‹ Rome ancienne et moderneChapitre 287 sur 428 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

lumières; celle Au soleil, figurant l'autorité pontificale, et celle de la lu ne, symbole de l'autorité royale, et que, de même que le second de ces astres ne reflète que les rayons du premier, de même le pouvoir royal ou impérial ne peut refléter que le pouvoir du pape : poser enfin, comme un dogme fondamental, que l'Église romaine étant la mère des autres Églises d'Europe, tous scs enfants, empereurs, rois , princes , lui devaient un égal respect , une même obéissance , et qu’il dépendait d’elle de leur conférer ou de leur retirer le pouvoir de les instituer ou de les déposer à son gré : tel fut le manifeste que lança Grégoire VII.

Pour réviser ce rêve, l'un des plus grands qu’ait jamais enfanté l’esprit humain , il était nécessaire de détacher le clergé des gouvernements auxquels il tenait par les liens de famille , en le ramenant au célibat , et d'enlever en même temps aux rois le droit de nommer les évêques et de conférer les abbayes. Un concile où les archevêques, les évêques, les abbés d'Italie se rendirent en foule, fut convoqué, en conséquence, à Rome, le 6 de mars 1073. On y décida , sous l'inspiration de Grégoire, que l'autel serait désormais interdit aux prêtres mariés et aux prélats incontinents : que personne ne pouvait conserver une évêché achetée à prix d’argent, que ce trafic des choses saintes appelé simonie méritait l’anathème, et qu'on frapperait d'excommunication les rois qui auraient l'audace de donner ou vendre à l'avenir les bénéfices ou les évêchés. Ce dernier décret touchait en passant le roi de France , et allait frapper , comme la pierre lancée par une fronde, Henri d'Allemagne au front. Le Goliath germanique se sentit atteint et frémit de colère : tous les Allemands partagèrent son émotion. La querelle était nationale : l'homme du Midi voulait secouer le joug de l'homme du Nord, l'Italie osait menacer l'Allemagne ! — Un concile ! un concile ! et punissons ces insensés I — A ce cri , poussé par le roi et répété avec enthousiasme de Munster à Mayence , de Brême i Ratisbonne, de Spire & Strasbourg, évêques et barons accoururent à Worms. On y déroula, contre Grégoire, une fulminante liste d'accusation , et il fut déposé, à l'unanimité, comine assassin, comme sacrilège, comme nécromancien et comme simoniaque.

La légat dp. L'sMPEBKim a Latran. — Ceci se passait le 23 janvier 1076. Quelques jours après, un clerc de Parme, nommé Roland, légat de l’empereur, montait au palais de Latran , où se trouvait en ce moment réuni un nombreux synode , et, après avoir annoncé à l'assemblée qu'il venait de la part de Henri, il apostrophait le pape en ces termes : a Le roi mon maître, et tous les évêques d'Allemagne et d’Italie t'ordonuent de quitter sur-le-champ les clefs de saint Pierre et le gouvernement de l'église romaine , que tu as usurpé : car nul ne pouvait t'élever à cette dignité éminente sans l’approbation des évêques et la confirmation impériale. • Puis, se tournant vers les évêques : « Mes frères, ajouta-t-il, j’ai à vous annoncer, au nom de l’empereur, qu’il vous attend aux fêles prochaines de la Pentecôte, pour vous donner un pape de sa main; car celui-ci est un loup dévorant et non le pasteur de l’Église. »

LES GRANDS PAPES DU MO VEN AGE. Ht

A C(>s mots , l'évêque «lu Port , homme violent , s'élança rie son siège en criant : Qu'on le saisisse ! Les épées romaines brillèrent ; mais Grégoire, couvrant le légat de son corps : n Mes enfants, dit-il avec calme, ne troublez point la paix de l'Église. Voici les temps sombres dont parle l’Écriture, où il y aura des hommes superbes et désobéissants. Il faut qu'il arrive des scandales : le Sauveur a dit lui-même qu’il nous envoyait comme des brebis au milieu des loups. Puisque le précurseur de l’Antéchrist s’est levé contre l’Église, soyons modérés et doux: ce doublo esprit est la sagesse. Nous avons assez longtemps vécu en paix : Dieu veut recommencer à arroser la moisson du sang des saints : préparons-nous au martyre si la dÜlfense de l'Église l'exige, mais que rien ne nous sépare de la charité de Jésus-Christ. »

Après ces paroles , il prit des mains du légat la lettre de l'empereur , et la lut tout haut d'une voix ferme ; elle était ainsi conçue :

« Henri, roi par ordre de Dieu et non par usurpation, a Hildebrand, qui est un moine perfide et non un pape.

a Tu as mérité ce salut par ta conduite, car il n’est aucun ordre dans l’fcglise qui ne porte des marques de ta malédiction. Tu n’as pas eu honte d'outrager les chefs de l’Église et de les fouler aux pieds comme des serfs. En écoulant tes injures contre les oints du Seigneur, la multitude n applaudi, et, fier de sa faveur, tu as jugé dès lors que tu savais tout, et que les autres no savaient rien. Or, comme tu n'as cherché à employer cette prétendue science , illusion de l'orgueil , qu’à détruire au lieu d’édifier, nous pouvons penser que saint Grégoire, dont lu profanes le nom, prophétisait ta démence qunnd il a dit : Souvent le nombre de ceux qui obéissent remplit de superbe l’Ame de celui qui commande, et il croit savoir plus que tous en voyant qu’il peut plus que tous. Nous avons , nous , supporté tout cela pour conserver intact l’honneur du Saint-Siège. Prenant notre humilité pour de la peur, tu n’as pas craint alors de te soulever contre la puissance royale qtie nous tenons de Dieu, et tu as osé menacer de nous la ravir, comme si le droit de disposer des trénes était en ta main et non en celle de Dieu. C'est pourtant notre Seigneur Christ qui nous a donné la couronne, et qui ne t’a pas donné la tiare. Tu l’as dérobée par l'astuce, la fraude et par tous les moyens que réprouve la religion. Par l’or, tu as gagné la faveur du peuple : l’or te procura le fer; le fer t’a mis sur la chaire de paix où tu n’es monté que pour déchaîner la discorde et la guerre. Condamné par tous les évêques, frappé d’anathème, déposé par notre jugement, descends! descends du siège que tu as usurpé! que la place de saint Pierre soit occupée par un autre qui ne cherche point à couvrir la violence du manteau de la religion , et à corrompre la doctrine de l’Évangile. Moi , Henri . roi par la grâce de Dieu, je te le dis avec tous nos évêques : Descends ! faux pontife ! descends ! 1 »

Cette lecture souleva une telle tempête parmi les partisans du pape et frappa les timides d'une si grande stupeur que Grégoire, habile à pressentir l'esprit des

t. An noies Saxonnes.

ii?

Page 1