CI1AP1HTE XXIII
Installé au palais de Charlemagne qui touchait la basilique de Saint-Pierre, il exerça, de concert avec son frère Jean qu’il avait créé patrice, cette souveraineté féodale jusqu'en 1014. Cette année-là les tours s’ébranlèrent, la terre d'Italie trembla sous les pieds des barons. Un souffle impétueux de colère contre la tyrannie des nobles s’était élevé et amassait au-dessus de toutes les grandes cités un sombre et terrible ouragan. Les peuples avaient vu la liberté dans leurs rêves, et ils la trouvaient si belle qu’ils en poursuivaient l’image à bras ouverts. Refoulé par ce mouvement dont l’un de ses rivaux profitait pour le chasser de Rome, Benoit VIII, le sixième successeur de Gerberl se bâta de recourir au vieux et unique moyen de salut des pontifes : il s'enfuit en Allemagne, offrit la couronne impériale au roi Henri II , et celui-ci, pour la recevoir à Saint-Pierre y ramena le pape à la tète d’une armée. Les choses se passèrent avec le cérémonial ordinaire. Le 14 février 1014, précédé et suivi, dit le chroniqueur Raoul Glabert, de douze sénateurs, dont six avaient le mentm complètement rasé , tandis que les autres portaient de longues barbes, Henri II se présenta devant la basilique vaticane. Sur le seuil, les cardinaux l'arrêtèrent, selon la coutume, pour lui demander s'il promettait d'être le défenseur et l’avocat du Saint-Siège et de rester fidèle au pape et à ses successeurs; à sa réponse affirmative faite avec une grande dévotion , les portes s’ouvrirent et Benoit VIII lui donna ainsi qu'à la reine l'onction et la couronne impériale'.
Quoique les nobles n'aimassent pas à se voir soumis à l'autorité, purement nominale cependant des Césars allemands, ils se pressèrent des premiers autour de l’empereur. Le préfet Cencius lui ht dignement les honneurs du palais de Charlemagne ; mais à ces démonstrations trop vives pour être sincères et à l'escorte des douze sénateurs se réduisit toute sa souveraineté. Quelques-uns de ses soldats ayant voulu visiter Rome furent repoussés au pont Saint-Ange; ils mirent l'épée à la main, et un combat où coulèrent des flots de sang s’engagea entre les gens de Cencius et les Tudesques. Les Tudesques eurent le dessous et le blâme. Henri punit trois frères qui avaient été les auteurs du désordre et les emmena chargés de fei s en Germanie. Après son départ rien ne fut changé dans le gouvernement de la ville. Le patrice Jean, frère de Cencius et son successeur dans le consulat urbain et la préfecture féodale, ajouta seulement à ses nombreux titres celui de Vicaire de l'empereur; mais le vicaire était plus puissant que le maître, et il le prouva bien en 1034. Il s’agissait de remplacer Benoit VIII; Jean vendit la tiare à l’un de ses parents que le même jour vit laïc et pape. Outre le scandale de ce marché, grand et légitime objet des colères de l'historien ultramontain Baronius, le pape noble était un ingrat qui , mordant comme le serpent le sein qui l'avait réchauffé, rappela les Allemands en Italie en faisant briller aux yeux de leur chef la couronne impériale. Ce nouveau chef s’appelait Conrad. Élu roi d’Allemagne, à Mayence, sur la tombe de Henri II, le mercredi saint de l'an 1027 il arrivait à Rome avec son armée, le dimanche suivant il était proclamé Auguste, et le lundi, après une mêlée