‹ Rome ancienne et moderneChapitre 288 sur 428 · CHAPITRE XX III · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX III

hommes assemblés et A deviner leurs impressions, remit la séance au lendemain. 1,'acte qu'il allait accumplir imprimait à la réunion un caractère solennel. Il s'y présenta d'un air grave et sombre, et regardant ceux qui attendaient en silence un dénoili lient dont ils s'effrayaient au fond du cœur, il montra un œuf de pierre autour duquel on voyait se replier un serpent noir armé d'une épée et d'un bouclier, et leur dit : « Un serpent, croyant dévorer l'œuf de Pierre , brisa ses dents et se blessa lui-mème à mort! a Une acclamation universelle ayant accueilli l'allégorie, il sc leva alors et prononça lentement ces paroles, qui retentirent sous les voiTtes de l.atran comme les éclats de la foudre :

* a Bienheureux Pierre, prince des Apôtres, incline vers nous ton oreille du haut des deux, et daigne écouter le serviteur que lu as nourri depuis son enfance et délivré jusqu'à ce jour des pièges des méchants qui me haïssent parce que je te suis fidèle. Tu m'es témoin, ainsi que ma seule Reine, la mère de Dieu, le bienheureux Paul, ton frère, et tous les Saints, que l’Eglise de Rome m’a mis malgré moi le, gouvernail dans les mains, que ce n’est point l'or qui m'a fait monter sur ton siège, et que j’eusse mieux aimé mourir dans l’exil que d'usurper ta place par des moyens humains. M'y trouvant par ta grâce et sans l'avoir mérité , je pense donc qu'il t’a plu et qu'il te plaît en ce moment que le peuple chrétien m'obéisse et me reconnaisse le pouvoir que tu m’as transmis de lier et de délier sur la terre.

« Dans cette confiance, |>our l'honneur cl la défense de ton Église, au nom de Dieu tout-puissant, de son Fils et du Saint-Esprit, et en vertu de ton autorité apostolique, je défends à Henri, fils de l'empereur Henri, qui s’est élevé contre ton Église avec un orgueil inouï, de gouverner le royaume d’Allemagne et l'Halie, et je relève Ions les chrétiens du serment qu’ils lui ont prêté. Je défends à tous ses sujets de lui obéir, car celui qui attaque l’Église mérite de perdre la dignité dont il est revêtu, et parce qu’il s'est montré rebelle comme chrétien et qu'il a refusé de fléchir devant le Seigneur, je le charge d’anathèmes, afin que les peuples se souviennent que tu es Pierre, que sur cette pierre Dieu a édifié son Église, et qu'elle ne craindra jamais les portes de l’enfer '. »

Amende «osonABL* dp. l empehecr Hexbi IV a Canossa. — C’était un grand et hardi langage : l'événement le justifia. Henri comptait licaucoup d'ennemis parmi les barons d'Allemagne; ils ébranlèrent les forts et firent peur aux faibles. Au moment où ce prince sc préparait à tirer une vengeance éclatante du pontife, il apprit que la couronne était près de tomber de son front s'il n’obtenait la révocation de I anathème. Son parti fut bientôt pris : immolant la passion à la politique, il passe tout à coup les Alpes et va chercher l'absolution aux genoux de son ennemi. Au bruit de son arrivée, Grégoire s’était retire avec l'enthousiaste Mathilde, comtesse de Toscane, la fille la plus ardemment dévouée, la plus puissante protectrice du Saint-Siège, dans la forteresse de Canossa. Le 22 jau-

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