CHAPITRE XXII
' Peu effrayé de la menace , le concile passa outre , et donna la parole aux ennemis de Jean XII. Ils l’accusèrent alors de plusieurs crimes, entre autres d’avoir épousé sa nièce, d’avoir ordonné un diacre dans une écurie, et d’avoir invoqué, en jouant aux dés, la protection de Jupiter, de Vénus et des autres faux dieux. Sur ces griefs il fut solennellement déposé et remplacé par un laïc honnête et probe qu’on nomma Léon VIII.
Le sang de Marozie bouillonnait dans le cœur de Jean à ces outrages. Un mois écoulé à peine il essaya de se venger en attaquant l'empereur. Le 3 février 964, ses partisans, les Tvscolani, barricadèrent les ponts du Tibre; on s’y battit avec acharnement et le sang germanique y coula en telle abondance qu’Othon, bien que triomphant , car les empereurs sont rarement les plus faibles dans les chroniques, ne larda pas à quitter Rome. Jour néfaste que celui de son départ pour le pape Léon ! Othon ne fut pas au delà du Ponte-Molle que les Tuscolani détruisaient Bon ouvrage. En arrivant à son camp de Spolete , il y trouva Léon VIII qui avait eu le bonheur d’échapper, mais aussi nu qu’un mendiant. Moins diligents ou moins heureux , ses partisans payèrent pour lui à Rome. Jean fit couper la main droite au cardinal-diacre qui avait rédigé la sentence du concile; les doigts, le nez, la langue au premier archiviste Azzon, et livra aux bourreaux, qui le battirent cruellement de verges , Oger, évêque de Spire et confident d’Othon. Quant à ses accusateurs, ils périrent tous sous le glaive ou la hache. Frémissant de colère à ces nouvelles, Othon reprit le chemin de Rome avec son armée, mais il eut beau hâter sa marche, celui qui ne laisse aucun crime impuni l’avait devancé. Quand il arriva à Latran, il n’y trouva plus qu’un cadavre. Frappé mortellement à la tempe par une main inconnue, dans ses courses nocturnes, Jean XII n’était rentré au palais pontifical que pour y mourir.
Le e*PE Jean XIII. — Avant de quitter la ville d’où une peste affreuse le chassa , Othon avait défendu d’élire désormais le pape sans la permission de l'empereur. Won VIH étant mort en 965, on n’osa pas enfreindre sa défense, et deux nonces, le proto-archiviste du Saint-Siège et l'évêque de Sutri lui furent envoyés pour demander quel était C homme qu'il voulait faire pape' ? Othon leur désigna Jean XIII, évêque de Narni.qui réunit tous les suffrages, excepté ceux des partisans de la maison de Tusculum. Autant par orgueil que par un reste de patriotisme, les Tuscolani protestèrent avec énergie contre cette intervention de l’empereur dans une élection qui devait rester pure de toute influence étrangère. Puis comme Jean XIII «tait méprisé du peuple qui l'appelait la poule blanche, parce qu’il avait les cheveux blancs depuis l’adolescence, ils résolurent de le chasser. Pierre, comte de Tusculum, frère ou cousin du petit-fils de Marozie et alors préfet de la ville, s’entendit sous main avec les décurions de la cité et Roffred, comte campanien. Celui-ci accourut avec scs hommes au jour fixé et l'emmena sous bonne garde en Cam-
I. !*ro instihirtidn qwii vellet pomiflre. (Adam de llrCine. )