CHAPITRE XXI
que la faiblesse de leurs mères : les lions avaient fait un daim. Le dernier fils de Charlemagne était Charles le Gros !
Aussi quand ils virent celte déchéance, les hauts barons de la féodalité , encore il genoux devant la race de Martel , se relevèrent tous. En 888, Béranger, duc du Frioul , se proclama roi d'Italie et prit la couronne de fer. En 891 , Guy, duc de Spolcti , se proclama Auguste et prit la couronne impériale. Dans l'espace de dix ans l’Italie eut trois rois et Rome quatre empereurs. Après Guy, son fils, Lambert saisit le sceptre d'or et le porta glorieusement. Le roi de Bavière, Amolf, qui vint le lui disputer l’année suivante , entra par la brèche à Rome et n'y conquit qu’un vain titre. Séparés par la mort qui les coucha l’un et l'autre dans la tombe au moment où ils allaient combattre , les deux rivaux furent remplacés par le fils d’Arnolf et le fils de Boson, venus pour continuer ce duel acharné entre les Franks de l'est et ceux de l'ouest, le premier de la Germanie et le second de la Provence. Dans son dévouement insoucieux et banal Rome trouva des acclamations pour tous ces maîtres. Les papes , de leur côté , consacrèrent sans hésiter toutes ces ambitions. Étienne V versa l’huile pontificale sur le front de Guy; Formose couronna Lambert et Arnolf : Louis III reçut le diadème impérial des mains de Benoit IV. 11 est vrai que les vapeurs violentes qui chargeaient l'air du siècle inspiraient alors aux hommes d’étranges idées. Tout ce que le moyen ftge, tigre couvert de sang et de reliques, avait de férocité brutale au coeur, éclatait dans les actes les plus saints. Chef d’une faction opposée à celle de Formose, Étienne VI, qui n’avait pu se venger du pape vivant , voulut au moins se venger , quand il lui succéda , du pape mort. En 896, il réunit à Latran un concile composé de ses créatures, devant lequel on cita le défunt dans les formes. Bien empêché de comparaître, l'accusé fut condamné par contumace. Mais cette flétrissure ne pouvait suffire à la haine de l’ardent Étienne. Il ordonna d'exhumer le cadavre et le fil apporter dans la salle du concile vêtu de ses habits pontificaux. A la vue de ce corps tombant en lambeaux, car il y avait huit mois qu’il était dans la bière, le pape s’élance de sa chaire pile de rage et apostrophe ces tristes restes que faisaient mouvoir par moments, comme si Formose eût été vivant, la putréfaction et les vers :
o Pourquoi, dit-il, mortel ambitieux, as-tu quitté l’évêché du Pont pour envahir le trône de Saint-Pierre?.. . »
Le mort ne répondant pas à cette accusation, le concile le condamna sur son silence. Alors Étienne, le déclarant indigne du pontifical et de tous les ordres, commanda de dépouiller le cadavre de ses ornements et de le vêtir d'une robe de bure. U lui fit ensuite trancher la tête et couper les trois doigts qui avaient donné la bénédiction. Ces débris mutilés et le corps furent précipités sous ses yeux dans le Tibre*.
Il est des actes si odieux qu'ils révoltent dans tous les temps : devant la ven-
I. Laiiprand , TScciwos, llirtor., Ii». i, e. 8, p. 438. — Anialrlens Auslerios, VU* — Anrcdotet
UaliftiKr», p. 818.
LOMBARDS ET KRANKS.
geance du pape Étienne VI le moyen ftge lui-mème recula d'horreur. Mais comme la force était sa seule loi, il punit cet acte barbare par une autre barbarie. Le peuple indigné traîna l'implacable pontife en prison et se chargea de son supplice. Tandis qu’on l’y étranglait lentement, le roi Béranger faisait crever les yeux à l’empereur Louis III, et par une juste expiation tombait à son tour sous le poignard d’un assassin , si bien que la domination des Franks proprement dits, déjà mortellement atteinte quand les bourreaux aveuglèrent le dernier rejeton de Charlemagne, finit réellement avec la vie de Béranger, le dernier représentant de la féodalité française. Le roi d'Italie et l'empereur de France morts, Rome se trouva libre du joug étranger : mais cette indépendance ne dura qu'un instant; au lieu de s’affranchir elle descendait seulement un degré dans la servitude. Rome n'échappait à l'empire que pour devenir la proie de la féodalité. Elle s’était endormie en 900 mère des Césars (l’Occident, elle se réveilla en 901 vassStle des comtesses et des comtes de Tusculuui.