CHAPITRE XXI
Pavic et achevait de lui gagner celte célèbre couronne de fer qu’il ceignit avant son départ dans le bourg de Monza, où l'archevêque de Milan le sacra, selon la coutume lombarde , roi d’Italie.
Six ans après cette intronisation, Charlemagne, déjà maître d’une grande partie du continent, était de retour à Rome et y faisait baptiser, le 15 avril 781 , le plus jeune de ses enfants. En sortant de l'urne de porphyre, cet enfant fut sacré par le pape roi d'Italie. Son frère reçut Ponction pontificale comme roi d'Aquitaine, puis le géant carlowingien repassa les Alpes pour aller refouler dans leurs forêts les Saxons en Germanie, battre les Aquitains sur la Garonne, rejeter les Arabes au delà de l'Èbre, et il ne revint, dans sa chère métropole du Tibre, qu’en 800. Bien des événements étaient survenus dans ces vingt années : taudis que ces Franks, au coeur plus dur devant le péril que le fer qui chargeait leurs poitrines, l’élevaient au faite de la puissance et de la gloire, des légats lui apportant les clefs du tombeau de saint Pierre et le drapeau aux six roses, emblème de la vassalité des papes, lui apprenaient que Léon III avait succédé au pontife Adrien son ami. Charlemagne ne larda pas à voir le nouveau pape. Un de ces actes de violence dont Rome chrétienne était trop souvent le théâtre le lui envoya, en 799, à Paderliom.
Comme Crislophore et son fils, trente-trois ans auparavant, le primicicr Pascal et le saccllaire Campule avaient conspiré contre leur maître. Léon III, le jour de saint Marc, 35 avril , suivait à cheval la procession des grandes litanies, lorsque par la ruelle des couvents de Saint-Étienne et de Saint-Sylvestre débouchent tout à coup les conjurés à la tête d’une troupe de scélérats armés de poignards et de bâtons. Saisis d’effroi, peuple et clergé prennent la fuite. Alors les assassins renversent le pape de son cheval et le dépouillent, en déchirant ses vêtements pontificaux, tandis que le primicier et le sacellaire s'efforcaient, à coups de poignards, de lui arracher la langue et les yeux; ils le laissèrent au milieu de la rue à demi mort et baignant dans son sang. Mais, un instant après, Payant vu de loin donner quelque signe de vie, ils accourent de nouveau, Paccnblent d’une grêle de coups et Pentralnant dans l'église du monastère, où sur les marches mêmes de l’autel , ils le criblent de blessures et lui coupent la langue. Ainsi mutilé et moribond , il fut jeté dans la prison d’un couvent voisin d'où quelques serviteurs fidèles l’enlevèrent pondant la nuit; ils venaient chercher son cadavre et furent bien surpris de le trouver respirant encore. On le descendit, comme saint Paul , avec des cordes du haut des murs de la ville, et Albin, son camérier, le porta dans la basilique valicane. A la nouvelle de cet attentat, les Franks du duché de Spolete s’étaient mis en marche; arrivé à Saint-Pierre, leur chef Winigis prit respectueusement le blessé, le conduisit à Spolete, et quand il put supporter le voyage, car, par un hasard si merveilleux , que les contemporains le prirent pour un miracle, aucune blessure n’était mortelle, il le fit escorter jusqu’à Paderborn.
Charlemagne avait rangé son armée sur deux rangs pour le recevoir ; le vieillard mutilé passa au milieu, et, aux exclamations d’horreur et de pitié qui s'élevaient de
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LOMBARDS ET FRANKS
tontes parts sur son passage, il dut avoir bonne espérance. Sa cause était gagnée d'avance, en effet. Par le conseil d'Alcuin , Charlemagne confia le pape à deux archevêques germains, quatre évêques d'au delà du Rhin et de la Gaule et trois comtes franks qui le ramenèrent dans son palais de Latran; puis, afin de rétablir Léon III sur le siège pontifical, sans blesser la population qui n’était pas du côté du pape, il suivit de près scs légats et arriva à Rome, le 21 novembre de l'an 800. Là, il entendit, dans une assemblée composée de prélats et de leudes franks, les accusateurs du pontife qui dut se laver par un serment muet, en posant l'Évangile sur sa tête, des nombreux méfaits qu'on lui reprochait. Le pape absous, Charlemagne s'occupa d’une affaire plus importante et qui était le but secret de son voyage.
CaxauiaAcsx emperech d'Occwcst. — Dans le but de se concilier sa faveur, les chefs du clergé , les sénateurs et les nobles de Rome lui avaient dit à son arrivée : «Il n'y a plus maintenant d'empereur; ce titre va périr, car une femme occupe le trône de Constantinople. Puisque Dieu t’a donné les Gaules, la Germanie et l’Italie qui formaient autrefois l'empire d'Occideut, prends le titre d'Auguste qui l’est décerné aujourd'hui par toute l'Europe chrétienne. Charlemagne répondit humblement qu’il était prêt à se soumettre aux décrets de Dieu ’. En conséquence, deux jours après, lorsqu'il assistait dans la basilique de Saint-Pierre , pleine d'une foule immense, à la messe de Noël , le pape lui posa une couronne sur la tète, et aussitôt l’église retentit de cette acclamation poussée par dix mille voix : u A Charles , Auguste, couronné empereur de la main de Dieu ! longue vie et victoire !... » Pendant qu'il feignait la surprise le pape répandit sur son front l'huile sainte, ensuite il l'adora selon la coutume antique, et tous se prosternèrent comme le pontife aux pieds du nouveau César1. C’est ainsi que fut rétabli l’empire d'Occident, trois cent vingt-quatre ans après sa chute; c’est ainsi que le titre d'Auguste, fondé sur le droit de conquête et consacré par l'élection, investit de la souveraineté légitime de l'Italie et de Rome les rois franks et leurs héritiers.
Ce diplôme impérial, scellé de la grande épée de Charlemagne, ne pouvait être et ne fut contesté par personne. Il n’en était pas de même de la donation faite à saint Pierre. Huit ans après que le césar frank eut quitté Rome avec ces leudes couverts de fer et ces archevêques militaires qui , transformés en paladins et couronnés du nimbe fabuleux des chroniques , devaient s'imprimer pour toujours dans l'imagination des peuples, Léon III écrivait à Aix-la-Chapelle qu'on ne lui laissait lever aucun tribut sur l’exarchat de Ravenne. Charlemagne envoya aussitôt deux missi qui , loin d'accueillir les réclamations du pontife , établirent dans toutes les villes des juges et des comtes pour rendre la justice et percevoir les impôts au nom de l'empereur. Deux actes non moins significatifs complétèrent bientôt la pensée du conquérant, et montrèrent à l'Occident que sa souveraineté sur Rome et l'Italie était
1. Chronique de Meitoac , Recueil de • Hitloriau de France, I. v, p. 78. — Cbroniq. de Lambert d'Inde d; d’Herman te Raccourci, de Scott, de Tbdopbane.
2. A ponüllte more antiqnomm prineipiani adorait» est. ( Moratori, Anuali d'Itaha, t iv, p. 380. )
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