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lemment. En effet, le pape qu'ils firent élire en 1047, et celui qui le remplaça l’année suivante furent empoisonnés. S'opiniâtrant d’autant plus qu’on lui résistait davantage, Henri fit alors élever sur la chaire apostolique, par les prélats allemands réunis à Worms, lirunon son cousin, évéque de Toul.
Le moïse Hiuiebhasd. — Après les fêtes de Noël de 4044, le nouvel élu partit vélu en pèlerin pour la capitale du monde catholique. Il étaii accompagné ou plutôt conduit dans ce voyage par un moine du cloître de Cluny, appelé Hildehrand. Fils d’un pauvre forgeron de Soano, ce moine cachait sous la laine de son froc la plus ambitieuse mais aussi la plus grande pensée de ce siècle. Les évéques de la Germanie regardèrent d’abord avec dédain ce Toscan souffreteux et chétif, dont la pâleur excitait la pitié , dont la stature bien au-dessous de la médiocre appelait le sourire. Mais quand le nain prit la parole et que de ce corps frêle il sortit tout à coup une voix pleine de vigueur et d’éloquence, les prélats allemands, frappés de surprise , éprouvèrent une partie du frisson qui glaçait leurs prédécesseurs en écoutant Gerbert.
Ce n’était donc pas sans dessein que Brunon marchait derrière ce moine. Il lui restait un abîme à franchir : les Romains abhorraient les Tudesques et tenaient surtout, autant par esprit de nationalité que par intérêt, au droit de choisir le pape, droit consacré par le temps et devenu en quelque sorte un privilège populaire. Apaiser l’orgueil irrité, imposer silence à la haine historique et immortelle de l’Italien pour l’homme du Nord , et forcer le clergé romain à ouvrir les portes de Saint-Pierre devant ce représentant d'une race odieuse , voilà le miracle qu’il fallait faire. Facile aux empereurs germains qui l’opéraient à la tête de vingt mille hommes, ce miracle paraissait impossible dans la position où se trouvait l'élu de Worms , n'ayant pour trésor que son bourdon de pèlerin , et pour armée que le moine de Cluny. Ce moine suffit pourtant : avec sa seule intelligence il fut aussi fort que les empereurs avec leurs armées. Par son conseil, Brunon se présenta humblement, sans aucune marque de la dignité pontificale , au clergé romain, sollicitant, non une confirmation, mais une élection nouvelle. C'était, disait-il, l'empereur son cousin qui lui avait imposé ce fardeau : tandis qu’il les priait de l’en décharger et de le rendre à sa chère cité de Toul , Hildebrand parcourait la ville, poussant les moines, parlant aux nobles, et racontant au peuple qu’une voix du ciel avait fait entendre ces mots au moment où le pape approchait de Rome : Je viens avec des pensées de paix et non avec des pensées d’affliction. Qui eût osé résister à la voix de Dieu î... L’élection germanique fut confirmée par acclamation , et Brunon , prenant le nom de Léon IX , créa Hildebrand cardinal-diacre du Saint- Siège, et, comme s’il avait partagé avec son protecteur les clefs de saint Pierre, lui confia le gouvernement de l’église de Saint-Paul *.
Il GovvERse l’Église. — Quand un homme d'une volonté énergique parvient à
Pbllnt, Vie de (irfgwc VU.
LES GRANDS PAPES Dü MOYEN AGE. 137
s'imposer une fois, la voie du pouvoir va toujours s'élargissant devant lui : il n’a qu’à vouloir pour y marcher en maître. Léon IX mort en 1058, Hildehrand mania les esprits avec tant d’adresse qu’on l'envoya en Allemagne avec la mission d'élire un pape de concert avec l’empereur ; il (U choisir l’évêque d'Eischtadt , gouverna l'Église trois ans derrière ce fantôme pontifical , et lorsqu’il s'évanouit dans la tombe le remplaça, malgré la vive opposition des comtes de Tusculum , par un autre Allemand. Les protestations s'élevèrent aussitôt avec la même violence contre cette suprématie, et dans la masse du clergé, et dans les rangs de la noblesse. Les colères des comtes de Tusculum se traduisirent par un schisme ; et une de ces luttes où la passion humaine coule i pleins bords éclata sous la pression trop despotique d’Hildebrand , entre la féodalité ecclésiastique et la féodalité militaire. Représentée par les cardinaux, la féodalité ecclésiastique, accepta le combat offert et le soutint six ans. On vit alors, de 1058 à 1061, quatre papes nommés par les deux partis se disputer violemment la tiare. Celui des nobles, bien que le plus fort, finit par être le plus sage. Fatigué de l'assaut sacrilège donné à l'Église de Dieu , il remercia ses amis et leur déclara que , renonçant au Saint-Siège , il n'aspirait plus qu’à regagner paisiblement sa ville de Parme. Pour obtenir la permission.de sortir de Rome, il lui fallut payer trois cents livres d’argent h Cencius, fils du préfet. En échange de cette rançon , Cencius lui abandonna un cheval boiteux des Maremmes , avec lequel il s'éloigna , protestant et non sans raison , qu'il ne lui prendrait plus envie de revoir l’eau du Tibre’.
Hildebrard Pape, socs le son de Grégoire VII. — Une trêve de neuf années suivit le départ de l’évéque de Parme. La féodalité était tranquille , l'Église gardait le silence : on eût dit que les deux partis , pour recommencer la bataille , attendaient qu’on eût descendu Alexandre II dans le caveau pontifical. Aussitôt, en effet, que le souffle du printemps de 1073 eut éteint la vie du vieillard , un événement depuis longtemps prévu annonça que le retour des hostilités était prochain et que le feu de la lutte, comme un incendie immense, allait se rallumer sur tous les points de l'Europe. Le jour même où l'on enterrait Alexandre à Saint-Jean-de- Latran , un grand tumulte s'éleva tout à coup, et la foule s'emparant d’Hildebrand et le portant au siège du défunt, le proclama pape d'une voix unanime. Quoique personne n’en fût plus digne , cet honneur lui arriva d’une façon si violente qu'il accabla un homme dont la constitution chétive et brisée par l'Age pliait au moindre choc. La mort d’Alexandre, écrivait-il aux évéques pour leur annoncer son élection, m’a frappé en roulant comme un rocher jusqu’au fond des entrailles. Ils se sont tous jetés sur moi ainsi que des insensés , et je peux bien dire avec le prophète : a Je suis venu sur les abîmes de la mer et la tempête m’a englouti. J'ai eu lienu crier et me plaindre , ma voix devenue rauque a expiré sur mes lèvres : la crainte et le tremblement m’ont saisi et je me suis senti entouré de ténèbres, a
<. Papam riie rolo *ed le prostratos adoro.... ( Pierre Damien. )
*. Le cardinal d’Aragon, Vie d’Alemdir II.