux dernières extrémités; le peuple ne se nourrissait que d’orties et d'herbes bouillies, de chevaux morts et d'excréments. Aussi , exténués et pilles comme des ombres , on voyait ces malheureux errer péniblement dans les rues à la recherche des cadavres. Désespéré et ne pouvant résister aux cris de ses cinq enfants qui lui demandaient du pain , un |>èrc de famille les mena sur l’un des ponts , et , quittant ses vêlements , se précipita dans le Tibre, après les avoir embrassés en pleurant1. Le Byzantins permirent alors aux citoyens de quitter la ville : ces affamés sortirent en foule , mais ils périrent presque tons sous le fer de l'ennemi.

Taudis que ces choses se passaient à Home, Bélisaire accourut avec mie Hotte chargée de blé et parut eufiu dans le Tibre ; mais Baduela l'avait déjà fermé, et après s'étre heurté inutilement contre les poutres flanquées de tours qui livraient le ileuve, le général de Justinien dut redescendre eu toute hâte au port où l'un de ses meilleurs lieutenants s'etait fait battre. Celte retraite le perdit. Lu voy ant fuir leur ancien chef , quatre Isauriens , de garde à la porte Asinatia , résolurent de suivre la fortune. La nuit venue, ils se glissent le long du rempart, au moyen d'une corde attachée aux créneaux , et, se rendent sous la tente de Baduela , offrant de lui livrer la ville. Après s'étre assure que cette proposition ne couvrait pas un piège et que l'exécution en était facile, une nuit que des Isauriens étaient de garde,

Page 1