Aimiase le Bibliothécaire, Vie du pape Thtoilore
LOMBARDS ET 1- BANKS
tel forfait : il fallut que l'Empereur, qui ne voulait pas en avoir le démenti, chargeât l'eunuque Calliopas de se rendre à Rome avec une armée. Arrivé le 15 juin B53, il fut reçu au palais impérial par une députation du clergé, à la tête de laquelle le pa|ic, malade en ce moment, n’avait pu marcher. Calliopas, en s'excusant des fatigues du voyage, témoigna un si vif regret de ne pouvoir lui demander sa bénédiction apostolique, qu’une entrevue fut arrêtée pour le dimanche suivant dans la basilique de I.atran. Ce jour-là le peuple s'y étant porté en foule, Calliopas ne crut pas prudent d’entrer dans la basilique ; il préférait agir à coup siir et en courant le moins de danger possible. Dans cette vue, il envoya le lendemain son cartulaire dire au pape qu’il venait d’apprendre qu’on avait fait des amas d'armes dans le palais pontifical. Le pape exigea que le cartulaire en fit la visite à l’instant même: on le conduisit partout , et cet officier, en effet, ne trouva rien. Rassuré contre la résistance qu’il redoutait, Calliopas, quelques heures après, pendant que le vieux pontife, dont ces secousses aggravaient la maladie, était couché devant l’autel de la basilique de Latran , où le clergé avait porté son lit , l'eunuque envahit tout à coup l'église avec une multitude de soldats, armés d’épées, de boucliers, portant l'arc tendu , la lance haute et ébranlant les voûtes de la basilique au bruit de leurs clameurs. Le clergé recule d'elïroi devant cette soldatesque effrénée, qui refoulait tout à coups d’épée. Alors Calliopas lit un ordre de l'Empereur enjoignant aux clercs et nu peuple de déposer Martin dcTodi et de l’envoyer à Constantinople. Les clercs s’écrient en vain : « Anathème à quiconque dit que Martin a changé un seul point dans la foi ! Anathème à tous ceux qui ne persévèrent pas dans la foi catholique! » Les soldats vont droit au pape, arrachent brutalement cc vieillard du lit dressé devant le tabernacle, et le jettent dans une barque qui le transporte à Messine et de Messine à Constantinople'.
Martin de Todi, exilé et remplacé, car tremblant à la voix de l'eunuque, le peuple romain avait élu docilement son candidat, l'Empereur voulut voir si les Longobards seraient aussi faciles à soumettre que les clercs de Rome. Au printemps de 603, il part de Constantinople avec une nombreuse flotte, et, après avoir touché à Athènes, vient débarquer à Tarente. Bien qu’il traitât rudement le clergé, l’Empereur n'était pas moins esclave des idées superstitieuses de son temps que le dernier de ses sujets. A peine débarqué, il courut à la cabane d’un ermite qui |>ossédait, disait-on , le don de prophétie et lui demanda quel serait le succès de sa prise d'armes contre les Longobardsî... Ce peuple, répondit le lendemain l’hermite, est invincible en ce moment, car une reine née au delà des Alpes a construit sur les limites du pays qu’il habite une basilique à saint Jean-Baptiste, et c’est pourquoi le saint défend les Longobards; mais il viendra un temps où l'on négligera cet oratoire, et alors périra sous ses mines la fortune de In nation J. Mal-
I. Lablto, Canota, I. 6. — Muralori, Annali H'Ilatia, I. i», p. 94.
*. Paul Diacre, lit. », e. I. C’esl l'église scioeUe de Monts, où les empereurs d’Autriche prennent encore la ronronne de fer.