‹ Rome ancienne et moderneChapitre 272 sur 428 · I. Chroniques du Vont- Clitin, litr. I · texte numérisé non relu

I. Chroniques du Vont- Clitin, litr. I

LOMBARDS ET FRANKS

Au lirait de sa marche Nicolas avait ordonné un jeûne général, une procession et des prières pour qu'il plût è Dieu de désarmer le bras du A ’aaman Carlovingien. La procession commençait à monter les degrés de la basilique vaticane lorsque l'empereur arriva. Sans dire une parole, ses soldats se jettent aussitôt sur le peuple cl sur le clergé, les accablent de coups, brisent les croix et les bannières, et n'épargnent pas même une croix d'or donnée à l'église de Latran par sainte Hélène, qui renfermait du bois de la vraie croix. Cette relique précieuse fut rompue et foulée aux pieds. Le désordre augmentait à mesure que l'armée entrait dans la ville; elle y pillait, elle y forçait les femmes jusque dans les couvents, elle y massacrait comme si Rome eût été prise d’assaut. Glacé d'effroi , le pape s'enfuit du palais de Latran , et, se jetant précipitamment dans une barque, courut par le Tibre à Saint-Pierre, où il passa deux jours et deux nuits sans prendre aucune nourriture. Il est probable que l'empereur obtint ce qu'il voulait de ce vieillard terrifié, car le roi de Lorraine ne quitta pas sa concubine, et les Franks, en partant, laissèrent, dit l'annaliste d'Italie, un écrit des plus insolents contre le pape sur le tombeau de saint Pierre*.

Cette violente péripétie de la lutte que le Saint-Siège soutenait opiniâtrement contre l’empire ne corrigea pas le clergé romain. En 807, le pape Nicolas étant mort, les cardinaux, qui s'arrogeaient dès cette époque le droit de choisir le pontife en daignant permettre au clergé inférieur et au peuple de voter comme eux, profitèrent de l’absence des mini impériaux pour élire le curé ou cardinal de Saint-Marc, connu sous le nom d'Adrien II. Les représentants de l’empereur virent dans cette précipitation un acte de lèse-majesté , et il parait que Louis II fut du même avis, car Lambert, fils du duc de Spolcte, ne tarda pas à se montrer avec ses Franks. La malheureuse Rome paya comme toujours pour les ambitieux : elle fut saccagée. Le peuple souffrit moins cependant que l’Églisc et les nobles. La fureur de Lambert tombait principalement sur les églises et sur les demeures des grands. Se conformant sans doute aux ordres qu’il avait reçus il exila plusieurs évêques et emmena comme étages les fils des premières familles.

Au milieu de ces événements le ix* siècle, âge d’injustice , de violence et de sang, s'acheminait vers sa fin b travers le fer et le feu. Le dernier jour du mois d’août 875, l’empereur Louis II mourut à Brescia. Charles le Chauve se hâta de passer les Alpes et vint recevoir h Saint-Pierre cette couronne augustale qui ne devait voiler que deux ans sa calvitie. En 880, elle ceignit le front du dernier descendant de Charlemagne. En moins d’un siècle la source de ce sang illustre s’était tarie; les rejetons du terrible Martel , du vaillant Pépin , de l’héroïque Charlemagne fléchissaient sous la gloire de ces vieux noms énervés et débites autant que les Mérovingiens. Plus de ce génie demi sauvage, mais plein de verve et de vigueur, dans les conseils, plus d’énergie sur le champ de bataille. Les enfants n’avaient hérité

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