‹ Rome ancienne et moderneChapitre 262 sur 428 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

majorilé résista. L'exarque alors, qui n'entendait pas perdre les bénéfices de son marché, refusa d'approuver l’élection du nouveau pape, à moins qu’il ne lui payât les cent livres d'or promises par Pascal. Le pauvre prêtre de Sainte-Suzanne eut beau protester et crier qu’il ne devait rien. Comme il voulait rester sur le saintsiège, et que l'exarque se montrait inflexible, il fallut mettre dans la balance byzantine les candélabres et les couronnes du tombeau de saint Pierre. Platyn ne reconnut Sergius pour vicaire de Dieu que lorsque le plateau chargé d’or emporia les poids et toucha la terre '.

Afkaibussebext ns i'ikfli:esce btzantixb. — Ce précédent ne pouvait laisser dans l’esprit du pape un grand dévouement pour l’empire. Soit qu’il se souvint des cent livres d’or ou qu’il n’obélt qu’au mouvement de sa conscience , lorsqu’on (199, Justinien II lui adressa de Constantinople les statuts d’un concile appelé in Trullo, parce qu’il avait été tenu sous le dôme du palais impérial, il refusa de les approuver. Ce concile avait pour but de permettre aux prêtres mariés avant l’ordination de garder leurs femmes. Justinien II voulut employer l’autorité, sans réfléchir que l’autorité n’est qu’un mot où manque la force ; il croyait qu’un seul de ses gardes suffirait pour lui amener Sergius : l’événement prouva le contraire. Ce que l’exarque Calliopas avait exécuté sans peine â la tâte de scs troupes devint impossible pour l'écuyer Zaccharie tombant seul à Rome, inconnu et sans action sur la milice. Les soldais, naturalisés en quelque sorte par leur long séjour dans la ville, le chassèrent eux-mémes en le couvrant d’outrages. Ils ne montrèrent pas plus de respect, en 701 , pour l’exarque Théophylactc , successeur de Platyn. Le représentant impérial dut attendre, devant les portes fermées â son approche, le bon plaisir de cette soldatesque insolente et qu’on poussait sous main à la révolte. Ce n’était pourtant pas faute de sévérité que Justinien II laissait s’affaiblir l’influence impériale en Italie. Ce tyran, surnommé Rliinolmèle, parce que l’un de scs rivaux lui avait fait couper le nez, ordonnait en souvenir de sa mutilation, dit un historien, une cruauté ou un supplice toutes les fois que le besoin de se moucher le forçait d’ôter son nez d’or. Les querelles pour la suprématie épiscopale s’étant renouvelées au commun cernent du vm* siècle entre le prélat de Itavenne et celui de Rome, il ne trouva pas de moyen plus prompt de les apaiser que de faire crever les yeux à l’archevêque et de mander le pape à Byzance. Le pape, en 709, était un Syrien qui s’empressa d'obéir. Trois ans après son retour on apporta a Rome la tète de Justinien IL L’écuyer de Philippique, celui qui l’avait renversé, venait la montrer avec son nez d’or pour annoncer l’avènement du nouveau maître ’.

L’exposition de ce hideux trophée porta malheur & Philippique; ceux qui veulent que l’autorité suprême soit toujours forte et grande doivent se garder de l’avilir quand ils se vengent de leurs rivaux. Les huées qui accueillaient la tête sanglante et mutilée de Justinien montèrent jusqu'au trûne : quel respect pouvait

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