‹ Rome ancienne et moderneChapitre 275 sur 428 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

rielu'sse sensuelle de l'organisme donnaient l'idée de la beauté antique telle que l’ont fièrement modelée les artistes des césars. Qu’on se figure celte femme, la plus belle de son siècle , trônant dans les salles splendides encore avec leurs murs incrustés de marbre et leur pavé en mosaïque des thermes Alexandrins ou traversant comme la Flore du Capitole le bosquet de platanes, les chefs des factieux qui déchiraient Rome et l’Église tombèrent h ses pieds; elle en profita pour les désarmer tous. Théodora et Marozie, sa fille et sa seule rivale furent pour la ville et l’Église deux anges non de chasteté, mais de paix. Grèce à leur influence, la concorde s’établit entre des hommes qui ne semblaient, comme les enfants de Cadmus, nés que pour se détruire ; elles étouffèrent ces haines atroces qui ensanglantaient et souillaient tour à tour le palais pontifical. Ce dernier résultat qu'on eiït cru impossible en ce siècle fut obtenu à la vérité par des moyens peu canoniques. Théodora avait pour amant l’archevêque de Ravenne, Marozie était la maîtresse du pape Sergius. Quand le monde , selon l'expression du panégyriste Frodoard, eut triomphé sept ans d’avoir un tel pontife, Théodora fil élire l'archevêque de Ravenne qui prit le nom de Jean X. L'amour ou la reconnaissance de ce pape |>our Théodora ont vivement scandalisé le cardinal Uaronius , auteur des Annales ecclésiastiques. Cependant on ne reproche à Jean X ni poison , ni trahison ; forfaits qui , dans l'Age suivant , laissèrent tant de taches de sang sur la robe pontificale. R gouverna l'Église avec fermeté et justice, sut réunir pour le bien commun les princes rivaux qui se partageaient l'Italie, et conduisit lui-même, en 916, une croisade de Grecs et de Franks contre les Sarrazins campes au bord du Garigliano. Dans cette expédition il mérita la gloire de vaillant capitaine, en vengeant si vigoureusement sur les pirates la spoliation de Saint-Pierre que pas un n’échappa au collier de fer

Meurtre du pape Jean X. — Malheureusement cette victoire prouvait qu’il était plutôt fait pour porter l’armure d’acier que l'anneau de l'apôtre et son pacifique trirègne. Ne trouvant pas dans le sénat le respect et l’obéissance qu’il en attendait comme pontife, il essaya d'effrayer les nobles en se débarrassant par le poignard du plus turbulent d’entre eux , Albéric, marquis ou chef de la frontière, alors appelée Hardie de Camérino, et comte de Tusculum; cet Albéric était le gendre île Théodora. Marozie, sa veuve, irritée d'ailleurs de longue main contre l’amant de sa mère, résolut do tirer vengeance de ce meurtre, et pour agir plus sûrement, elle chercha A s'emparer du tombeau d'Adrien qu'on nommait Château Saint-Ange, à cause de la chapelle bâtie depuis 008 au sommet du monument et dédiée à l'archange Michel. Aussitôt qu’elle fut établie dans cette position inexpugnable qui, dominant le Tibre et commandant toute la ville, était regardée, au moyen âge ainsi qu 'aujourd'hui, comme la clef de Rome, Marozie offrit sa main et la suzeraineté de la ville à Guy, duc de Toscane. Elle ne lui aurait apporté que le château Saint-Ange

1 Siroontle de Stsroondi. HUI. (Ut IlspuM/çae* llaluunet du moyen Age, p. 44).

LES COMTES DE TUSCüLUM rî3

en dot que Guy l'eût épousée avec empressement. Ce mariage la rendit assez forte pour tenir trois ans en échec le pape Jean X. Incapable de maîtriser la violence de son caractère et surtout de plier sous les lois d'une femme, le pape attaqua probablement le premier ou menaça ses deux ennemis. Ceux-ci, allant au devant du danger, envahirent une nuit le palais de Latrati à la tête d’une troupe de ces hommes d'armes qui suivaient alors les bannières seigneuriales. On égorgea d'abord, sous les yeux du pontife, Pierre son frère et son conseiller intime ; puis les vassaux de Marozie traînèrent le pape dans le souterrain du château Saint-Ange et l'y étouffèrent sous des coussins '.

Hcco rr l« fils dk Marozie. — Plusieurs années après ces représailles, Marozie, qui venait de faite périr l'un des successeurs de Jean X en prison , et d'avancer peut-être la lin de l'autre, mit, en 930, sur le trône pontifical un fils qu'elle avait eu du pape Sergius, et qui s'appela Jean XI. Sous le nom de ce jeune homme doux et timide , elle gouvernait l'Eglise aussi arbitrairement que Rome, quand son second époux mourut. Elle se hâta d'en choisir un troisième. Plus épris du château de Saint-Ange que de sa beauté , Hugo , malgré l'abime incestueux qui les séparait, selon la loi chrétienne, s'unit sans répugnance à la femme de son frère. Dans la pensée de Marozie, cette alliance consolidait pour longtemps sa domination sur la ville; c’était compter sans l'inconstance de la destinée. Ce mariage , qui devait assurer son triomphe , car il ornait son front de la couronne de fer, Hugo étant roi d'Italie, devint sa perte. Elle avait un autre fils, adolescent encore, qui portait le nom de son premier époux , Albéric , le comte de Tusculuin. Un jour que , par l'ordre de sa mère , il remplaçait le page du roi et lui tendait l'aiguière d’argent, par précipitation ou à dessein, il s’acquitta si maladroitement de cet office, que Hugo, tout inondé, ne put retenir un premier mouvement de colère. Frappé au visage, le jeune Alliéric sort en pleurant et court se plaindre de cet affront â ses parents et aux anciens amis de son père. Les nobles, qui ne voulaient pas d'un maître trop puissant, s'emparent avec joie de ce prétexte pour chasser Hugo. Ils ferment les portes, font sonner les cloches, et mènent le peuple soulevé au bruit du tocsin droit aux thermes Alexandrins. Hugo s’était réfugié dans le château Saint- Ange; il y fut cerné avant d’avoir eu le temps d’y introduire un corps de troupes campé hors des murs. Perdant la tête, il profita des ténèbres |>our se glisser le long des remparts à l’aide d’une corde et s’enfuit en Lombardie. Marozie, qui maudissait sa lâcheté, ouvrit les portes du château à son fils ; mais l'adolescent que les nobles saluaient déjà du titre de consul et de sénateur de Rome, leur prouva qu’il sortait de bonne race féodale en jetant sa mère dans les fers et le pape son frère sous les verroux de sa forteresse V

Hugo ne pouvait dévorer ce double outrage. Il revint avec une armée , en 933; mais il trouva que Rome n’était pas, comme lui, fille de la peur. Forcé de regagner

i. Fiodoard (Chrtmiqutt). — Le cardinal Barooies, Aaualea eccliaiaaliquet

t. Frudoard ; Chronique Je /Vj htt de Rhaitu )

CHAl’ITUE XXII.

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l'jivie, après quelques ravages autour des murs, il reparut sept ans plus tard, et dévasta si bien la campagne , que le nouveau comte de Tusculum, dont tous les contemporains vantent le bon gouvernement , lui proposa de faire la paix; pour la rendre plus durable il épousa sa fille Aida. Ce fut une concession inutile, Hugo ne voulait pas la paix, il voulait l'influence de son gendre. La guerre continua doue pour savoir à qui resterait la domination de Rome, et le patrice l'emporta sur le roi. Jusqu’en 954 Albéric gouverna la ville du haut de son château Saint-Ange avec une autorité absolue. Tout puissants sur le parchemin, les papes en réalité n’eurent pendant cette période aucune initiative, même dans leur domaine spirituel ils n’agissaient que sous son inspiration ; c’était le comte de Tusculum qui administrait, qui percevait les impôts, qui rendait la justice. U laissait figurer leurs noms en tête des actes publics; mais à ce vain honneur se réduisit pendant vingt-deux ans tout le pouvoir des papes 1 .

. Les EursasuBs d'Alliragse. — Albéric régna ainsi jusqu’en 954. Dès que les moines de Farfa, qui lui devaient tant de reconnaissance, curent emporté son cercueil , Oct avilis son fils lui succéda sans opposition , bien qu'il portât la robe de clerc et qu'il n’eût que dix-huit ans. Au bout de quelques mois le pape Agapct II mourut; le jeune comte de Tusculum se souvint alors qu’il était prêtre, et se fit élire à sa place. S’il faut en croire le cardinal liaronius, Luitprand et l’auteur français de l’Histoire de l’Église, ce pontife imberbe qu’on nomma Jean XII laissa trop voir sous 1a dalmatique papale, le petit-fils de Marozie. Il vendit au plus offrant les ordres de l’Église, les abbayes et les évêchés. Passionné jusqu'à la folie pour la chasse, il avait un grand nombre de chevaux qu'il ne nourrissait pua de foin et d’orge, mais de pigeons, de noisettes, de pistaches, de raisins secs et de ligues trempées dans d’excellent vin. Ni sa jeunesse , ni son amour des plaisirs bruyants ne l’empêchaient pourtant de songer à l’intérêt de Rome. Deux tyrans se disputaient alors la couronne d’Italie, et la liberté de la vieille ville courait grand risque d’élre étouffée au milieu de leurs luttes. Dans le but d’écarter ce péril, de jour en jour plus menaçant, Jean XII imagina d’opposer à l’ambition des deux rivaux un pouvoir assez fort pour les écraser l’un et l’autre, et assez éloigné pour protéger Rome sans l’asservir. Il offrit en conséquence le titre d’empereur au roi d’Allemagne sous des conditions très-nettement formulées, qu’au mois de décembre 9til Olhon accepta en ces termes :

a Si Dieu permet que j’aille à Rome, j’exalterai autant qu’il me sera possible la sainte Église et toi qui es son chef ; et jamais de mon consentement , par mes conseils ou ma volonté , tu ne perdras ni la vie, ni les membres, ni la seigneurie. Je ne rendrai à Rome aucun jugement , je ne conférerai aucun bénéfice sans avoir pris ton avis et celui du peuple romain. Tout ce que je pourrai conquérir du do-

t. Scorgiamo da qneslo e da allie simili document! de’ l*apl d’allon cbe Alberico lasdava a I Romani ponlellcl l’onore d’essere Dominait ne gli attl pnblici corne se fosse ro egltao i Padr.ini di Huma e del suo durai», qnaiulo si sa di recto dt'egli la faccTa da Principe axsolulo net temporale qnegli Stati. — Muratori, A nuit d'Iialia, t. v, p. 3 U.

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