I. Dilniar, Chroniques, liv. Tll
LES GRANDS PAPES Dü MOYEN AGE. *33
affreuse et une émeute de douze heures qu’excita la brutalité d’un Tudesque, les Romains libres, pieds nus, et leurs esclaves portant le collier d’osier des condamnés à mort, venaient faire amende honorable aux pieds du César allemand
Cet orage passé, les comtes de Tusculum, chefs de la branche aînée, car autant qu'on peut l'entrevoir dans l’épaisse nuit de ce siècle , et à la lueur si faible des chartes et des chroniques, les nobles portant le nom de Cencius ou de Jean appartenaient à la branche cadette; les comtes de Tusculum, disons-nous, se retrouvèrent comme auparavant, les seigneurs de Rome. Le siège pontifical étant devenu vacant en 1033, Albéric y plaça, en achetant les suffrages, un de ses fils qui n’avait que douze ans. L’enfant grandit au palais de Latran , et sa nature , héréditairement vicieuse, inclina tellement vers la débauche et les passions mauvaises, que le pape Victor 1U, ainsi qu'il l'avoue dans ses Dialogues , ne pouvait songer, sans horreur, aux excès de ce monstre. Ils devaient être grands, puisque les nobles, assez peu scrupuleux en pareille matière, le chassèrent deux fois. Deux fois rétabli, la première par les armes de l’empereur, la seconde par l’influence de sa famille, il consentit, en I0Ü, à descendra du trdne papal à condition qu'on lui rendrait l’argent qu’il avait paye pour y monter. L’archiprêtrc Gratien accepta ce marché qui, à la Konle de C époque, souleva peu d'opposition. Le peuple romain du moyen âge, comme celui de la république et de l'empire, vendait publiquement, sans rougir, son vote au plus offrant , et, quand il s'assemblait pour choisir entre les candidats à la papauté, il ne demandait pas quel était le plus digne, mais quel était le plus riche. Un tel état de choses devait engendrer de déplorables conséquences ; aussi , en 1040, trois papes canoniquement élus se disputaient â la fois le palais de Latran.
Il n’appartenait qu'à l'empereur de faire cesser ce désordre , mais l'empereur étant couché depuis peu dans la tombe , Henri III son fils et son héritier se chargea de ce soin. Il passa les Alpes, et, après avoir reçu à Milan la couronne de fer des mains de l’archevêque Guido, il convoqua un concile général à Sutri. Le jour où ce concile s’ouvrit, un ermite perça jusqu'à l'empereur, mit un billet dans sa main et disparut. Le billet contenait ces trois lignes :
Une Sunamiie a pris trois époux ,
Toi qui es tout puissant, A Roi Henri,
Brise le triple lien illégitime Ae U Sunamiie.
L'allégorie était transparente : comme tout bon Allemand du moyen âge, Henri III ne brillait pas par la perspicacité, mais il lui eût été difficile de méconnaître l’Église romaine dans la Sunamite, et dans les trois maris Renolt IX, Sylvestre III et Grégoire VI, élus par des voies illicites. Il suivit le conseil de l’ermite et fit nommer; à la place des trois simoniaques, l'évêque de Bamberg. Les tendances dominatrices des Germains et les prétentions de ces enfants des brouillards et des neiges sur te pays du soleil se manifestaient avec trop d'audace pour n’êlre pas repoussées vio-