‹ Rome ancienne et moderneChapitre 270 sur 428 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

su ns conditions et sans limites, et qu'il la léguait à scs successeurs telle que l’avait créée son épée. En 811, voyant venir la mort, il dicta son testament à Ëginliard, et ne manqua pas de compter Ravenne et Rome dans les vingt et une métropoles que renfermait l'empire; puis, au mois d’aoùt de 813, réunissant dans sa chère cité d’Aix-la-Chapelle la plupart des comtes, des nobles et des évêqups franks, il leur proposa de déclarer Auguste son dis Louis le Débonnaire. L'as emblée féodale répondit par une acclamation unanime. Le grand empereur , s’adressant alors au jeune césar, l’exhorta paternellement , selon Thégan , l’un des témoins de cette scène, à servir Dieu, it honorer ses prêtres, à aimer le peuple et & choisir de bons ministres; ensuite il lui ordonna de prendre la couronne qui était placée au milieu de l’autel et de la mettre sur sa tête. Quelques mois plus tard on descendait Charlemagne dans les caveaux de sa basilique bicn-aimée ; les Franks avaient un nouvel empereur et les Romains un nouveau pape.

Celui-ci, qui prit le nom d’Étienne IV, s’empressa de faire prêter au peuple romain le serment de fidélité dé à l'empereur. L’année suivante il le sacra à Reims, et, en 823, son successeur sacra Lothaire, petit-fils de Charlemagne, à Rome. D’un caractère ardent et fier, Lothaire, associé à l’empire par son père Louis le Débonnaire, allait élever rudement sa couronne au-dessus de saint Pierre et du Capitole. Son premier soin fut de casser, en 82i, tous les juges de Rome qu’il remplaça par des magistrats franks. De cette année jusqu'à 829, aucun des trois papes qui portèrent successivement l’anneau du pêcheur ne fut consacré sans que l’élection eût été approuvée par l'empereur, selon l’antique usage. Enfin , le pouvoir impérial était si fort et celui du pape si faible à Rome, que l’abbé du monastère de Farfa , situé dans la Sabine, ayant porté plainte à l'empereur contre le pontife , Louis le Débonnaire donna l’ordre à deux de ses missi d'examiner l’affaire et de juger selon l’équité. L'évêque Joseph et le comte Léon , qui se trouvaient alors à Spolete , se transportèrent donc à Rome et ouvrirent le plaid dans le palais même de Latran en présence du pape Grégoire IV, du bibliothécaire du Saint-Siège, du duc de Ravenne et de plusieurs prélats romains. Invité à exposer ses griefs , l'abbé Ingoald dit qu’il réclamait un domaine dont les papes Adrien et Léon s’étaient emparés de force, et qu'ils refusaient de restituer. Les missi ayant interrogé l’avocat du pape, celui-ci répondit que le Saint-Siège possédait légitimement les biens réclamés. On somma l’avocat de l'abbé de produire ses preuves, et il déroula tant de parchemins que, malgré les adirmations de son adversaire, démenties d'ailleurs par une foule de témoins, les missi, après avoir lu chartes et diplômes, condamnèrent le pape dans son propre palais '.

Grégoire IV avait encore cet outrage sur le cœur, lorsque Lothaire l’emmena en France dans le dessein d’épouvanter son père. Le bruit se répandit, en effet, au Champ du Mensonge, près Rofiiac, où Louis le Débonnaire et ses trois fils se ren-

i. MaUHIon, appendice du lome 11 de* Anunlei Déntdhiittr ».

LOMBARDS ET FRANKS

contrèrent, que le pape venait excommunier le vieil empereur; mais' les évêques franks, rudes prélats, qui avaient presque tous les lianes serrés par la ceinture militaire, ne s’effrayaient pas pour si peu. « Si le pape, dirent-ils tranquillement , vient avec l’excommunication, il s’en retournera excommunié. » Telle était alors la situation du pape : du câté des évêques s'il s'agissait d'une question d'intérêt ou d'orgueil il ne voyait que des ennemis; du côté des empereurs il trouvait sans cesse des maîtres jaloux et sévères. En 844, on avait consacré, avant d’en avoir reçu la permission de France, le successeur de Grégoire. Lolhaire, furieux, envoie Louis II, son fils, à Rome avec une armée, et l’évêque de Metz. En entrant dans la campagne romaine, le farouche prélat mit tout h feu et à sang ; aussitôt les magistrats sortent en pompe avec des palmes et font neuf milles pour acclamer le fils de l’empereur. Les écoles, la milice et les corporations suivaient, selon la coutume, avec leurs bannières en chantant des cantiques et en criant; Vie et victoire au roi d’Italie! Entre ce cortège triomphal et l’armée qui marchait, silencieuse et la lance haute, Louis II arrive à la basilique de Saint-Pierre devant laquelle le bon pape l’attendait avec son clergé. Là, le pontife et le jeune roi s'embrassèrent. Louis entra dans l’église en tenant la droite comme son aïeul; ils allèrent se prosterner ensemble au tombeau de l’apôtre; puis quelques jours après, pendant que l’armée coupait les blés autour de Rome et fauchait les prairies, le pape sacra Louis II en présence des archevêques , des évêques et des barons qu'il avait amenés de France , et fit prêter serment de fidélité à son père par toute la noblesse et le peuple romain Lus Sarbasiss. — Deux ans avaient passé à peine sur cette leçon impériale quand , au mois d’aoùt de 846, les guettes placées au rempart du midi donnèrent l’alarme en tremblant. C’étaient les Sarrazins qui, s'élançant à l’improviste de leur tour de Misèce, avaient remonté le Tibre malgré le petit fort construit quatorze années auparavant par Grégoire IV sur les ruines d’Ostie. Ces hardis pirates, dont le turban vert, les croissants et les lances ornées de banderoles faisaient trembler l’Italie depuis un quart de siècle, débarquèrent intrépidement devant la basilique de Saint- Paul, la pillèrent, et, trouvant les portes de Rome fermées , tournèrent la proue de leurs vaisseaux vers la rive droite et allèrent assaillir Saint-Pierre. Située hors des murs comme celle de Saint-Paul , la basilique vaticane n’avait pour défense que de faibles barrières et sa sainteté. La hache brisa les portes , et la mémoire vénérée de l'Apôtre n’arrêta pas les fils du Prophète. Se précipitant en tumulte sur ces degrés que les pèlerins ne montaient qu’à genoux et qui avaient été touchés par les lèvres de Charlemagne, les pirates maures traversèrent avec d’affreux blasphèmes le grand portique appelé le paradis, et entrèrent comme une trombe dans la nef triomphale. I -à , ces mécréants au front noir s’arrêtèrent éblouis. A travers les colonnes des cinq nefs ils voyaient briller des richesses immenses. Les douze colonnettes apportées , dit-on , de Jérusalem qui entouraient le tombeau de saint Pierre , soute-

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