‹ Rome ancienne et moderneChapitre 296 sur 428 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

saillit;. Toute grande institution jetant une grande lumière décore en effet de son éclat la ville où elle resplendit. Mais la papauté , qui aurait dit étinceler comme un phare immense du haut des sept collines et rayonner sur tout le monde chrétien, obscurcie à chaque instant par les schismes, tremblait ou s'éteignait trop souvent au souille des passions humaines pour éblouir un peuple incrédule et railleur, et des nobles, païens de coeur comme leurs pères. Le pape empruntait alors plus de grandeur à Rome qu’il ne lui en donnait. En quittant la ville il ne pouvait emporter ni ses monuments ni ses glorieux souvenirs, ni les tombeaux des apôtres : aussi les Romains voyant toujours affluer les pèlerins à la basilique Vaticane et à celle de Saint-Paul, ne prirent nul souci de l’absence de leur pontife. On ne s’opposait pas è leur retour, mais on les chassait sans pitié toutes les fois qu’ils voulaient protester. Eugène III , Auastase de la Sabine et Adrien IV trouvèrent successivement l’exil au bout de leurs résistances. Si l’on en excepte les Frangipani, les Tolomei et une branche des Pierleoni , qui repoussaient la liberté à coups de traits des créneaux du chftteau Saint-Ange où ils s'étaient retranchés , les nobles, faisant tous partie du nouveau sénat, marchaient d’accord avec le peuple et défendaient avec ardeur la République. Toujours au milieu d'eux , Arnold les animait de son esprit et voyait de jour en jour le grain de sénevé tombé de sa main devenir un arbre magnifique , lorsque , au plus beau moment de sa croissance , mourut au pied de cet arbre l'homme qui l’avait planté.

Mort d'Arnold de L! rescia. — Quinze années de bonheur et de paix intérieure s’étaient écoulées depuis le rétablissement de la République : un acte de violence perdit Arnold et faillit faire crouler l’édifice qu’avait élevé sa sagesse, et que l'union des nobles et du peuple conservait. Au commencement de 1143, le cardinal de Sainle-Podcnzana , allant au palais pontifical, fut insulté par quelques disciples d’Arnold et mortellement blessé. En arrivant à Lalran, il expira entre les bras du pape'. Depuis son exaltation, Adrien IV frémissait de colère de ne pouvoir fouler aux pieds et cette République, l’hydre de la papauté, et ce sénat, rival temporel du Saint-Siège, et cet Arnold, si grand à Rome que le pape derrière lui ne semblait plus qu’une ombre reléguée à Latran. Il s'empara donc de ce meurtre, non plus pour fulminer l’anathème contre les rebelles , car les foudres de l'excommunication se brisaient, sans les effleurer, sur ces cœurs endurcis, mais pour déployer comme Jacob la robe sanglante de son fils et demander vengeance, lin ambitieux l'eutcndit de l’autre côté des Alpes et accourut. Conrad III, roi d’Allemagne, était mort sans poser sur son front la couronne impériale. Frédéric Barberousse, son neveu et son héritier, qui ne voulait pas emporter le même regret au tombeau, réclama cette couronne en 1153, et le pape la lui promit, à condition que la République serait détruite et Arnold mis entre ses mains. Peu après, Frédéric Barberousse livrait à l’ancien préfet le malheureux Arnold , que lui vendit un seigneur de la Campanie.

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