CHAPITRE XXI
liaient une grille d’argent, une architrave d'argent , des statues d argent-, un autel d'argpnt massif était [Misé sur le sépulcre; partout étincelaient les ornements, les statuettes, tes images, les croix les vases d’or; la nef du milieu en resplendissait, car elle avait pour plafond les tuiles de bronze doré du temple de Vénus* Tout fut emporte par les pirates. Quand ils déployèrent les voiles de leurs barques surchargées de butin, les iconoclastes auraient été contents; il ne restait plus à la porte de la basilique vide et complètement nue , que les deux statues solitaires de saint Pierre et de saint Paul1. Pour prévenir une seconde catastrophe , le pape Léon IV reprit le projet de l'un de scs prédécesseurs et entoura de murs la basilique, le palais de Charlemagne et les maisons circonvoisines. La nouvelle enceinte prit le nom de son fondateur : on l’appela cité Léonine , et le 28 juin de 852, veille de la f te de saint Pierre et de saint Paul , le pape la bénit solennellement à la tète de ses cardinaux , de ses évéques et de tous les clercs , qui en firent le tour en procession nu-pieds et la tête couverte de cendres.
Louis II succède a Lotuaire. — Tranquilles de ce côté , les Romains virent bientôt éclater un autre orage : Louis II avait remplacé son père sur le trône impérial. Non moins jaloux de sa souveraineté, il avait toujours l’œil tourné vers Rome. Or, au commencement de juillet 855, le maître des milices, Daniel, vint lui révéler un complot tramé par quelques nobles de la ville. « Pourquoi, lui avait dit Gratianus, ne rappelons-nous pas les Byzantins, qui repousseraient les Maures?... Pourquoi ne pas affranchir la patrie du joug de ces Franksî... » L’empereur vole aussitôt à Rome avec une troupe d’élite. Son arrivée surprit étrangement le pape et le sénat de Rome. En apprenant pourquoi il était venu si vite, ils cherchèrent à le calmer par de douces paroles; mais, sans se prendre au miel de leurs discours, Louis II convoqua sur-le-champ tous les nobles de Rome dans le palais même du pape. Ut, Daniel montrant Gratianus dit à l'empereur assis au milieu des barons: « Cet homme me conseillait de soustraire Rome à votre obéissance et de la livrer aux Grecs !» A ces mots tous les nobles se levèrent en criant : a Daniel ment ! » Ils se sentaient d’autant plus forts que le maître de la milice n’avait d'autres preuves que sa parole; aussi fut-il condamné comme calomniateur et livré à Gratianus, qui n'aurait pas adouci la rigueur de la loi romaine si l'empereur n’eût sauvé Daniel en le retirant de ses mains.
Cette révélation laissa de mauvaises traces dans l’esprit de Louis II : persuadé que les pontifes s'associaient aux projets des nobles, il devint soupçonneux 6 leur égard et se trouva plus disposé à les traiter en vassaux rebelles. L’occasion s’étant offerte en 863 de déployer son autorité, il la saisit avec plus de passion peut-être que de justice. Il s’agissait à la vérité d’un fait touchant la famille impériale. Nicolas I” avait excommunié le roi de Lorraine, qui préférait & sa femme une concubine. L'arrêt était juste; mais comme il frappait son frère, l'empereur en fut indigné, et prit comme un furieux le chemin de Rome avec ses troupes.