CHAPITRE XXI
lien du passé, et le sacrifice qu'ils exigeaient était-il possible?... c’est ce qui semble plus douteux. Dès qu'elle eut ouvert scs portes aux païens, l'Église ne fut plus maîtresse chez elle. Son culte, tout moral et tout philosophique, pouvait conserver sa primitive simplicité dans un petit cercle d'adeptes instruits, mais il devait la perdre forcément en tombant au milieu de masses ignorantes et imbues des anciennes superstitions. 11 y eut dès lors, dans le principe, obligation l t sagesse à donner une signification nouvelle et édifiante aux vieilles croyances du polythéisme qu’on était impuissant à détruire. Les hommes habitués à l'intervention constante de la Divinité avaient besoin de prodiges. La foi s’étant déplacée, ils ne les demandèrent plus aux autels baignés de sang des victimes ou & la feuille frémissante des chênes, mais aux tombes, aux reliques, à la mémoire de ces athlètes courageux qui avaient fondé le christianisme. De là le culte des images.
Rien de plus respectable dans l’origine, rien de plus beau dans son but que ces hommages pieux au courage et aux vertus des saints; malheureusement l'ignorance des temps était si grande que les images, transformées peu à peu en idoles, finirent par usurper l’encens qui n'est dû qu’à Dieu. Les réformateurs qui les proscrivaient se conformaient donc rigoureusement à ce précepte de l'Ancien Testament : « Tu n’adoreras aucune image de la créature ni celle taillée de main d’homme. » Iconoclaste zélé , l’empereur Léon , dit l'Isaurien , fit enlever des églises de Constantinople toutes les images des saints qu’on brûla publiquement par son ordre, et il écrivit au pape de purifier de la même manière les basiliques de Rome. Four se figurer l'émoi que dut produire cette lettre dans la métropole catholique, il faut songer que Rome ne vivait déjà que du culte des saints. Les dons des pèlerins qui accouraient de tous les points de l’Europe aux tombeaux des apôtres, formaient pour ainsi dire l’unique source de sa richesse : aussi n’y eut-il qu'une voix pour maudire l'empereur et pour applaudir à l’énergique protestation du pape Grégoire H.
« Tu as dit dans ton insolence et dans ton orgueil, écrivait-il à Léon en 727, j’irai à Rome , je briserai l’image de bronze de saint Pierre , et ce Grégoire qui ose me résister, à moi qui suis tout à la fois empereur et pontife', je le ferai traîner chargé de fers à Constantinople, comme l’un de mes prédécesseurs y fit traîner le pape Martin. Il est vrai que nous sommes bien petit devant toi et bien faible charnellement. Nous n’avons ni chevaux bardés de fer, ni soldats armés pour nous défendre. Mais la mort plane toujours sur la tête des tyrans qui abusent de leur pouvoir. L'Occident , qui ne cesse d'apporter sur sa tombe les fruits de sa foi , n’abandonnera pas saint Pierre. Rome est assez forte et ass z loin de Constantinople pour se rire de ta colère; et quant au pape, s’il s’éloigne seulement de vingt-quatre stades, tu poursuivras le vent ’. »
Ce langage, auquel les empereurs n’étaient pas encore accoutumés, faillit coûter
4, ùt«t «ai lifo»; il [al...
5. Lettre du pepe Grégoire à Léon. (Baronius, Aunalt» tcclètiatiiqurt, L m, p. 381.)
LOMBARDS ET FRANKS
cher A Grégoire U. Trois assassins que Marinus, alors duc de Rome, avait, dit-on, armés, essayèrent, en 7i8, mais en vain, de venger Léon. Izur première tentative échoua ; la seconde leur fut fatale : l'exarque Paul voulut employer la force : la force ne réussit pas mieux que la perfidie : on le repoussa, le peuple irrité chassa Marinus de la ville, et Luitprand, roi des Longobards, profitant de l'irritation des esprits et de la haine qui éclatait partout contre les briseurs d'images, entra tout à coup dans l'exarchat de Ravenne et en pilla les principales villes. L’exarque Eutychès, successeur de Paul, eut alors fort A faire. Le pape avait excommunié l'empereur et enjoignait aux catholiques de refuser le tribut; les Longobards campaient sous le môle d'Hadrien ; on parlait de l’intervention de ce terrible Charles Martel, l'effroi des Sarrazins, que Grégoire II appelait à grands cris au secours de l'Eglise. La querelle des images, loin de se refroidir, s'enflammait de plus en plus aux colères des chrétiens occidentaux et à l'obstination de l'empereur. Quatre-vingttreize évêques, réunis en concile dans la basilique vaticane, s'étaient prononcés A l'unanimité, en 731, pour la conservation de ces images proscrites. Léon les défendit aussitôt sous peine de mort. Cet aveugle acharnement, imité par son fils Constantin Copronyme, qui trouva devant lui un pape non moins résolu que le précédent, Grégoire III , enleva Ravenne et Rome aux Byzantins.
Charles-Marhi.. — Gagnant toujours du terrain A la faveur de ces discordes , et refoulant peu A peu le dernier exarque et scs Grecs, en 741 , les Longobards avaient fait tant de chemin qu'ils se trouvaient sous les murs de Rome. Quand le peuple les aperçut, il s'effraya et non sans raison, car la situation était difficile. L’empereur de Constantinople ne pouvait rien pour son salut. On connaissait l'astuce et l’avidité des Longobards qu’il fallait toujours gorger d'or pour avoir la paix. Dans cette extrémité, Grégoire III, se tourna vers la France. Deux miui ou envoyés apostoliques, l’évêque Anaslase et le prêtre Sergius, partirent chargés de présents pour aller implorer Charles Martel. Avec les chaînes de saint Pierre et les clefs de son tombeau , ils apportèrent au chef des Franks un décret par lequel le sénat et le peuple romain, renonçant A l’obéissance de l'empereur d’Orient, se plaçaient sous la protection de son épée en le nommunt consul , c'est-A-dire souverain de Rome Dans une lettre confiée au Frank Authard, l'un des fidèles de Alarlel, le pape avait consacré en ces termes le choix du peuple et du sénat : a Je te conjure, ô fils très-cher, par le Dieu vivant et véritable, et par les clefs très-saintes de la confession de saint Pierre que nous t’avons envoyées comme marques du pouvoir souverain ( ad regnum ), de ne point préférer l’amitié du roi des Longobards A celle du prince des apôtres 3.n
l. Fpittolatn cum drtrtio Romannrnm prinripom illi prrdictos prarsnl Gregorius misent quoi tete populm Romanu» rrlifiâ imperaloris domination? ad suant defen'iooera et invietam clrmentiam couverture voluissct. ( Annule» de Metz. )
*. Haronins, Annale» eccUiiattlquea, ann. 740: Vieux annaliste des Franks, publie par Dom Martene. Collection de» Monument», t. v, col. 888. — I je» continuateurs d’Almidn et de Kredegaire, id. Durbcsne. t. m. Rentra Franc., U.
L« dimande del Papa erano corne I Padri Ruinorl e Pag! ban diraosinto cite Carlo Mariella volesse impremlere la difesa cootra de Lnogobardi poi ehe in recompensa esw Papa co’ I Romani gli oflerivano la Sifuori» di Ru»./ col U:olo di Cmuoie o di Patrisi». ( Muraiori, Annal. d'Italia.i. if, p. Sli. )