‹ Rome ancienne et moderneChapitre 261 sur 428 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

gré cet arrêt décourageant, Constant poursuivit son entreprise. Il avait abordé sous le pied de la botte italique : envahir cette extrémité de la monarchie longobarde n'était pas difficile ; en peu de jours et sans obstacle , il parvint jusqu’à Bénévent ; mais il trouva des murs si bien gardés qu'il fut contraint de rebrousser chemin. Il se dirigeait vers Naples, mais les cavaliers de Grimoald le forcèrent de prendre en courant la roule de Itome.

Pillage de Rome eau l’emperei r Constant. — En apprenant son arrivée , quoique cet empereur lui arrivât battu et 1a lance des Longnbards aux reins, la vieille servilité de Rome s’éveilla. Le pape Vilalianus et son clergé, qui ne se souvenaient plus, à ce qu’il parait, de l’attentat de Saint-Jean-:le-Lalran , allèrent au-devant de lui à six milles au delà des portes, et le conduisirent en triomphe, le mercredi 3 juillet (163, dans la basilique de Saint-Pierre. Constant y fit sa prière et laissa de riches présents à cette église et à celle de Sainte-Marie-Majeurc. Le dimanche suivant il revint processionnellemcnt avec toute son armée à la basilique vaticane d'où le clergé en corps était sorti pour le recevoir. On chanta une messe solennelle; il offrit un pallium de soie broché d’or, puis on le conduisit à Saint-Jean-de-Lalran. Le peuple romain était dans l'ivresse de revoir un empereur ; sa joie ne dura pas longtemps. Après avoir visité les églises et s'étre arrêté quelque temps dans la basilique Julia, Constant se mit à dépouiller la ville de tous les objets d’art en marbre et en bronze que les Barbares avaient respectés. Tableaux , statues , bas-reliefs , trophées, quadriges d’airain des arcs -dc-triom plie, tout fut emporté par ce bandit avide de pillage; il enleva jusqu'aux tuiles de bronze doré qui couvraient le Panthéon, et ne laissa dans cette ville, heureuse de le saluer douze jours avant de ses acclamations, que les obélisques dont il ne savait que faire et quelques statues équestres, trop lourdes pour être arrachées de leurs socles de marbre *.

Ni cette spoliation qui imprime une tache indélébile sur la mémoire de Constant, ni une incursion des Franks qui traçaient peu à peu avec leur sang la route d’Italie pour leurs frères, ni le chant de victoire des Longobards que chaque succès rapprochait du Tibre, ne pouvait émouvoir la Rome du vu* siècle. Des événements plus intéressants pour elle absorbaient son attention. Tantèt c’était le schisme du siège de Itavennc qui l'occupa neuf ans 3. Tantôt c'était un concours immense de pèlerins qui accouraient de tous les points de la chrétienté déposer pour le pardon de leurs péchés des monceaux d’or et d'argent sur les tombeaux des apôtres; tantôt le déluge désastreux de 675, tantôt enfin lu peste de 680 qui sévit avec tant de furie, que l’empereur Constantin, dit l'ogonnt ou le Barbu, successeur de Constant , exempta les papes de la redevance qu'ils payaient à la couronne à leur avènement, et qui s'élevait à trois mille sols d'or. A ces calamités succédèrent les troubles religieux de 686 et de 687.

<• Paul Diacre. Il*, t, c. 9. Anastase, in Vital fano.

9. l/arrhetéquc Mauru*. se fondant sar ce qae Da tenue était la métropole politique de Huile , prétendait qu'elle en (ut aussi la métropole religieuse. Agnellus, t. tll. Reram Itatkarum. — Ruben*, Il ml. Je Hnrrnne, liv. iv.

LOMBARDS ET KRANKS. 401

Élections rosnriCAU». — L’élection des papes se faisait alors sur de larges bases. Toute la (topulation de Rome concourait à la nomination du pontife, et, par un vieux souvenir de l’ancienne constitution, était divisée à cet effet en trois ordres : le clergé, le peuple et l'armée. En 685, la division éclata entre le premier et le troisième ordre. Le clergé avait pour candidat l’archiprétre Pierre , l’armée le prêtre Théodore. Afin d’empêcher les clercs de procéder à l'élection, les soldats avaient placé un corps de garde à la porte de la basilique de Latran ; les clercs s’étaient alors réunis dans celle de Saint-Étienne. On essaya d'amener un rapprochement entre les deux ordres; ce fut en vain , chacun s'obstinait dans son choix. Quelques gens sages proposèrent alors, comme moyen terme, de choisir un autre candidat. Sortant d’embarras par cette porte, le clergé donna ses voix à un vieillard nommé Conon , Thrace d'origine , qui obtint ensuite les suffrages du peuple et peu après ceux de l'armée '.

Calmée momentanément par ce choix qui avait le caractère d’une trêve, la discorde se ralluma bientôt plus violente dans les esprits deux ans après. Le vieux Conon s'acheminait rapidement vers la tombe; avant même qu'il y fût descendu, Pascal, un archidiacre ambitieux et riche, se rendit secrètement à Ravenne, et là il offrit cent livres d’or à l’exarque Platyn s’il voulait le faire élire pape. L’acceptation n'était pas douteuse : le pacte conclu et le pape mort, Platyn écrivit au duc de Rome de mettre la tiare pontificale sur le front de Pascal. L’armée, docile aux ordres de son chef, vota aveuglément pour l’archidiacre ; mais le clergé, opposant comme en 685, lui préféra l'archiprêtre Théodore. Voilà deux papes élus par deux factions rivales qui en viennent aux mains. Théodore , plus diligent , s'empare du palais de Latran et s’y fortifie; l’autre accourt avec les soldats, l’y assiège, et les traits et les pierres commencent à voler des deux parts. Honteux d'assister à un tel spectacle, tandis que les deux rivaux se disputaient le palais de Latran avec l'acharnement de l’ambition jalouse, les magistrats, plusieurs officiers de la milice, et la plus saine partie du clergé, suivis d'une foule immense qu'indignait ce combat sacrilège, se réunirent au sacré palais, et, après mûre délibération, ils décidèrent qu’on choisirait un troisième pape. Cette détermination prise, Sergius fut élu à l'unanimité et porté sur-le-champ en triomphe à Latran.

Trop faibles pour résister à ce nouveau compétiteur, Théodore et Pascal se soumirent et lui donnèrent le baiser de paix : mais en reculant devant les poignards levés sur lui , Pascal n’avait pas perdu tout espoir : un de ses fidèles allait apprendre ces événements à l’exarque de Ravenne et le supplier de venir à Rome. Platyn suivit le messager de si près que la milice, instruite de son arrivée, n’eut pas le temps de se rendre pour le recevoir au lieu accoutumé ; elle le rencontra sous la porte Flaminicnne. A peine au palais, il s'efforça de détacher les trois ordres du pape Sergius et de les ramener vers l’archidiacre. Mais, malgré scs menaces, la

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